PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Print Friendly

Le mot diversité désigne deux grandes préoccupations collectives: d’un côté, celle d’acteurs à l’offensive, plaidant pour la  reconnaissance de leur spécificité (culturelle, nationale, religieuse, de genre, etc.), voire sa mise en valeur; de l’autre, celle d’individus victimes d’injustice, de racisme et de discrimination du fait de leur appartenance réelle ou supposée à un groupe
particulier. Sur la base de cette définition, le sociologue M. Wieviorka, 2008, a proposé 57 mesures pour favoriser la diversité dans la
société française.

Dès 1960, l’UNESCO précise que « Le terme discrimination comprend toute distinction, exclusion, limitation ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, l’opinion politique ou toute autre opinion, l’origine nationale ou sociale, la condition économique ou la naissance, ayant pour objet de détruire ou d’altérer l’égalité de traitement en matière d’enseignement».
Le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme, 2008, stipule que « Toute discrimination fondée sur l’allégation de la race, la couleur, le sexe, la langue, l’opinion publique ou autre, l’origine nationale ou sociale, la richesse, la naissance ou tout autre statut ayant pour effet d’annihiler ou d’altérer l’égale jouissance ou exercice de tout droit de l’homme est constitutive d’une violation des droits de l’homme ».
Le concept de « diversité» est apparu dans la littérature managériale américaine au milieu des années 1990, à la fois comme une obligation de non-discrimination pour l’entreprise et comme un enrichissement de son capital humain.
En 2002, l’Assemblée générale des Nations unies a décidé de faire du 21 mai la Journée mondiale de la diversité culturelle.En France, 2004, une « charte de la diversité» a été lancée, puis a été créée la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, aide, 2005. De multiples expérimentations ‘entreprise (CV anonyme, labels, etc.) ont vu le jour sans qu’il soit toujours possible de distinguer ce qui relève des « bonnes pratiques» dans un engagement sociétal en faveur de toutes les personnes discriminées (âge, origine sociale et ethnique, genre, handicap et nationalité) et un souci d’image opportuniste consistant à communiquer par le biais de la marque diversité ».
Aux États-Unis, la prise en compte de la diversité est banalisée. Ainsi, le site ACCOR North America précise que ses salariés : "représentent des âges, ethnies, structures , iliales, aptitudes, genres, races, religions, orientations sexuelles, ancienneté ou styles de vie différents », Un autre exemple, Intercontinental informe que sa politique s’assure d’être non discriminatoire envers la
grossesse et selon le genre, le statut marital, l’orientation sexuelle, la couleur de peau, la religion, la race, la nationalité, l’origine ethnique, le handicap, les horaires travaillés ou l’âge ».
La diversité culturelle fait partie du patrimoine commun de l’humanité, et à ce titre elle doit être sauvegardée. Le principe  anthropologique de la diversité du monde s’appuie sur l’équilibre des « écosystèmes culturels », A. Mattelart, 2005. Z. Bauman, 2007, désigne par « mixophobie » (versus mixophille), une réaction prévisible et répandue à la diversité déconcertante et éprouvante des types humains et des modes de vie urbains. La mixophobie se manifeste dans la tendance à créer des îlots de similitude, par la pratique de la séparation territoriale.
La diversité culturelle est d’abord un fait avant d’être une valeur. Par delà le modèle de laïcité et d’intégration « à la française», le Québec contemporain s’est efforcé de trouver des voies nouvelles en faveur de la diversité culturelle. La commission Bouchard-Taylor, 2007, par exemple, a créé un organe de réflexion sur les pratiques d’« accommodements raisonnables» reliées aux différences (culturelles, religieuses, ethniques, … ) propres aux différentes communautés pour interroger le vivre ensemble et la question de l’identité collective.
Les entreprises qui ont un fort taux de féminisation résistent mieux aux tourmentes des marchés financiers, (Le Monde du 10 octobre 2008). Quand on proclame « Place à la diversité!», on mentionne le plus souvent un Arabe, un Noir, une femme. Or la féminité n’est pas une diversité à proprement parler. Les femmes sont la moitié de l’humanité.
Pour M. Pelletier, 2008, la problématique de la diversité doit intégrer la dimension handicap des personnes, (5 à 8 % de nos cornpatriotes), en se rappelant que le président américain F. Roosevelt (1882-1945) a pu diriger son pays à partir d’un fauteuil roulant.
La diversité, source de richesse et d’innovation? Le « droit à la différence» et le « droit à l’indifférence» ont divisé la gauche comme la droite pendant une vingtaine d’années jusqu’à la querelle du "foulard islamique". Pour W. Benn Michaels, 2009, le "respect des identités" peut entraver la lutte contre les inégalités sociales. D’où ce pari d’A. Renaut, 2009, d’un "Humanisme de la diversité", fondé sur une décolonisation des identités. Pour J.M. Le Gall, 2010, conseiller en stratégies sociales, nous aurons progressé le jour où nous serons capables dans la lutte contre les discriminations d’évaluer des politiques de diversité par la prise en considération d’objectifs chiffrés afin de rendre compte des progrès réalisés.
