PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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ANTHROPOSOPHIE : Sagesse de l’homme ou « conscience de l’être humain de lui-même ».

L’anthroposophie est la lutte pour accéder, d’une manière adaptée à notre époque, aux dimensions spirituelles de l’existence. Dans le domaine de l’éducation, l’anthroposophie doit beaucoup à la personnalité de R. Steiner (1861-1925), philosophe et pédagogue autrichien, qui publia les travaux scientifiques de Goethe, à qui l’on doit l’aphorisme en forme de programme de vie : « N’oublie pas de vivre ».

Rudolf Steiner commença son activité anthroposophique à Berlin, en 1902. Il l’exerça au sein de la Société Théosophique d’alors, dans le domaine de la philosophie et de la « vision du monde ». Dans une deuxième phase, il se tourna intensément, avec ses collaborateurs, vers les arts (édification d’un bâtiment dédié à l’anthroposophie, le Goetheanum à Dornach en Suisse). Lors d’une troisième phase de son activité, R. Steiner s’orientat vres les applications pratiques en de nombreux domaines de l’activité humaine dont la médecine et la pharmacie, la pédagogie (pédagogie curative), l’agriculture, la question sociale (sociologie), les arts (les beaux-arts et les belles lettres), et les sciences (mathématiques, astronomie).

La « vision du monde » est une notion que nous devons à la philosophie allemande et qui, loin d’être réductible à l’idéologie, signifie chez E. Kant, 1790, qui la fonda dans sa Critique de la faculté de juger, d’abord une « intuition du monde ».

R. Steiner conçoit l’anthroposophie comme un chemin de connaissance qui aspire à conduire l’esprit en l’être humain à l’esprit dans le cosmos. Cela n’est possible que si quelque chose évolue, change, se transforme en l’âme humaine et dans le monde, les rendant propices à la vie. L’évolution est ainsi promue au rang de processus décisif dont dépendra le progrès de l’être humain, de l’humanité et du cosmos.

L’anthroposophie milite pour une compréhension de l’évolution au sein de laquelle elle se place elle-même.

La recherche de R. Steiner tente de concilier l’ésotérisme chrétien de tradition européenne et une conceptualisation intelligible du spirituel. Son oeuvre écrite comporte 40 volumes. Il a tenu 6 000 conférences, dont la plupart sont contenues dans 270 volumes publiés à ce jour. Sa Philosophie de la liberté, 1894, avait pour maxime : « Vivre dans l’amour de l’agir et laisser vivre dans la compréhension du vouloir d’autrui ». La pédagogie est l’une des lignes directrices de l’anthroposophie de R. Steiner, 1907, pour qui l’éducation de l’enfant doit être orientée vers le développement. La nature humaine est le fondement de la pédagogie : « Nous devons éduquer de façon telle que l’homme sache vieillir ».

L’Ecole de Science de l’esprit, fondée par R. Steiner en 1923-1924, part de l’observation : le monde devient tel que nous le pensons. C’est pourquoi elle place la sensibilisation, l’intensification et la transformation de la pensée en son centre. Le précepte : « Changez l’orientation de votre esprit » est à la fois une méthode et le but de cette école qui se donne pour tâche la recherche dans la dimension spirituelle de l’existence. Ici sont posées les questions de la destinée, de la réincarnation, de la religion et du sens de la vie. Auteur d’une Théosophie, 1904, la démarche de R. Steiner, résumée dans la Science de l’occulte, 1913, requiert une Initiation, et postule une perception spirituelle indépendante des sens. Une pensée pure peut avoir accès au monde spirituel, mais elle n’est accessible qu’aux facultés supérieures de la connaissance mentale.

Le travail médiatif et mantrique inauguré par R. Steiner trouve une illustration dans l’eurythmie, art du mouvement qui cherche à rendre visible le spirituel dans la parole et la musique. R. Steiner va se détacher des théosophes pour fonder la société anthroposophique en 1912. Il critique le matérialisme du monde contemporain, considérant qu’il faut habituer sa conscience à s’élever et à se détacher de la matière. Le but de la doctrine de R. Steiner est de permettre à l’homme de retrouver ses racines spirituelles. Les théories théosophiques mènent à l’idée que le chemin du spirituel dans l’être humain entre en raisonnance avec le spirituel qui vit dans l’univers. L’orientation d’une vie c’est le lien que l’homme entretient avec le monde spirituel. Cette direction spirituelle peut faire l’objet d’une transmission ou d’une éducation. R. Steiner a fondé les écoles Steiner-Waldorf.

L’anthroposophie concerne et mobilise trois dimensions essentielles de l’être humain : « l’aspect du penser » (Denken), « l’aspect du sentir » (Fühlen), « l’aspect du vouloir » (Wollen), auquel on peut ajouter le niveau de la conscience morale. Les domaines d’activités anthroposophiques, tels que les écoles Waldorf, les soins de santé anthroposophiques, la pédagogie thérapeutique et l’agriculture biodynamique prétendent se fonder sur les valeurs léguées par les penseurs européens basées sur la dignité humaine, le développement individuel et la liberté de choix dans une société pluraliste. La Société anthroposophique universelle est une institution culturelle qui rassemble en 2007, des personnes de toutes les cultures et religions venant de 77 pays, désirant cultiver un lien conscient avec la dimension spirituelle dans la vie. Plus de 10 000 institutions d’orientation anthroposophique dans le monde ont l’ambition d’offrir l’espace et l’occasion d’un développement spirituel et artistique, d’un engagement dans la société civile en relation avec la « conscience de sa propre humanité ».

On le voit, l’être humain est capable de se construire un destin et de le penser. C’est donc un enjeu totalement spirituel. L’anthroposophie offre une vision orientée du monde où l’art, la science et la spiritualité sont liés. Nous retiendrons une pédagogie de l’éveil plaçant l’épanouissement de l’individu au coeur de ses préoccupations, en prenant en compte le caractère unique de ce dernier, grâce à une conception de l’entité humaine.

Initiation ; Pédagogie ; Philosophie ; Religion ; Sacré ; Sagesse…

Orientation bibliographique

  • Hadot, R. (2008). N’oublie pas de vivre. Goethe et la tradition des exercices spirituels. Paris : A. Michel.

  • Steiner, R. (2002). La nature humaine, fondement de la pédagogie. Paris : Triades.

  • Steiner, R. (2009). Carnégie et Tolstoï, in l’Esprit du temps, n°71, automne, pp. 56-76.

Lire la suite : Pour éduquer l’enfant faut-il connaître l’homme – Francis DANVERS

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