PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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ÉCOLE : le mot grec scholê désignait le loisir, le repos, la cessation des fatigues physiques, et par extension, le moment propice à l’activité de l’esprit. Schola en latin, signifie: « loisir consacré à l’étude ; cours ». Pour les Grecs comme pour les Romains, l’école a été tout d’abord conçue comme un lieu d’agréable repos: l’étude leur semblait un jeu au regard des rudes occupations de la vie extérieure. À Athènes ou dans sa région, une personne sur dix était, dans la Grèce antique, un citoyen libre. Seuls les citoyens pouvaient dégager du temps pour développer leurs connaissances. Skolé est donc un concept de développement personnel, le « loisir de pensée ».J. Muglioni, 2002.

Le concept actuel d’école exclut l’enseignement individuel et requiert un processus d’institutionnalisation. Historiquement, le sens de l’école réside dans la transmission des savoirs et l’émancipation des esprits et cela, particulièrement en Europe à partir du XIX’ siècle, dans la perspective politique de la démocratie. C. Kintzler, 1990, rappelle la définition républicaine de l’École dont la fonction essentielle est de « soustraire» l’enfant aux conditionnements de son milieu. Comme institution, l’école génère un double mécanisme : « l’école unifie en socialisant et divise en sélectionnant », (E. Durkheim). Avec le XX’ siècle, les enjeux se déplacent : serait démocratique une société où toutes les places sociales seraient ouvertes à tous. Plusieurs missions sont attribuées à l’école qui renvoient à des finalités distinctes (missions du système éducatif, B.a. spécial n04 du 31 août 1989) : Transmettre la culture des générations antérieures, préparer les enfants à entrer dans la vie professionnelle en leur permettant de développer des compétences, mais aussi les préparer à la vie dans la cité, à la participation aux décisions.
On a changé d’école, sans que toutes les conséquences en aient été tirées, ni par l’administration de l’Éducation nationale, ni aussi par les enseignants eux-mêmes. l’école est désormais appelée non seulement à transmettre des savoirs, mais à construire des personnes. l’école, pour quel idéal? l’école, productrice d’humanité? E. Durkheim répond :
« On ne décrète pas l’idéal, il faut qu’il soit compris, aimé, voulu par ceux dont c’est le devoir de le réaliser. Ainsi il n’y a rien de plus urgent que d’aider les futurs maîtres de nos lycées à se faire collectivement leur opinion sur ce que doit devenir l’enseignement dont ils auront la responsabilité, les fins qu’il doit poursuivre, les méthodes qu’il doit employer ».
l’école indique le devoir de connaissances, car seule la connaissance libère.

De l’instituteur autodidacte, contemporain de la Restauration à l’instituteur libertaire marquée par la Grande Guerre, en passant par le « hussard noir ». modèle Ferry: autant de figures particulières. Mais la même conviction avec l’école peut tout, ou presque, en bien comme en mal … , Y. Galupeau, 1992.
Normalement, c’est à l’école que l’enfant fait sa première entrée dans le monde. « Or, l’école n’est en aucune façon le monde et ne doit pas se donner pour tel; c’est plutôt l’institution qui s’intercale entre le monde et le domaine privé que constitue le foyer pour permettre la transition entre la famille et le monde ». H.Arendt, 1972.
« L’école a des enjeux trop graves pour qu’on l’abandonne entièrement aux enseignants », (A. Prost paraphrasant A.Allais).
Après un allongement continu depuis les années soixante, la durée de scolarisation se stabilise aux environs de 19 ans, (L’état de l’école, n° 10, octobre 2000). À la question : À quoi sert l’école? M. Lobrot, 1992, postule « qu’un système de formation ne peut arriver à ses fins (c’est-à-dire la formation et non la réussite à des examens) s’il ne met en jeu les trois processus suivants, différenciation maximale des filières et ceci dès le point de départ, individualisation du travail d’apprentissage, auto-détermination de l’élève face aux filières et aux méthodes qui lui sont offertes ».

