PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Mon propos ici portera sur les rôles et pratiques du conseiller d’orientation professionnelle qui se mettent en place au début du XXe siècle.

Comme je le disais dans l’introduction le contenu historique a déjà été présenté dans plusieurs articles de ce blog :

La naissance de l’orientation professionnelle (ANDEV 1)

Apprendre à s’orienter, d’hier à aujourd’hui (II)

Apprendre à s’orienter, d’hier à aujourd’hui (III), ou l’apprentissage et la naissance d’une profession

 

Du consensus à l’organisation

En 1928, l’INOP (Institut national d’orientation professionnelle) est créée par Henri Piéron notamment. C’est à la fois un Institut de formation des conseillers d’orientation professionnelle, mais aussi un centre d’étude et de recherche qui produit des outils scientifiques : les tests. Cette création se fait sur la base d’un consensus entre praticiens, scientifiques et politiques. Il y a un accord idéologique sur la conception de l’orientation professionnelle : c’est l’appariement entre les « caractéristiques » individuelles et les « caractéristiques » du métier. Et chercher cela, faciliter cet appariement est légitimé par l’idéologie ambiante de l’époque, la Cité juste. L’autorité scientifique est en accord avec l’autorité politique. Mais une autre forme d’autorité est nécessaire pour que l’orientation professionnelle puisse être réellement efficace. Il faut définir des acteurs légitimes et des démarches organisées administrativement.

Cela va se faire avec l’apprentissage et l’avis obligatoire d’orientation. Pour signer un contrat, il faut produire un document : l’avis d’orientation. Comment le produire et qui en sera responsable ? C’est le débat qui va s’ouvrir. Trois personnages sont en « compétition ». C’est à la sortie de l’école primaire que les jeunes pouvaient rentrer en apprentissage. L’instituteur se considérait donc comme pertinent pour présenter des informations, une connaissance de l’enfant. Les médecins défendaient de leur côté le fait qu’ils détenaient un savoir fondamental sur les capacités notamment physiques des enfants. Et les conseillers d’orientation professionnelle considéraient que les tests permettaient de prédire parfaitement l’adaptation des jeunes à un métier. Cette histoire est racontée dans le livre d’André Caroff, L’organisation de l’orientation des jeunes en France. Evolution des origines à nos jours.

Finalement, ce qui se met en place, c’est une circulation d’informations qui aboutit au centre d’OP. Le médecin transmet ses observations, l’instituteur les siennes. Le conseiller fait un examen, le plus souvent avec des tests et fait la synthèse afin de rédiger l’avis d’orientation.

A remarquer que cet avis est nécessaire pour signer le contrat mais qu’il est surtout nécessaire qu’il ne comporte pas de contre-indication concernant le métier envisagé.

Ainsi l’OP qui est structurée à la fin des années 30 repose sur un processus administratif de production d’information sur les jeunes. Car il s’agit essentiellement alors des jeunes allant vers l’apprentissage ou vers des centres de formation technique.

Dans cette période un organisme fut essentiel : le secrétariat à l’enseignement technique, dont le rattachement fut divers (ministère du travail, ministère de l’éducation nationale).

 

Pratiques et rôles

Il faut donc bien comprendre qu’à l’époque le travail d’orientation professionnelle n’est pas qu’une relation personnelle entre le conseiller et le jeune, mais surtout une démarche qui s’inscrit dans un processus administratif avec production de fiches et de dossiers individuels, et qui met en relation des acteurs, des professionnels, des personnages, et pas seulement des personnes. Ce support des dossiers individuels a très longtemps structuré la pratique des conseillers, et ce n’est peut-être pas fini d’ailleurs.

Je terminerai cette partie par le commentaire d’une citation extraite du livre d’André Carroff cité plus haut.

 

« Constatant que les choix de l’élève et de ses parents, lorsqu’ils en font, ne reposent que rarement sur une connaissance suffisante des métiers et des possibilités de I‘enfant, comment le conseiller ne serait-il pas tenté de se substituer à eux ? Il en a souvent le pouvoir, par son rôle dans le placement, par sa participation aux opérations de recrutement, par la transmission d’informations aux employeurs.

Plaçant très haut ses responsabilités et son rôle social, il est naturellement enclin à considérer d’abord I’intérêt de I’individu et celui de la société, en mettant au second plan le libre arbitre des intéressés.

L’appellation d’orienteur ou d’orientateur qui commence à être utilisée n’est pas neutre. »

 

Le conseiller de l’époque est un « placeur ». Il participe au processus de recrutement tant vers les organismes de formation que vers les employeurs. Ce faisant il se constitue une connaissance exceptionnelle du réseau local (établissements, employeurs et entreprises), connaissance qui sera importante à l’étape suivante que je raconterai dans le prochain billet.

Enfin le conseiller met « au second plan le libre arbitre des intéressés » comme l’écrit si bien André Caroff. La psychologie humaniste de l’époque s’appuyait sur un savoir qui surplombait les individus. En sachant que ces individus étaient d’une part des enfants, des mineurs, des « non-responsables »donc et surtout des enfants du peuple. Les notables étaient au Lycée et non dans l’école communale.

La pratique des conseillers s’est donc construite sur une évidence, celle du bon droit d’agir sur l’autre pour le bien d’autrui et de la société.

Les conseillers participent à ce nouveau groupe professionnel des « travailleur[s] sur autrui » qui se constituent à l’époque. Voir François Dubet : François Dubet, Le déclin de l’institution. Paris, Éd. du Seuil, coll. L’épreuve des faits, 2002, 419 p. Voir la note de lecture de Jean-François Bert.

Bernard Desclaux

Lire la suite : http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2015/09/15/questionner-lhistoire-de-lorientation-et-des-conseillers-en-france-ii-lorientation-professionnelle-en-france/