PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Interview de l’historien Gérard Noiriel, Directeur d’études à l’EHESS.

EXTRAITS

L’entretien complet se trouve ICI ou en page 10 du Monde en date des dimanche 25 et lundi 26 janvier

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Les émeutes urbaines de 2005 avaient relancé ce débat. Cette fois, ce sont des attentats terroristes…

Je suis très réticent à faire, comme certains, le lien entre ces attentats et la question de l’intégration. C’est faire un amalgame en établissant des connexions qui sont tout sauf évidentes. Par ailleurs, la question du terrorisme sur le sol français ne date pas d’aujourd’hui. En 1894, le président de la République Sadi Carnot a été assassiné par un anarchiste italien. En 1932, un autre président, Paul Doumer, a été tué par un terroriste qui voulait se venger du fait que la France n’avait pas suffisamment soutenu les Russes blancs pendant la guerre civile qui avait suivi la révolution de 1917…

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Faut-il tout attendre de l’école ?

En faisant porter tout le poids des responsabilités éducatives sur le milieu scolaire, on risque de culpabiliser le monde enseignant, tout en dédouanant les autres acteurs de la scène culturelle de leurs responsabilités. Si l’on veut réellement lutter contre « l’apartheid culturel », il faut prendre à bras-le-corps la question de l’éducation populaire, pour l’adapter aux exigences de notre temps. Depuis plusieurs années, je travaille avec des travailleurs sociaux et des artistes pour développer de nouvelles formes d’intervention dans les quartiers populaires. Mais j’ai pu constater que ce genre de démarche n’intéressait ni les élites (universitaires, créateurs…) ni les pouvoirs publics. Les crédits sont en chute libre et les aspirations culturelles des travailleurs sociaux, qui sont pourtant des relais indispensables pour la transmission des connaissances et des valeurs démocratiques, sont ignorées, voire même niées. Beaucoup d’entre eux se sentent complètement abandonnés.

Que pensez-vous des mesures symboliques envisagées, comme demander aux élèves de se lever quand le professeur rentre dans la classe ?

 On s’expose à de fortes désillusions si l’on croit qu’il suffira de prêcher un catéchisme républicain pour résoudre les problèmes de la jeunesse. L’histoire de la République montre que la laïcité a toujours été un enjeu de luttes entre une conception disciplinaire et une conception ouverte, tournée vers l’émancipation des citoyens. Le refus du consensus, en particulier à l’adolescence, doit être géré dans la compréhension. Sinon on renforce les gens dans leur sentiment d’injustice.

Propos recueillis par Sylvia Zappi et Jean-Baptiste de Montvalon
 
Categories: Laïcité