L’école au XX’ siècle a peut-être été le seul lieu démocratique: ouverte à tous et ayant pour ambition l’égalité des chances, avec pour horizon de réaliser l’idéal d’une société démocratique où chacun pourrait accéder à toutes les places sociales,H. Peyronie et A. Vergniaux, 2001.

L’analyse historique des fonctions de socialisation culturelle de l’école montre que les savoirs scolaires sont des constructions, permettant selon les cas le contrôle des populations, la promotion sociale, la compétition économique…. et « par surcroît », la transmission des connaissances.« L’école, çà sert d’abord à faire la société », J.-C.Ruano-Borbalan, 2002.
Les missions de l’école ne cessent de s’élargir alors que l’exposition aux apprentissages se réduit. On tente de réduire l’école à l’un de ces sept modèles : l’école technobureaucratique; l’école néo-corporatiste; l’école, courroie de la machine économique ; l’école, instrument politico-idéologique ; l’école communarde; l’école, centre intégrateur des apprentissages ; l’école communautaire, Grand’Maison, 1976. Ne conviendrait-il pas, à la faveur d’un débat démocratique, que la Nation fixe à l’École des objectifs centrés sur quelques missions essentielles? La charte du ministère C.Allègre, « pour bâtir l’école du XXI’ siècle».
(circulaire du 20-11-1998 parue au BOENHors série non du 26-11-1998) a été un moment de ce débat, qui s’est poursuivi avec la période Thélot-Fillon. Le rapport de C.Thélot, 2004, considère qu’une école juste, moderne et démocratique doit permettre « la réussite de tous les élèves », Ce principe : signifie que l’école « arme tous les élèves et les funas citoyens de connaissances,de compétences, et de règles de comportement jugées aujourd’hui indispensables à une vie sociale et personnelle réussie". Comme le fait observer H. Pena-Ruiz, 1999, « Il serait sans doute illusoire de croire que l’École puisse être dans sa réalité effective entièrement appropriée à son idée positive ».
L’école d’aujourd’hui semble prise dans un piège auquel il est difficile d’échapper. Quelle est la nature de ce « piège scolaire », J.M. Berthelot, 1983? Pour B.Charlot, 2000 : « L’école est prise dans l’étau de trois injonctions : chacun doit pouvoir faire des études secondaires voire supérieures chacun a droit à un emploi correspondant à son diplôme, chacun doit réussir ses études et obtenir un diplôme de haut niveau. Chacune de ces injonctions apparaît légitime mais, dans une société hiérarchisée, il est impossible de satisfaire les trois à la fois. Quelle que soit l’injonction que l’injonction que l’on déciderait de sacrifier, il y aurait crise. Et quand on tente de satisfaire les trois, il y a crise également. Peut-on échapper à cette contradiction? Y échapper complètement est impossible tant que subsiste une hiérarchie entre des emplois plus ou moins payés, plus ou moins valorisés, donc plus ou moins désirables ».
L’école semble avoir perdu sa boussole sur des questions essentielles telles que (d’après R.Malet et E.Brisard, 2005) : sur quoi les enseignants doivent-ils se concentrer en priorité ? Doivent-ils considérer leurs élèves comme des enfants en situation d’apprentissage, ou comme des adultes en devenir ? Doivent-ils faire en sorte d’améliorer les compétences de leurs élèves dans leur matière, ou les aider dans leur  développement personnel et social? L’enseignement doit  être disciplinaire, ou doit-on mettre en place des enseignements intégrés, liés à la vie extra-scolaire des élèves? Les enseignants doivent-ils favoriser la réussite individuelle au détriment de la collaboration et la solidarité entre élèves? Doivent-ils fixer les mêmes objectifs pour tous ou au contraire adapter les enseignements à chacun ?

Enseignement ; Filière de formation ; Ministère – l’Éducation nationale ; Nation ; …
 

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