PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Nanterre.info Magazine – septembre 2013 :

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MARTINE FOURIER
DÉFENSEUSE DE TOUTES LES MINORITÉS, MARTINE FOURIER A TRAVAILLÉ, MILITÉ ET ÉTUDIÉ TOUTE SA VIE. AUJOURD’HUI, ELLE AIDE LES ENFANTS ET FAMILLES DE LA CITÉ DE LA ZILINA ET LES SANS-PAPIERS DE NANTERRE.

De la Bretagne, elle a gardé ses yeux bleus et peu de souvenirs. Martine Fourier se sent de la banlieue, aime les tours, la solidarité dans les cités, l’odeur du thé à la menthe des cages d’escalier. Elle a grandi non loin de Nanterre, à Maisons Laffitte. « Nous habitions dans le quartier pauvre d’une ville bourgeoise. Mes père et grand-père étaient proches des communistes. Mes copains étaient kabyles. » Martine se dépeint comme une enfant difficile, mais passionnée… par le savoir. « J’ai compris très tôt que ce serait ma porte de sortie. » La seule issue possible pour échapper à sa condition de fille. Et pauvre qui plus est. Ce précieux savoir, elle le construit dans une ambiance marquée par la solidarité. À la fin des années cinquante, elle se rend régulièrement à vélo dans les bidonvilles de Nanterre pour aider les membres du FLN. « C’est ma première vie à Nanterre. J’avais 10 ans et la guerre en Algérie était terrible. J’aidais mes frères algériens, tout simplement. »

Robin des villes

Adolescente, elle a la tête dure et devient maoïste. « J’étais de tous les sales coups, on se bagarrait avec les flics et les fachos, on pillait la boutique Fauchon de la Madeleine pour donner aux pauvres. » Étudiante à l’université de Nanterre, elle est au coeur de l’action en mai 1968. « On décrit aujourd’hui notre révolte comme bourgeoise et sexuelle, mais on était sincères ! On voulait vraiment changer le monde, on faisait l’Histoire. » Le jour, elle jette des pavés. La nuit, elle donne des cours d’alphabétisation au bidonville de la Folie. C’est que Martine se sent proche, très proche même, de ces hommes immigrés de 40 ans trimant à l’usine la journée et venant apprendre à écrire et à lire à la nuit tombée. « Je suis comme eux. Toute ma vie, j’ai travaillé le jour et milité
et étudié le soir. »

De tous les combats

À 21 ans, elle devient enseignante aux Mureaux, face à des adolescents difficiles. « Je n’en menais pas large. » L’éducation
? La mission de toute sa vie. Dans les années soixante dix, elle travaille en classes de transition et de perfectionnement à Sartrouville, puis en maternelle. Elle commence alors une thèse sur cette question simple : Comment les riches élèvent leurs enfants par rapport aux pauvres ? Après le travail, elle colle des affiches ou assiste aux cours de Paul Ricoeur, de Didier Anzieu et d’Henri Lefebvre à la fac. « J’avais deux enfants et un emploi du temps impossible. Ils venaient avec moi dans les manifs et s’élevaient un peu tout seuls. » Durant ces années, Martine participe aux combats des féministes, signe le manifeste des 343 salopes, habite dans une communauté soixante-huitarde et amène les parents de la cité des Indes de Sartrouville au théâtre,
aux expositions, aux concerts… Quand la gauche arrive au pouvoir en 81, elle se réjouit puis déchante. Elle accompagne alors les luttes des ouvriers de Talbot à Poissy. À la fin des années quatre-vingt, Martine quitte l’Éducation nationale – « J’avais besoin d’air » – et devient formatrice pour une association ayant pour mission l’intégration des populations étrangères et immigrées.
« Je sensibilisais les policiers, les travailleurs sociaux, les agents de la préfecture aux différences culturelles dans le but d’éviter les discriminations. »

Au tournant des années quatre-vingt-dix, le fléau du sida la heurte de plein fouet. Un de ses frères, toxico et homo, meurt de cette maladie. Elle rejoint aussitôt l’association Aides, ouvre un local à Argenteuil pour accueillir les toxicomanes, réclame des « monuments aux morts des cités » et… trouve le temps de soutenir, à 58 ans, une thèse sur l’orientation des enfants des quartiers populaires, analysant la double peine qu’ils subissent.

Retraite active à Nanterre

En 2008, notre jeune retraitée s’installe à Nanterre. « J’y redémarre une nouvelle vie. J’ai choisi cette ville pour son histoire politique, sa vie culturelle, sa proximité avec Paris. » Aujourd’hui, elle assure la présidence et la direction de l’association de soutien scolaire Cerise. « Nous proposons des sorties à tous et des voyages en Europe aux jeunes. Maintenant, les familles de la Zilina prennent l’initiative d’aller au musée à Paris », se réjouit celle qui est par ailleurs engagée auprès des trois collectifs de sans-papiers de Nanterre. « J’ai lavé le linge de 46 personnes pendant six mois. C’est ça aussi être militant ! » Martine est de tous les débats citoyens. Locaux comme nationaux. Elle aime l’action, n’hésite jamais à aller au front, ne craint pas les conflits, donne la parole aux sans voix pour qu’ils pèsent sur la marche du monde. À Nanterre, elle compte beaucoup d’amis et de complices. L’an dernier, plusieurs familles qui voulaient faire oeuvre de charité lui ont confié leur argent en lui disant : « Toi, tu connais les vrais pauvres… »

GUILLAUME GESRET
PHOTO DOMINIQUE JASSIN

DATES CLÉS
1968 Elle est étudiante à l’université de Nanterre et participe activement aux événements de mai
1969 Elle entre à l’Éducation nationale
1971 Elle signe le manifeste des 343 salopes
1991 Elle est responsable des programmes toxicomanie à Aides
2005 Elle soutient un doctorat en sciences de l’éducation
2008 Elle s’installe à Nanterre et préside l’association Cerise

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