PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In D. Glasman- Janvier 2011 :

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« Ce n’est pas d’aujourd’hui que les élèves passent un certain temps à travailler pour l’école, alors qu’ils sont en dehors de l’école. Pourtant, depuis deux ou trois décennies, il y a quelque chose de neuf. Pendant longtemps, on a pu très nettement distinguer, dans ce travail en dehors de l’école, ce qui était obligatoire (les devoirs et les leçons donnés par les enseignants), et ce qui relevait de la seule volonté des élèves ou de leurs parents (les cours particuliers, le soutien scolaire, les devoirs de vacances, etc.). Les enjeux scolaires sont devenus aujourd’hui bien plus lourds qu’ils ne l’étaient naguère : être diplômé est de plus en plus indispensable pour s’insérer sur le marché du travail, l’entrée massive des élèves aux différents niveaux (collège, puis lycée, puis enseignement supérieur) a rendu les parcours scolaires plus compétitifs, puisqu’il ne s’agit plus seulement de réussir, mais de mieux réussir que les autres, afin d’accéder aux « bonnes » ou aux « meilleures » filières du lycée ou de l’enseignement post-baccalauréat ; par ailleurs, la réussite scolaire de leurs enfants engage de plus en plus l’image des parents comme « bons parents » ; enfin, la transmission du statut social s’effectue de plus en plus par l’intermédiaire de l’école, puisque, jusque dans les milieux les plus favorisés, il ne suffit plus d’hériter d’un titre ou de propriétés mais il faut aussi être pourvu de certifications scolaires. Ces enjeux rendent donc la réussite scolaire plus essentielle qu’elle ne l’a jamais été, et conduisent les parents, à la mesure de la conscience qu’ils en ont et des moyens économiques et culturels dont ils disposent, à mettre en oeuvre des « stratégies de réussite » multiformes, qui peuvent combiner le choix de l’établissement, la
maîtrise du processus d’orientation, l’envoi en stage linguistique, le suivi proche du travail scolaire et le recours à divers adjuvants propres à aider leurs enfants. De la sorte, cette distinction faite plus haut, dans le travail pour l’école, entre l’obligatoire et le facultatif pourrait bien être devenue obsolète, les parents et leurs enfants considérant de plus en plus que tout cela – devoirs, cours particuliers, soutien, etc. – est devenu indispensable pour réussir son parcours scolaire.
    Le propos de cette conférence sera de repérer les effets de ce travail que les écoliers, les collégiens, les lycéens, accomplissent en dehors de l’école. Effets en termes de réussite scolaire, bien sûr, mais également effets en termes d’égalité sociale devant la scolarité. La matière en a été réunie à l’occasion de la réalisation d’un rapport demandé par le Haut Conseil de l’évaluation de l’école, sur le même sujet : que sait-on du travail que les élèves font, pour l’école, en dehors de l’école ? Ce rapport, remis le 31 Décembre 2004 au HCee, vient de faire l’objet d’une publication par le Laboratoire LLS de l’Université de Savoie, dans la collection « Sociétés ». On trouvera dans ce livre, qui a bénéficié de la collaboration d’une ancienne étudiante de sociologie de l’Université de Savoie, Mademoiselle Leslie Besson, beaucoup plus d’éléments d’information, de détails, et des analyses plus poussées que ce qu’il est possible de présenter au cours d’une conférence. Celle-ci prendra appui sur les recherches réalisées en France ou à l’étranger au sujet des devoirs à la maison, des différentes formes de soutien scolaire, payant ou gratuit. Le regard sur l’étranger est utile à deux titres au moins. D’une part, il est toujours intéressant de prendre du recul, de s’efforcer de voir son propre pays de plus loin afin de mieux repérer, ne serait-ce que par comparaison, ce qui paraît important ou signifiant et ce qui l’est moins. D’autre part, aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’existe pas toujours beaucoup de littérature sur les objets qui nous occupent ici : les devoirs à la maison, qui pourtant empoisonnent la vie quotidienne de millions d’élèves et de parents, n’ont guère été étudiés par les chercheurs français, et les cours particuliers ou les devoirs de vacances n’ont pas non plus fait l’objet de nombreuses investigations ; d’où l’utilité de recourir à des travaux produits ailleurs. Bien sûr, cela ne peut se faire sans précaution : les contextes scolaires, sociaux, dans lesquels prennent
place les pratiques des élèves et de leurs parents (pourquoi et comment travailler pour l’école en dehors de l’école), sont très différents et donnent forme et sens à ces pratiques, en sorte que la comparaison ne peut se faire qu’avec de grandes précautions. »

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