PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Rencontre autour d’un enjeu de société

« Sous tension, les métiers de la petite enfance bénéficient d’une bouffée d’oxygène avec l’apprentissage. Valérie PAUMIER-BANCEL, directrice du CFA des métiers territoriaux d’Ile de France, et Ewa LABUS, directrice de la petite enfance à Rueil-Malmaison, évoquent les caractéristiques de la filière.

Quelles sont les problématiques auxquelles sont confrontées les collectivités dans l’accueil de la petite enfance ?

Valérie PAUMIER-BANCEL :Le principal problème réside dans les difficultés à recruter du personnel qualifié, notamment des auxiliaires de puériculture. Les métiers liés à l’accueil de la petite enfance sont durablement sous tension. La situation est d’autant plus acrobatique pour les communes que celles-ci sont soumises à des règles très strictes, fixées par décret. Le dernier en date, publié le 8 juin 2010 au journal officiel, impose que 40% du personnel soit diplômé. Ce quota est tout à fait justifié, car l’accueil de la petite enfance nécessite à l’évidence formation et qualification, mais il reste concrètement souvent très compliqué à appliquer, en raison du manque de candidats qualifiés.

Ewa LABUS :C’est une réalité que nous vivons au quotidien à Rueil-Malmaison, de manière plus aiguë encore que dans la grande couronne ou en province. Attirer des auxiliaires de puériculture, alors que les salaires sont très modestes, dans une zone géographique où se loger coûte très cher est un défi quotidien. Nous avons en permanence entre 25 et 30 postes vacants. Résultat ? Nous sommes régulièrement obligés de fermer des sections de cinq à dix places, simplement pour respecter la législation en vigueur et assurer un accueil de qualité aux enfants. Ce qui est d’ailleurs très compliqué à expliquer à la population…. Nous sommes en permanence en sous-capacité.

Quel dispositif le CNFPT a-t-il mis en place pour faire face à ces difficultés de recrutement ?

V.P.B : L’apprentissage est l’une des réponses. En 2008, CNFPT a ouvert un premier centre de formation d’apprentis (CFA) des métiers territoriaux. La pénurie d’auxiliaires de puériculture en Ile-de-France étant la toute première urgence, nous avons commencé par créer une session d’apprentis dans ce domaine. En septembre 2012, en comptant la future promotion, nous aurons déjà accueilli plus de 450 apprentis auxiliaires de puériculture placés dans une centaine de collectivités franciliennes, principalement en petite couronne.

E.L : L’apprentissage constitue en effet une bouffée d’oxygène pour nos structures, même si, à Rueil-Malmaison, nous continuons à être en tension, en raison d’une très forte rotation du personnel. Mais au-delà même de cet aspect, l’apprentissage est une solution très intéressante. Tout d’abord, parce qu’il donne une chance à des jeunes de reprendre goût aux études. Ceux qui se tournent vers le métier d’auxiliaire de puériculture n’ont, en général, pas connu une expérience scolaire très satisfaisante. Le fait d’alterner la formation au CFA et l’expérience sur le terrain est très bénéfique.

Être plongé dans le monde du travail est perçu par eux comme quelque chose de très valorisant. Par ailleurs, la pratique peut les ramener vers le savoir théorique. Quand un apprenti voit comment un bébé réagit lorsqu’il lui donne le biberon, tout à coup, la posture qu’il a apprise à l’école prend sens. C’est d’autant plus important de réconcilier ces jeunes avec l’enseignement que les carrières sont de plus en plus longues et qu’ils vont devoir se reconvertir et se former tout au long de la vie.

Être apprenti, dans ces métiers, constitue-t-il un plus ?

V.B.P : C’est toute la valeur ajoutée de l’apprentissage. Avoir un bagage théorique pour exercer un métier est fondamental, mais seule l’expérience sur le terrain forme aux règles de l’art. Les apprentis sont immergés au sein d’une équipe beaucoup plus longuement qu’un stagiaire.

Ils découvrent les difficultés d’organisation, les aspects relationnels, avec l’équipe et les parents. Le jour où ils sont embauchés dans une structure, ils arrivent déjà avec une posture professionnelles, ils savent mieux se positionner par rapport aux parents. C’est fondamental, car le métier d’auxiliaire de puériculture est très complexe. Il ne suffit pas d’assurer le confort et la sécurité des enfants. L’auxiliaire est constamment pris dans des jeux de communication très subtils. Il doit pouvoir rassurer les parents, adopter le discours adéquat.

E.L : Nous abordons là un point très important. La place de l’enfant dans notre société o considérablement changé. Les parents mettent la barre très haut, veulent être parfaits et ont, par ricochet, une attente très forte vis-à-vis du personnel des crèches. Ils lui demandent, par exemple, quelque chose d’éminemment paradoxal : les bienfaits de la collectivité, avec une approche très individualisée de leur enfant. Si un parent demande à l’auxiliaire « Alors comment s’est passée la journée aujourd’hui ? » et que la réponse est « Nous avons fait de la peinture » le parent est frustré. Il a envie de savoir comment la journée s’est passée pour son enfant. L’auxiliaire de puériculture doit saisir ces subtilités. D’où l’intérêt de la voie de l’apprentissage : elle fait sentir toute la complexité du métier d’auxiliaire de puériculture, ce qu’un livre aura toujours du mal à transmettre. C’est en « vivant » les situations qu’on les comprend. »

Categories: 4.2 Société

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