PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Print Friendly

Le réseau est une matrice de connexions, un ensemble d’éléments interconnectés. Inventée pour penser le changement social, la notion de réseau ne doit pas être confondue avec le culte des réseaux de communication, prothèse technique d’une nouvelle utopie sociale. En effet, la notion de réseau est ancienne (Simmel, Mauss, Maunier et Lévi-Strauss, ont été des précurseurs de l’étude anthropologique des réseaux) et renvoie à au moins quatre strates de significations dans lesquelles s’enracinent les conceptions actuelles.

Au début du XIX’ siècle, Saint-Simon et ses disciples associaient le réseauà une vision universelle et humaniste du monde. Vecteur d’une nouvelle utopie sociale, le réseau est ce qui rapproche les lieux et les hommes. Parler de réseau à cette époque permettait de mettre l’accent sur la circulation et les flux. À travers ces métaphores organicistes, ils défendaient l’idée que la richesse est engendrée par la circulation des marchandises et non leur accumulation, P. Musso, 1999.

Une deuxième strate se forme à la fin du XIX’ siècle, avec l’apparition du téléphone et de l’électricité. Le réseau est alors associé à l’idée de service géré par de grandes entreprises. Dans cette configuration, le service est d’autant plus efficace que le réseau compte de personnes connectées.

La troisième strate intervient au XX’ siècle, avec le développement des télécommunications et des transports. La notion de réseau est associée à l’idée de vitesse, P. Virilio, 1995. En modifiant le rapport à l’espace et au temps, le réseau se voit reconnaître la capacité de fabriquer de nouvelles métriques; avec lui, la connexité est censée l’emporter sur la continuité comme mode d’organisation du territoire.

La quatrième strate est plus récente. Elle correspond aux conceptions mises en avant par les gestionnaires. Dans cette perspective, le réseau est considéré comme un outil de coordination et de transaction, entre l’économie de l’État, Offner, 2000. Le réseau présente les avantaqes et les inconvénients d’une organisation non bureaucratique ; pas de fonction clairement définie, n’agit pas selon des règles écrites et impersonnelles et poursuit généralement des objectifs de court terme.

Dans les années trente, le psychologue J. Moreno (1892-1974) a conçu des «sociogrammes» permettant de représenter les relations au sein des groupes étudiés : un individu est un point, une relation, un arc, orienté ou non. Pour l’anthropologie de l’école de Manchester des années cinquante, la notion de réseau se définit comme un ensemble de relations informelles entre individus (J. Barnes). C. Mitchell précise la distinction entre réseau complet et personnel. E.Bott analyse les propriétés propres aux réseaux comme leur densité, capables d’expliquer les rôles sociaux que jouent les individus.

Dès le début des années 1980, l’approche systématique et le travail communautaire ont préparé le terrain des différentes conceptions du travail social à orientation collective. Comme le rappelle E.Djaoui, 2000, « Le travail en équipe, le partenariat, la mise en place de réseaux deviennent des modalités d’intervention fortement revendiquées et recherchées».

La théorie des réseaux en sciences sociales, selon F. Denord, 2005, vise à caractériser soit un système de relations inter-individuelles ou inter-organisationnelles, soit les relations propres à un individu. Ces relations peuvent être symétriques ou non. Elles sont définies par l’existence de contacts, la forme prise par des interactions ou la nature du bien matériel ou symbolique échangé. Le réseauest un cadre facilitateur ou pas, pour l’action d’un individu. La sociologie des réseaux s’intéresse à la combinaison des niveaux d’analyse individuel, relationnel et structural. Les réseaux sont aussi des constructions sociales et historiques.

Le succès actuel de la notion de « réseau» ne doit pas cacher son ambiguïté fondamentale et la difficulté qu’elle a à de décrire des réalités aussi disparates qu’une structure décentralisée gérant des actifs communs, une alliance informelle entre  partenaires indépendants, etc. La notion de réseau n’apporte rien en elle-même si l’on ne précise pas le mode de concrétisation et de formalisation des relations entre les parties, les formes du pouvoir exercé par les uns sur les autres, les mécanismes de régulation qui font "tenir" le réseau ensemble. Pour l’auteur de La Société en réseaux, M. Casteils, 1998, l’organisation pyramidale de la société – autour de l’État et des institutions- fait place – à une organisation en réseaux, ce qui autorise la vision d’une société dominée par les logiques d’information, d’interaction, d’horizon et de transparence. Un nouvel âge du capitalisme se profile à l’horizon d’une société de marché, moins dans la propriété, davantage dans l’accèsà des services.

Avec la notion de partenariat, la problématique du réseau devient un enjeu pour penser l’évolution des territoires et des politiques publiques :

– la figure de la "pyramide" a d’abord été le symbole du pouvoir et des organisations tayloriennes qui ont été à l’origine des premières initiatives en matière d’orientation professionnelle ;
– la figure du "labyrinthe" s’est ensuite imposée pour désigner le parcours du combattant dans le dédale des filières et le maquis des formations ;
– le temps n’est-il pas venu de penser en termes de "réseau" les problèmes de formation, d’orientation et d’aide à l’insertion tout au long du cycle de vie ?

Un réseau rassemble le plus souvent des partenaires qui n’ont ni les mêmes intérêts, ni les mêmes valeurs, ni le même répertoire d’action. Dans ces conditions, comment les acteurs peuvent-ils s’orienter et coordonner leurs actions ? Pour J.L. Derouet, 2006, ils négocient une série de conventions qui établissent des équivalences entre des univers différents.

« C’est ce travail qu’il faut suivre si l’on veut saisir le sens de l’action », la question des réseaux d’accès à l’entreprise est particulièrement cruciale pour les jeunes, dont le réseau propre est plutôt un cercle fermé et fortement cohésif entre pairs. On sait que les réseaux les plus efficaces pour l’accès à l’emploi sont des réseaux ouverts de relations faibles. En étudiant les réseaux dans l’économie, M. Granovetter, 2000, a mis en évidence le rôle que les réseaux sociaux jouent dans l’emploi et défendu la thèse de "la force des liens faibles".

En général, un individu n’obtient pas un travail par l’entremise des personnes dont il est proche, mais grâce à des contacts diversifiés.

-7 Anthropologie ; Entreprise ; Interaction ; Intérêt ; labyrinthe ; Partenariat ; Symbole ; Système ; …

Categories: Le mot clef

Répondre