PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In La Voix du Nord – le 2 juin 2014 :

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Le ministre de l’Éducation nationale Benoît Hamon est à Douai ce matin. Pour évoquer la réforme de l’éducation prioritaire, il va se rendre à l’école maternelle Pierre-Leclerc-de-Hautecloque puis au collège Gayant. Il a répondu à nos questions.

– En quoi ces deux établissements douaisiens sont-ils représentatifs de la réforme ?

« Ils sont déjà dans le périmètre de l’éducation prioritaire, mais la réalité aujourd’hui, en dépit des politiques mises en place depuis de nombreuses années, c’est que les chiffres sont préoccupants. Il faut donc repenser cette politique d’éducation prioritaire. C’est ce que nous faisons. Entre 2007 et 2012, la proportion d’élèves de 3e maîtrisant les compétences de base en français est passée de 54,8 à 42 % dans ces établissements d’éducation prioritaire. Les difficultés augmentent en dépit de l’implication des professeurs. »

– Cela fait pourtant longtemps que l’éducation prioritaire fait l’objet de moyens spécifiques…

« Oui, mais on observe une vraie dégradation des inégalités et des résultats, c’est frappant entre 2007 et 2012. La crise, c’est plus d’inégalités, de pauvreté, de précarité et cela se ressent à l’école. Il faut donc une nouvelle carte de l’éducation prioritaire, établie sur des critères objectifs comme le taux d’échec en 6e, le nombre d’enfants boursiers, les catégories sociales des familles, pour une politique qui relie l’école et le collège. L’amélioration du niveau suppose qu’il n’y ait pas de rupture. Le dispositif plus de maîtres que de classes se concentrera sur ces établissements. Une école de neuf classes aura ainsi dix maîtres, par exemple pour dédoubler des classes ou suivre certains élèves qui rencontrent des difficultés. C’est aussi dans ces zones que nous allons scolariser les enfants avant trois ans. »

– La région semble mieux lotie que d’autres sur la refondation de l’éducation prioritaire (onze réseaux REP+ à la rentrée). Est-ce un lot de consolation, pour faire oublier le peu de créations de postes depuis 2012, alors que l’académie a toujours été en tête des suppressions les années précédentes ?

« Les indicateurs que nous utilisons pour déterminer les réseaux d’éducation prioritaire sont objectifs. Il y aura d’ailleurs davantage de réseaux dans le Nord-Pas-de-Calais l’an prochain. S’agissant de la répartition des moyens dans une académie, elle dépend d’abord de la démographie scolaire. Les 60000 postes que nous créons dans l’Éducation nationale ont, pour commencer, été affectés à la formation des professeurs. C’est peut-être moins populaire que de recruter directement des professeurs en classe, mais la formation des enseignants est primordiale. »

– Justement, il semblerait qu’il y ait une crise des vocations…

« Certes nous avons connu des difficultés, mais je suis désormais d’un optimisme prudent sur les recrutements. Nous sortons d’une période où le métier d’enseignant a été mis en accusation, dénigré, ce qui ne le rendait pas très attractif. Cette année, pour recruter davantage d’enseignants, nous avons organisé deux concours et les résultats du second concours sont encore plus encourageants que ceux du premier. Nous recrutons plus, et nous avons plus de candidats. Dans certaines académies, le nombre de candidats a même augmenté de 30 %, ce qui est significatif. »

– Le niveau n’est donc pas abaissé ? Les enseignants ne seront pas des cancres ?…

« Nous avons par ailleurs remis en place une formation pour les professeurs, qui avait été supprimée par la majorité précédente. Des gens qui ont bac+5, qui réussissent un concours et sont mis au défi d’enseigner tous les jours à une ou plusieurs classes d’enfants tous différents, en se remettant en cause chaque matin, n’ont rien de cancres. Je pense qu’on devrait plutôt leur dire notre admiration. »

La région bénéficiera de 11 réseaux d’éducation prioritaires (REP+) à la rentrée : 8 dans le Nord à Roubaix, Tourcoing, Lille, Douai, Denain et Maubeuge ; 3 dans le Pas-de-Calais à Boulogne-sur-Mer, Calais et Grenay.

PAR CHRISTOPHE CARON

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