PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Il n’y a pas que la rentrée. Jeudi 29 août, Vincent Peillon évoque avec le Café pédagogique ses projets d’avenir pour les enseignants. Quelle évolution pour le métier d’enseignant ? Quelle réforme pour le collège ? Répondant à nos questions lors d’un entretien, le 29 août, le ministre de l’éducation nationale insiste sur sa volonté d’accorder davantage d’autonomie aux équipes pédagogiques, et non aux établissements. Il évoque la possibilité de passer d’un corps à un autre au cours de sa carrière, une idée très forte pour la réforme du métier. Vincent Peillon annonce aussi un investissement important dans la formation continue à partir de la rentrée 2015. Il confirme la consultation des enseignants sur les programmes et l’enseignement prioritaire cette année. Enfin il annonce la réforme de la carte scolaire avec celle du collège. C’est à dire pour cette année scolaire. 

Le timing des réformes a parfois été mal perçu des enseignants. Ils ont vu des sujets qu’ils n’estimaient pas prioritaires passer en premier. D’autres que les enseignants perçoivent prioritaires tardent. Allez-vous accélérer le rythme des réformes ou laisser les choses aller leur train actuel ?   

Je souhaite approfondir la relation de confiance avec les enseignants. La grande majorité d’entre eux déploie une énergie considérable dans des situations qui ne sont pas toujours faciles. J’éprouve une profonde reconnaissance et gratitude envers eux, je les respecte mais au-delà, je sais que ce sont eux qui sont en première ligne des réformes. 

C’est pourquoi je les consulterai, notamment, sur les programmes et sur l’éducation prioritaire. Je ne veux pas de réforme qui vienne d’en haut. Si l’on veut, par exemple rompre avec la méthode qui consiste à rédiger des programmes à quatre autour d’une table et à les imposer autoritairement, cela suppose de suivre une méthode. La refondation doit être pilotée mais collective.

Je crois que les critiques sur le timing ne sont pas justes. La tendance spontanée du système est de ne rien changer. Nous devions afficher de grandes ambitions – la lutte contre les inégalités, une meilleure articulation des temps pour les enfants, et commencer par le commencement. Le plus urgent, nous l’avons fait, c’était la formation. Nous lançons maintenant de nouveaux chantiers, toujours en concertation avec les représentants des enseignants. La question des programmes, par exemple, si importante pour lutter contre le déclin scolaire français aggravé par la droite. Là aussi, il faut faire les choses dans l’ordre : installer le Conseil supérieur des programmes, élaborer les programmes dans la transparence, en associant chacun et bien entendu les professeurs eux-mêmes. Vous verrez d’ailleurs, que lorsqu’on discutera des programmes, des pédagogies, des contenus, beaucoup nous reprocheront alors d’aller trop vite ! 

En définitive, pour moi l’important c’est déjà d’aller dans la bonne direction. On était sur une pente fatale, très violente à l’égard de beaucoup d’élèves. On s’est remis en mouvement. On répare. Un meilleur temps scolaire, l’affirmation de nos valeurs, une formation des enseignants et le retour de l’année de stage, le développement du numérique, la lutte contre le décrochage, tout cela va dans le bon sens.  

Dans les défis qui viennent, il y a le dossier du métier enseignant. Est-il vraiment possible de faire bouger les choses ?   

Contrairement à une idée reçue, les professeurs le souhaitent. Nous avons beaucoup de choses à améliorer, pour rendre le métier plus agréable et plus attractif, au-delà des éternelles polémiques sur le statut. Prenons des choses simples comme le rapprochement de conjoints. On peut améliorer largement. L’institution doit savoir mieux reconnaître ses enseignants en permettant, notamment, une meilleure circulation d’un corps à l’autre. Il y a encore trop de rigidité aujourd’hui. Il faut aussi valoriser ce qu’ils font. On dit : « il faut faire du numérique ». Or, il y a des enseignants innovants investis dans le numérique. L’institution doit apprendre à mieux utiliser leurs compétences. Sur tous ces sujets, comme sur d’autres, qui touchent aux carrières, aux mutations, nous allons avancer. Parler du métier, c’est aussi reconnaitre les mérites des professeurs.   

A propos des enseignants innovants on a l’impression que l’encadrement administratif se renforce. Est ce une bonne chose ?   

