PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In La Voix du Nord – le 13 mai 2014 :

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Ce soir, le tout nouveau conseil municipal d’Halluin, près de Tourcoing, se réunit de manière extraordinaire pour évoquer un sujet unique: les rythmes scolaires. L’idée est de lancer une consultation de la population pour savoir si elle veut une application de la réforme dès la rentrée prochaine ou pas. Hier, Patrice Vergriete, maire divers gauche de Dunkerque élu fin mars, a annoncé que le basculement ne se ferait pas en septembre et qu’il demandait un délai de «six à huit mois», tout en brandissant un courrier envoyé au ministre de l’Éducation nationale Benoît Hamon. Bref, la révolte gronde.

La règle est pourtant simple. Les communes qui n’ont pas adopté les nouveaux rythmes scolaires à la rentrée 2013 doivent obligatoirement s’y conformer en septembre 2014. Sauf que, sur les bancs des élus locaux, ça s’agite. Et dans la classe (politique), le jeune Gérald Darmanin n’est pas le moins turbulent. Le nouveau maire UMP de Tourcoing – 90000 habitants quand même – a lui aussi réuni un conseil municipal à délibération unique, il y a une semaine. Deux heures de débats. Et un choix fort : on remet tout sur la table.

« Cette réforme va coûter 14 millions d’euros à la commune sur le mandat. Impossible, alors qu’elle a 140millions d’euros de dettes. Je devrais embaucher 75 contrats aidés. Et les aides de l’État vont rapidement s’arrêter. » Le premier magistrat s’était engagé sur un référendum en cas de victoire. Dont acte. Environ 50 000 courriers sont en train d’arriver dans les boîtes aux lettres. Les citoyens peuvent déclarer s’ils veulent la mise en place de la réforme ou pas dès la rentrée prochaine.

Il est évidemment tentant d’y voir l’expression de pulsions politiques revanchardes après la victoire de la droite aux municipales. Mais dans ce groupe d’élus du Calaisis, qui se lancent délibérément dans un bras de fer avec l’État et auquel nous consacrons aujourd’hui un reportage, on croise toutes les tendances, y compris la gauche.

Dans les mairies, c’est bel et bien la perplexité qui règne, d’autant que Benoît Hamon a annoncé des assouplissements de la réforme. Par exemple, on pourra désormais regrouper les activités périscolaires en une demi-journée… exactement la piste envisagée un temps par la ville de Lille avant que le projet ne soit retoqué sous l’ère Vincent Peillon ! Pas très limpide.

« On va rester sur notre organisation »

En principe, les projets d’aménagement des rythmes scolaires (les « maquettes », dit-on dans le jargon de l’Éducation nationale) auraient dû être préparés et d’ores et déjà envoyés dans les inspections académiques pour validation. Les assouplissements Hamon permettent aux communes de se positionner d’ici au 6 juin. Du coup, on rouvre le débat, comme par exemple à Wavrin, au sud-est de Lille, où le maire remet « tout le monde autour de la table », avec plusieurs nouvelles réunions calées avec les élus, directeurs d’école et parents d’élèves. Non loin de là, à Capinghem, « on va rester sur notre organisation, assure le maire, sinon il faudrait refaire tout le travail fait en un an, mais en deux mois ».

Ailleurs, le ton se fait plus radical : pas d’application à la rentrée ! À Hautmont, le maire UMP Joël Wilmotte a fait voter une délibération en ce sens. À Douchy-les-Mines, le communiste Michel Lefebvre s’apprête à en faire autant. Bousbecque a voté la semaine dernière le report de la mise en place de la réforme. Quitte à être « hors la loi ». Les directeurs départementaux de l’Éducation nationale sont censés pouvoir imposer un projet là où il n’y en a pas, pour la rentrée 2014. À Tourcoing, Gérald Darmanin prend la menace au mot : « Chiche ! Qui ouvre les écoles ? Le personnel municipal ! Que va faire l’État ? Réquisitionner des gens ? » Turbulent, décidément…

Financement : quelles aides ?

Les communes qui appliquaient la réforme dès la rentrée 2013 bénéficiaient d’un fonds d’amorçage de l’État pour mettre en œuvre les temps d’activités périscolaires : 50 euros par an et par enfant (90 euros pour les communes moins riches, éligibles à la dotation de solidarité rurale ou à la dotation de solidarité urbaine). Cette aide a été reconduite pour l’année scolaire 2014-2015. Et Benoît Hamon vient d’annoncer le prolongement d’un an (2015-2016) de ce dispositif, mais pour les communes « les plus en difficulté ». À préciser donc.

Les Caisses d’allocations familiales (CAF) contribuent également au financement des activités périscolaires, selon une grille de critères. Le reste est financé par la commune… avec parfois une participation des parents (cela reste rare).

PAR CHRISTOPHE CARON, avec les rédactions locales

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