PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Coop’ICEM – le 11 juin 2014 :

Accéder au site source de notre article.


Partiel et partial d’une militante pédagogique qui a persisté (et qui persiste toujours) pour faire entendre les bienfaits de la pédagogie Freinet et défendre le respect du temps de l’enfant dans sa globalité (temps éducatif, de repos, de vie… dans les collectifs, instances, etc.).

1. 2008, l’année des «mesures Darcos»

Les mesures se ramassent à la pelle !

L’aide personnalisée

Ces heures sont ajoutées au temps d’enseignement commun, cette surcharge de travail scolaire se fait au détriment des besoins de développement des enfants, des activités culturelles ou sportives pratiquées pendant ce temps par les autres enfants ou tout simplement de repos en famille.

Les stages de remise à niveau…

Ces stages sont proposés aux élèves en difficulté cinq matinées d’affilée pendant les vacances (printemps, juillet ou août).

Sans oublier la suppression de la carte scolaire,

La suppression des IUFM

La suppression des RASED

Et en même temps que le ministère prétend vouloir diviser par trois l’échec scolaire, il divise par trois les dispositifs d’aide spécialisés et arrête la formation des rééducateurs spécialisés.

Les suppressions de postes, les fermetures de classes, les regroupements d’écoles

La création des EPEP, le programme ECLAIR «écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite», mais seulement dans une liste restreinte (réseau ambition réussite),

Les financements du privé

La base de données «Base-élèves»,

Les évaluations nationales portent essentiellement sur les mathématiques et le français (à peine deux piliers entiers du socle commun).

Les programmes

Dans sa «révolution culturelle» de 36 pages, Xavier Darcos présente des programmes «recentrés sur l’essentiel», du socle commun on ne garde que les piliers chers à l’Europe, on rejette la complexité, la transversalité qui les articulait pour privilégier l’empilement de couches simples de fondamentaux. Que ce soit en français ou en mathématiques on augmente ainsi le nombre de savoirs opératoires, mécaniques et on retire tout ce qui était ambitieux dans les programmes de 2002.

Et surtout pas de temps à perdre, car tout doit tenir en 24 heures !

Entre les dix heures de français, les cinq heures de mathématiques, les quatre heures de sport et l’heure et demie de langue vivante, que restera-t-il à la «culture humaniste» ? Aux sciences ? A l’éducation artistique ? Avec des horaires spécifiques et cloisonnés, une programmation annuelle qui dénie les cycles, ce seront 24 heures compartimentées, morcelées en disciplines et sous disciplines.

La semaine de 4 jours et demi laisse donc la place à la semaine de 4 jours. De 26 heures d’enseignement devant toute la classe, les enseignants passent à 24 heures, mais il leur reste toujours 27 heures de services (2 heures d’aide personnalisée  pour les enfants en difficulté scolaire et toujours 1 heure pour la concertation).

Aussitôt, syndicats et militants pédagogiques ont montré leur désaccord et dénoncé le temps compressé par cette réforme.

Ainsi, je me suis exprimée dans un billet «24 heures chrono» où je m’inquiétais (et je n’étais pas la seule …) à la fois des horaires cloisonnés, de la fin des cycles, des programmes qui allaient ressembler de plus en plus à une table des matières de manuel scolaire et du recentrage sur les fondamentaux. Plus le temps de rechercher, de questionner, de tâtonner, de réinvestir… bref la pédagogie voilée.

Nous étions tous inquiets par rapport au rythme de l’enfant, de la fatigue engrangée dans ces journées trop remplies. Les chronobiologistes nous soutenaient. Il fallait au moins revenir à la semaine de 4 jours et demi, voire réfléchir davantage à la journée, à la semaine et l’année.

Nous nous étions également inquiétés pour les enfants qui auraient ces deux heures supplémentaires avec l’aide personnalisée : referaient-ils ce qu’ils n’avaient pas réussi dans la journée, une seconde couche serait-elle profitable ? Ne serait-ce pas une double peine pour eux ? Ne seraient-ils pas stigmatisés par rapport à leurs camarades ? Ce travail scolaire supplémentaire, ne serait-il pas proposé pendant des temps de repos ou d’activités culturelles ou sportives (que ce soit pendant la pause méridienne ou le soir) ? Certains enseignants ont résisté, détourné cette aide personnalisée et ont même été  sanctionnés.

2. 2010, l’année des collectifs

L’Appel de Bobigny (vers un grand projet national pour l’enfance et la jeunesse) octobre 2010 (Associations éducatives, éducation populaire, grandes fédérations syndicales, syndicats, FCPE, maires, un très grand collectif !)

Tous les textes : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/11583

18 propositions dont pour le sujet qui nous intéresse ici la 7e :

«Pour améliorer les rythmes de vie et de travail des enfants et de jeunes, très rapidement, il faut un cadre national, décliné dans les projets éducatifs d’établissement. Il doit prendre en compte les préconisations de l’Académie de médecine à propos de l’école primaire. Il faut donc alléger la journée et adapter le temps scolaire aux temps favorables aux apprentissages, alterner et équilibrer dans la journée les différentes formes de regroupement, les différentes activités et disciplines, les formes de travail, garantir la pause méridienne, refuser la semaine actuelle de 4 jours et prioriser un rythme annuel alternant 7 semaines scolaires et 2 semaines complètes de vacances intermédiaires, définir un volume annuel d’heures d’enseignement. Ce cadre national doit préconiser l’articulation des temps éducatifs et sociaux, leur mise en cohérence et la coopération éducative de tous.»

Travail collectif de production avec des textes complémentaires aux propositions en 2011

Un consensus réalisé sur ces grands axes :

– 0-6 ans : un enjeu de société

– Les PEdT appelé «Territoires apprenants»

– La formation des professionnels de l’éducation

– La participation active des enfants, des jeunes et de leurs parents aux projets éducatifs

– Enjeux individuels et enjeux collectifs

– Autonomie des établissements scolaires et des acteurs de l’éducation

L’Appel de Bobigny disparaîtra dans le silence, le consensus s’envolera très vite dès la rentrée 2012.

Le CAPE

Les mouvements d’éducation populaire, mouvements pédagogiques, associations éducatives comme se réunissent en collectif pour répondre politiquement à toutes ces mesures, c’est le collectif du CAPE qui se met en forme autour d’une Charte (en 2011, ce collectif de mettra en association pour être reconnu plus facilement comme interlocuteur unique face à l’institution)

Un groupe de travail s’est constitué sur les temps éducatifs, plusieurs productions, la première pour la consultation de Luc Chatel, puis pour donner des pistes à Vincent Peillon. Au salon de l’éducation, le groupe a présenté ses travaux au ministre lors d’une table ronde. Il continue à ce jour, un troisième écrit est en préparation.

A ce jour le CAPE survit et travaille, son objectif étant la vigilance, la critique, la production d’idées, la recherche, la reconnaissance de ses pratiques sur le terrain, nourrir la réflexion, la recherche, l’expérimentation sur l’éducation. Le frottement des divergences, des pratiques différentes nourrit le collectif et chacun de ses membres.

 

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