PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Le Blog de Bernard Desclaux – le 12 mars 2014 :

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L’expérimentation de l’orientation à la main des parents en fin de troisième vient d’être commentée par Bruno Magliulo sur Educpros. Il s’interroge avec ce titre : « Orientation : un projet de réforme peut en cacher un autre »  . Il y développe deux arguments que je vais essayer de commenter.

 

La réduction de la voie professionnelle

En donnant la main aux parents, on aura nécessairement une réduction des orientations vers la voie professionnelle. Pas faux sans doute.

On doit se rappeler que lors de la promulgation de la loi de 1989 et l’affirmation de l’objectif des 80% niveau bac, on a assisté à une augmentation des demandes des parents vers la fameuse seconde de détermination, le bac étant compris comme le bac général. On doit également se rappeler que le résultat fut une stagnation des décisions d’orientation fin de troisième vers la seconde GT, et un plateau de plus de dix ans sur le taux d’accès d’une génération au niveau du bac (voir mon article sur ce blog Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale ).

Cet objectif des 80% niveau bac (tout bac confondus) est atteignable, mais comment ? Jusqu’à présent, le « rendement » de la voie professionnelle est moindre que celle des autres voies. Les taux de décrochages y sont importants. Dans un document publié par le Ministère pour la préparation de la discussion de la refondation, on trouve ceci   :

« Suite à la réforme de la voie professionnelle engagée en 2009, l’orientation en fin de classe de 3e se fait désormais soit vers un baccalauréat professionnel en 3 ans (au lieu de 4 auparavant), soit vers un CAP en 2 ans.

En 2012, le taux d’accès en terminale professionnelle des élèves issus de 3e ayant emprunté le cursus bac pro 3 ans dépassera les 65 %, alors qu’il était de 40 % pour le cursus en 4 ans. On observe également une baisse sensible des sorties sans qualification.

Cependant, le pourcentage des jeunes en situation de décrochage scolaire issus du lycée professionnel demeure très élevé : ils représentent aujourd’hui un tiers des décrocheurs.

De plus, si l’on prévoit un afflux de bacheliers professionnels dans l’enseignement supérieur à la rentrée 2012, en particulier en BTS, une proportion importante des bacheliers professionnels engagés vers un BTS abandonnent avant la fin du cursus et leurs taux de réussite sont nettement inférieurs à ceux des autres bacheliers. »

Si donc rien ne bouge au niveau de l’orientation fin de troisième ce n’est ni encourageant pour l’atteinte de l’objectif des 80%, ni pour celui des 50% de diplômés de l’enseignement supérieur (niveau L). Bruno Magliulo écrit : « En 2012, il y a eu 28% d’orientation post-troisième vers la voie professionnelle, mais 10% seulement l’ayant demandé en premier vœu. Ainsi, les deux tiers des élèves orientés en seconde professionnelle s’y retrouvent par défaut. Or la volonté affichée par le ministère de l’Éducation nationale est que ce taux d’orientation vers la voie professionnelle augmente significativement. » Il me semble que cette volonté soit disant affichée du ministère est contradictoire avec les deux objectifs des 80% et des 50%.

Mais on peut également « penser » qu’il ne suffira pas que ces 10% d’orientés malgré-eux choisissent la seconde GT pour y réussir. Le collège devra mieux les y préparer. Or ce chiffre de 30% d’orientés vers la voie professionnelle est stable depuis plus de trente ans. Quelle que soit finalement la nature de la population scolaire, il y avait déjà 30% avant la réforme Haby, c’est-à-dire lorsqu’en fin de 5ème 25% ne passaient pas en 4ème, ce taux de 30% s’applique. C’est un exemple de la constante macabre. C’est comme si le collège, propédeutique du lycée, avait droit à « 30% de perte ». Cela ne pourra durer dans un contexte de passage massif en seconde GT.

Pour mémoire, l’augmentation du taux d’accès au bac se fait pour l’essentiel par celui du baccalauréat professionnel, et récemment.

 bac 1981 2012

Le projet caché

« Nos responsables ministériels n’auraient-ils pas en tête une autre expérimentation, non avouée parce que beaucoup plus « sensible », qui serait la mise en place d’un nouveau palier d’enseignement secondaire : le palier troisième/seconde ? Il en existe un incluant les classes de première et terminale (le « cycle terminal des lycées »), et en amont un autre incluant les classes de cinquième et quatrième. À chacun de ces paliers, le passage en classe supérieure à mi-parcours est automatique, donc sans possibilité d’imposer un redoublement. Il en irait alors de même en fin de troisième pour le passage en seconde. » écrit Bruno Magliulo.

Cela supposerait la mise en place d’une seconde commune, une seconde « unique » en lycée recevant l’ensemble des élèves issue de troisième.

C’est en effet l’objectif que je défends. Je l’ai expliqué dans plusieurs articles dont Conséquences du collège unique  et lors du débat de la Refondation ( voir Contribution pour la refondation de l’orientation /) .

Mais un projet du ministère semble contrarier cette hypothèse. Je l’ai signalé dans l’article Les nouveaux cycles et l’orientation. Un projet de décret rattacherait la sixième aux deux années précédentes du primaire, un cycle de trois ans serait constitué par des trois années restantes du collège. On n’irait donc pas vers l’hypothèse que Bruno Magliulo envisage d’un cycle à cheval sur le collège et le lycée. 

La seconde unique resterait possible, mais il faudrait alors explicitement supprimer toute procédure d’orientation en de troisième et en terminer avec la fonction de sélection du collège.  Ce que la note de Terra Nova a précisément oubliée (voir L’orientation, terra incognita de Terra Nova ) 

Bernard Desclaux

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