PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Educavox – le 16 septembre 2013 :

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Photo Credit : deflam via Compfight cc

En dehors des 45 minutes d’activités périscolaires ou de garderie dans les communes qui ont fait le choix d’appliquer la réduction de la semaine scolaire dès cette rentrée, rien n’a changé dans la vie des classes et des élèves. Je n’évoque pas, bien entendu, les créations de postes, la rétablissement de la formation des enseignants telle qu’elle était avant, la charte de la laïcité, qui n’ont pas d’impact sur la vie des élèves. Je parle de l’évaluation, de l’aide personnalisée fondée sur l’évaluation et sur la paperasse, des programmes et des pratiques pédagogiques. Il est vrai que, contrairement à X. Darcos, V. Peillon a fait le choix de la concertation, du dialogue, de la démocratie. Il est vrai que, comme le scrupuleux L. Jospin en son temps, il n’est pas un adepte des décrets et des ordonnances (comme envisage de le faire l’opposition en cas d’alternance), de la chasse aux sorcières, de la pensée unique, de cet autoritarisme qui est devenu normal dans l’institution. Reste que pour tous ceux qui espéraient le changement, tous ceux qui ont combattu pour l’avènement d’une autre école, tous ceux qui ne supportaient pas la dégradation de l’école et le stupide pilotage par les résultats apparents sans remettre en cause en profondeur les pratiques, restent sur leur faim et se découragent.
 
Tout se passe comme si en arrivant au pouvoir, des hommes très intelligents et très compétents, commençaient leur mission au degré zéro, comme s’ils n’avaient pas pensé, pas rencontré les mouvements pédagogiques, les syndicats, les experts, comme s’ils n’avaient pas lu la littérature pédagogique. Il faut impérativement laisser du temps au temps, reprendre toutes les conversations qui ont précédé les élections et qui ont même, peut être, contribué à la victoire. Ainsi les plus belles idées risquent de disparaître dans le sable de la frilosité et la refondation risque de se réduire à une réformette de plus.
 
J’ai souvent dit, avec d’autres, avec Philippe Meirieu notamment, que l’on aurait pu éviter d’attendre et de démobiliser les acteurs, en suspendant quelques mesures en urgence, celles en particulier qui avaient fait l’unanimité contre elles, comme ces sacrés nouveaux vieux programmes de 2008 ou le scandale de l’évaluation qui n’en est pas.
 
Nous sommes donc dans une période de continuité. Un certain nombre de DASEN prônent d’ailleurs cette continuité avec force, un nombre certain d’inspecteurs ont toujours les mêmes exigences inadmissibles, dans le cadre de l’application maintenue et renforcée des politiques antérieures. La pensée unique continue de sévir.
 
C’est le cas pour les notes et pour ces fameuses évaluations qui n’en sont pas. Utiliser le mot évaluation pour les épreuves nationales qui angoissent tant enfants et parents, et qui épuisent inutilement les enseignants est une usurpation. Philippe Meirieu explique bien ce problème dans les extraits de conférence publiés sur Educavox. Les notes continuent, cher André Antibi, pourfendeur de la terrible « constante macabre », à détruire l’éducation.
 
Les témoignages que je reçois de très nombreuses circonscriptions de France et d’Outre Mer sont convergents et souvent émouvants. Voyez cet échange sur une page d’un réseau social. Ils révèlent les réalités du terrain que les cabinets ignorent à l’évidence et qui créent beaucoup d’amertume et de doute :
 
Ostiane :« Alors, en début d’année, ça donne : Oui, et puis, vous savez, la note, c’est vraiment pas important, l’essentiel est ailleurs, votre enfant ne se résume pas à une note ». Et puis, en milieu d’année, ça devient : « Ecoutez, ça n’est pas moi qui le dit, regardez ses notes. Elles parlent d’elles-mêmes ». Et en fin d’année : « Moyenne insuffisante pour envisager un passage en classe supérieure »
Fabien(prof de SVT) : « Sur mon bulletin en terminale en SVT : « Aucun intérêt pour la matière »
Pierre  : « Il a, de l’avis unanime des profs, toutes les capacités pour passer en première. Mais il ne travaille pas assez. Voyez ses notes. Donc il redoublera. Décision sans appel, appel malgré tout, mais vain. Il a fallu beaucoup d’efforts et de soutien familial pour lui sauver la vie »
Anne  : « Quel résumé fidèle de ce que l’on entend en conseil de classe. Sans oublier le conseil unique face aux difficultés : « travailler davantage ». L’élève est toujours coupable ».
Jean-Charles : « agrégé hors classeet pourtant cancre de la 5ème à la terminale, ça doit s’appeler la résilience, ou alors ? Mes profs se seraient-ils trompés il ya quelques décennies ? Mais ça ne peut plus arriver maintenant … »
Anne  : « Pauline a à peine la moyenne en français. Elle ne peut donc pas passer. Paul a presque la moyenne en maths. On le fera donc passer…Ben quoi ? C’est la même note !!! »
Mila s’emporte : « Aux ch… les notes ! »
Albert Jacquardl’avait dit de manière plus délicate dans une tribune parue dans l’Humanité le 22 Mars 1999, citée par Philippe Watrelot dans sa revue de presse :
Article premier : Il faut supprimer tout esprit de compétition à l’école. Le moteur de notre société occidentale est la compétition, et c’est un moteur suicidaire. Il ne faut plus apprendre pour et à être le premier »
Article troisième : Les examens restent dans leur principe, sachant que seuls les examens ratés par l’élève sont valables. Ils sont utiles aux professeurs pour évaluer la compréhension des élèves. Mais les diplômes ou les concours comme le baccalauréat sont une perte de temps et sont abolis. Sur tous les frontons des lycées figurera l’inscription : " Que personne ne rentre ici s’il veut préparer des examens. "
 
On dénonce les aberrations du système depuis des décennies. Mais rien ne change. La refondation ne passe pas par là. Comme on donne le sentiment que l’on n’a pas consulté, pas réfléchi, pas étudié, avant les élections, on justifie le besoin de temps. Et comme on laisse penser que personne n’a réfléchi et proposé avant les élections, il faut le temps de se remettre à l’écoute, pour entendre ce que l’on sait déjà. Donc, il faut attendre. 2015 ? 2017 ? Pendant ce temps, les enseignants ont perdu l’espoir et la volonté de changement, à la grande joie des conservateurs.
On ne touche pas aux notes, aux évaluations, aux contrôles. On verra ça plus tard.
 
Et si l’on notait la refondation ?
 
Pierre Frackowiak

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