La diversité voile des inégalités, car l’école reproductive est une école ségrégative. À partir de l’exemple de la mixité sociale à l’école, des sociologues parviennent au constat que "Quelque 10 % des collèges concentrent 40 % des élèves immigrés ou issus de l’immigration", C’est dire que la "fracture scolaire" se double d’une césure ethnique et d’une "fracture territoriale", exprimée notamment dans les travaux d’E. Maurin avec la notion de "ghetto". e. Guilly, 2010 (Fractures françaises). Il en est de même concernant la suppression progressive de la carte scolaire qui n’a pas inversé la tendance à la ségrégation scolaire (Actes de la recherche en sciences sociales, 2010).
La "France de la diversité" a été magnifiée lors de la Coupe du monde de football, 1998, grand moment pour "l’identité nationale" : qu’en reste-t-il aujourd’hui? Dans un monde contemporain où les frontières sont devenues plus culturelles que géographiques, la diversité est devenue l’un des maitres-mots de la psychologie: diversité des situations ou des questions qu’elle a à affronter, mais aussi diversité des approches, des méthodes, des techniques et des outils en fonction des référentiels théoriques sur lesquels elle s’appuie, mais aussi en référence à des systèmes sociaux dans lesquels le psychologue trouve ses lieux d’application. Cette "diversité" (hétérogène et hétéroclite) a de quoi désorienter. L’universel sur lequel repose l’enseignement académique traditionnel est entré en crise. Les pratiques de conseil en orientation, pour nous limiter à cet exemple, sont en débat. La formation et la recherche sont l’objet de remise en cause brutale (lNETOP, CNAM Paris, 2010). Que ce soit le sujet, le groupe, ou l’institution, il ne saurait y avoir de psychologie de l’éducation (et de l’orientation en particulier) qui puisse tenir son objet autrement que dans l’exigence de le construire sans cesse.
Le statut ambivalent des identités mêlées au sein de la société française a fait évoluer le vocabulaire: l’assimilation, l’intégration, la diversité. On a utilisé l’appellation "issu de l’immigration" jusqu’au début des années 2000, mais il a fallu arrêter puisque les enfants nés de la troisième génération sont finalement des Français comme les autres. Est apparu alors le terme "diversité" en vogue aux États-Unis, et qui a le mérite de correspondre à notre culture où l’on utilise guère de critères ethniques établis. Le terme de "minorités visibles" a une définition beaucoup plus large puisqu’il intègre les personnes en situation de handicap, mais aussi et surtout les Français de l’Outre-mer qui auparavant étaient exclus de toute définition alors qu’ils vivent les mêmes difficultés. À titre d’exemple, depuis 1973, la revue Migrants Formation devenue Vil/e-École-Intégration (1998) s’ouvre aux enjeux de la Diversité (2004) en croisant les approches au coeur de l’actualité des problématiques de l’éducation et de la formation. L’École discrimine-t-elle à raison de l’origine? Le terme de "discrimination ethno-raciale" s’invite dans le débat sur le rôle de " l’origine" dans l’orientation et les parcours scolaires et d’insertion sociale et professionnelle des élèves (Rapports de la Haute autorité de lutte contre les discriminations, Halde & Agence pour la cohésion sociale et l’égalité, ACSE,2010). La Halde, 2008, notamment a accordé une attention toute particulière à «la place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires »,
La discrimination est-elle un terme tabou dans le champ de l’orientation scolaire et professionnelle ? Une revue de littérature publiée à la Documentation française, 2011, regroupe un corpus de plus de 450 textes scientifiques entre 1964 et 2009, dressant ainsi l’état des savoirs et recherches sur les différences de sexe et l’inégalité de traitement selon 1’«origine» (2 volumes). La diversité n’est pas seulement un sujet de société, c’est une bataille qui se mène au quotidien dans les entreprises et les administrations pour l’aménagement des postes de travail, l’amélioration de l’accessibilité de tous les métiers et fonctions, etc. C’est une révolution culturelle qui est en cours dans les changements de perception et d’attitudes (Le Monde, Supplément partenaire, novembre 2011).
~ Anthropologie; Différences individuelles; Discrimination; Genre; Inégalités; Interculturalité …
Orientation bibliographique

• Breuvart, J.-M. & Danvers, F (dir.). (1998). Migrations, interculturalité et démocratie. Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion.

• Glissant, E. (2009). Philosophie de la relation. Paris: Gallimard.
• Lefebvre, H. (1971). Manifeste différentialiste. Paris: Gallimard.

Categories: Le mot clef

Répondre