PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In le Blog de Bernard Desclaux – le 7 mars 2013 :

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Il y a quelques temps, une collègue m’a questionné : « Bien sûr, je connais l’histoire de l’orientation, mais ce qui m’intrigue c’est la rupture « épistémologique » que l’on peut repérer à partir de l’éducation à l’orientation. C’est ça que je veux approfondir pour le dire autrement le passage d’un paradigme où l’orientation est attribuée à un corps particulier à celui où elle est diluée à tous. C’est mal exprimé mais cela représente à mon avis des éléments permettant d’expliquer pourquoi on ne sait plus quoi nous faire faire… ». Je vais essayer d’esquisser quelques pistes de réponses.

 

Orientation

Dans la dénomination même de l’éducation à l’orientation, le mot le plus important est celui d’éducation. Jusque-là, l’orientation renvoyait uniquement à un acte de décision, décision d’un choix d’orientation du côté de la famille, de l’élève, de la personne, décision concernant le passage dans une voie de formation, vers une classe supérieure. Orienter, c’est décider pour autrui, s’orienter, c’est choisir pour soi.

Les questions qui se posaient alors étaient celles des arguments justifiant choix et décisions. Sur quoi reposaient le/les choix ? Sur qu’elles motivations, de qu’elles natures étaient-elles ? Les choix sont-ils sérieux, ou s’agit-il de rêves. Ces choix subissent certainement les influences, celles de la famille et de ses aspirations plus ou moins conscientes, celles du milieu social, celles de l’environnement immédiat (amis, copains), etc. Et les décisions des conseils de classe, sur quoi reposent-elles ? Quelle est l’objectivité des notes, des appréciations des enseignants. Ces décisions reposent sur qu’elles représentations sociales ?

Les acteurs engagés dans ce processus décisionnel argumentaient, influençaient, voire contestaient.

Dans cette organisation de la circulation des élèves dans le système scolaire, l’état a organisé le système d’échanges entre les acteurs aboutissant à la prise de décision, ce qu’on appelle les procédures d’orientation, mais n’a jamais réellement décidé de la nature de l’argument décisionnel. Il en a fait une liste, laissant les différents acteurs, au niveau local et pour chaque décision négocier ou imposer leur « ordre ».

L’éducation à l’orientation

La compréhension de l’éducation à l’orientation que j’ai essayé de défendre lorsque j’étais responsable de la formation sur ce thème dans l’académie de Versailles, consistait à dire :

« L’éducation à l’orientation n’a rien à voir avec l’orientation » ;

ce qui était surprenant pour beaucoup.

Au fond le terme d’orientation dans la dénomination « éducation à l’orientation » ne désigne pas le sens habituel de l’orientation dans l’éducation nationale, soit l’orientation scolaire, les procédures d’orientation, mais la tâche humaine de s’orienter dans sa vie.

Difficile qu’un même mot désigne deux « choses » différentes et donc il y a d’abord un problème de compréhension, de compréhension paradoxale enclenchée par l’éducation à l’orientation.

Ces deux choses ne sont pas simplement différentes, elles sont contradictoires quant à leur conditions pratiques.

L’orientation scolaire suppose un système d’emprise sur les élèves et les parents, le dernier contrôle (jusqu’à présent) est du côté institutionnel avec la commission d’appel. L’orientation au sens de l’éducation à l’orientation suppose à l’inverse un sujet autonome à qui on fait confiance.

Changements dans les rôles professionnels

L’éducation à l’orientation suppose une prise en charge des activités éducatives au sein de la classe et celle-ci par tous les enseignants. C’est ce que préconisait l’annexe aux programmes des collèges en 1985 en France. C’était la notion d’infusion que Kenneth Hoyt avait formulée aux USA dans les années 70 dans son programme d’éducation à la carrière. Sauf que ici, le Conseil nationale des programmes avait préconisé en 1991 de mettre en place un temps scolaire pour l’orientation et l’information (TSO), estimé à 2 heures par mois, ce qui supposait que cette activité soit spécifique, identifiée dans le temps scolaire, et non pas infusée dans les disciplines.

Qu’a-t-on observé sur le terrain la plus part du temps ? Lorsque la DGH le permettait, les 2 heures étaient attribuées à un enseignant. Il s’agissait ainsi d’une activité supplémentaire et rétribuée, en aucun cas d’une activité pédagogique normale à toute pratique disciplinaire. On était dans l’exception, dans le supplément, qui nécessitait des moyens en temps et en rémunération. Et à qui était attribué ces heures ? Au professeur principal bien sûr, qui avait déjà son indemnité particulière de suivi des élèves pour cette fonction de professeur principal.

Ainsi faire de l’éducation à l’orientation c’était préparer le choix scolaire de l’élève, et l’inverse. Bien difficile d’échapper à cette évidence. Mais aussi, c’était l’ensemble des enseignants du collège qui étaient protégés de tout changement pédagogique.

Et du côté des conseillers d’orientation, il en fut de même. D’un côté on leur demandait au fond de faire ce qu’ils faisaient depuis bien longtemps : avoir des entretiens avec les élèves, et de l’autre, d’aider les équipes enseignantes et les chefs d’établissement dans la conception et l’organisation des programmes d’éducation à l’orientation. C’est ce que nous appelions la fonction de conseiller technique et que j’ai longtemps travaillé dans les stages académiques et les formations à l’ESEN. Mais cette fonction était interprétée comme une profonde modification du rôle professionnel, comme supposant un changement d’interlocuteur (non plus les élèves, mais les professionnels). A cette résistance conceptuelle, idéologique, s’ajoutaient deux constats : très peu de chefs d’établissement demandaient un conseil technique ( le rôle professionnel du chef d’établissement en France est conçu sur le principe de l’autorité et de la compétence, nul besoin d’un conseiller) et surtout la pratique que nous avons décrite ci-dessus ne réclamait aucun programme, aucun « collectif », aucune équipe à manager puis que tout était confié à un individu, le professeur principal. 

Conclusion provisoire

Ainsi, si sur le papier, dans les textes officiels, on pourrait considérer qu’il existe une coupure épistémologique avec l’apparition de l’éducation à l’orientation, il n’en est rien sur le terrain. Nulle modification réelle quant à la conception de l’orientation, elle reste toujours d’abord l’orientation scolaire, et cela même si on donne la main aux parents en fin de troisième (voir mon post précédent), et non une affaire éducative qui permettrait l’acquisition de compétences à s’orienter tout au long de la vie. 

Et donc cette question « que faire faire aux conseillers d’orientation » n’est malheureusement pas nouvelle au ministère de l’éducation nationale. C’est ce que nous verrons dans un prochain post.

 

Bernard Desclaux

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