Ce qu’il faut, c’est mettre à profit de tous leurs compétences. Je veux que l’on repère les enseignants innovants et que l’on crée les conditions qui leur permettent d’aider leurs collègues. Je veux qu’ils puissent enseigner en ESPE, qu’ils y soient associés, qu’ils puissent faire de la formation continue et que cela soit pris en compte dans leur service. C’est typiquement un des sujets des discussions qui vont s’ouvrir et sur lequel je marquerai une  volonté. 

Il faut plus de temps pour le travail en équipe, donner la possibilité aux professeurs de s’investir dans la relation avec les parents, l’innovation pédagogique, la coordination, la formation de jeunes collègues. Il faut briser la solitude des enfants face à l’échec scolaire, mais il faut aussi briser celle des professeurs. L’entraide que l’on encourage entre enfants doit aussi exister entre professeurs – le plus de maître que de classe va d’ailleurs dans ce sens –. Ca rendra le métier plus heureux. Je veux qu’on ait des relations dans toute la chaine hiérarchique de considération, respect et confiance. La pédagogie, les professeurs doivent redevenir au cœur du système éducatif. Pas la gestion.   

Un des grands chantiers de l’année c’est la réforme du collège. Votre position semble peu lisible puisque vous parlez de collège unique mais différencié.   

Collège unique ça veut dire que je ne veux pas en rabattre sur l’exigence qu’on doit avoir pour tous les enfants.  

Il ne doit pas y avoir d’enfants exclus de la scolarité obligatoire avant son terme. C’est le contraire de ce qu’il faut faire pour le pays. Ceux qui veulent remettre en cause le collège unique réclament en réalité des orientations précoces. Cela, je le refuse. Mais je constate aussi que certains élèves ont des difficultés à atteindre le niveau que l’on souhaite, à maîtriser  le socle commun, parce qu’une certaine forme d’enseignement ne leur parle pas. Il faut donc faire évoluer notre façon d’enseigner pour les conduire à cette maîtrise.  

Enseigner dans un collège de l’éducation prioritaire ce n’est pas la même chose que  de faire cours dans un collège de centre ville. Il faut donc que les équipes, qui savent mieux que personne comment répondre aux besoins des élèves, aient la capacité de s’organiser pour le faire. C’est de la question de l’autonomie pédagogique, de l’autonomie des équipes, dont je parle ici, et non de l’autonomie « de l‘établissement » c’est à dire de la privatisation de la gestion telle que la concevait la droite. Nous allons réfléchir à ces moyens, et nous allons permettre ces pédagogies.  

Seulement, et c’est ici que la discussion doit être sérieuse, il faut aussi faire attention aux effets pervers des bonnes intentions, car chaque fois qu’on introduit de la différenciation dans le système, il y a un risque  qu’elle soit utilisée pour recréer des filières.- ce que l’on voit par exemple, avec l’usage parfois fait des options. L’autonomie pédagogique– souhaitable – ne doit jamais se traduire par un renforcement des inégalités. Voilà le cadre de nos discussions.  

Par ailleurs, il va falloir convaincre nos concitoyens, au-delà des discours, que le pluralisme et la mixité sociale et scolaire, c’est bon pour tous les élèves, afin d’accompagner cette réforme du collège de celle de la carte scolaire.  

Comment peut on redonner vie à la formation continue qui était justement un élément de dynamisme et de changement ?   

L’effet maitre est déterminant. Nous consacrons beaucoup de moyens à la formation initiale – 27000 postes. Mais la formation continue est aussi indispensable. Il faut s’attendre à ce qu’en 2013-14 et 2014-2015 nous ayons encore des tensions sur les postes : nous exploiterons au maximum les possibilités dont nous disposons. Mais les deux dernières années du quinquennat permettront de mobiliser davantage de moyens  pour la formation continue. Je lui accorderai une priorité. Les enseignants savent que les savoirs évoluent, qu’on a besoin de remise en cause, d’échange entre pairs. La formation continue est l’instrument d’un enrichissement du métier. Il faut également développer des formations internes qui permettent de changer de métier à l’intérieur de l’éducation nationale. Cela fait partie des discussions qui s’ouvrent. Le numérique nous y aidera. Regardez ce qu’on fait pour la formation continue des professeurs du primaire ! Avec le numérique ils peuvent se former quand ils veulent. Le numérique leur apporte qualité et liberté. C’est un extraordinaire instrument de progrès individuel et collectif.  

Propos recueillis par François Jarraud

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