PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Dixième billet concernant ma conférence du 3 septembre 2015 à l’INETOP. Je poursuis la dernière partie que je n’ai pu présenter lors de la conférence. Ici il sera question des risques de clivages entre les deux constituants du corps des conseillers d’orientation-psychologues et directeurs de CIO.

Petit rappel administratif

Dans le cadre administratif, le directeur de CIO, DCIO, est un grade, et non pas nécessairement une fonction. Tous les personnels exerçant une direction de CIO ont le grade de DCIO, mais tous les porteurs du grade de DCIO n’exercent pas la fonction de direction d’un CIO. Le DCIO en poste au Service académique d’information et d’orientation (SAIO), n’a pas de CIO, et il n’exerce pas un rôle de direction de l’équipe ; c’est la CSAIO, le Chef du service académique d’information et d’orientation qui en a la charge. A l’ONISEP, dans les centres de formation, il y a de nombreux « DCIO » également.

Dans les CIO, le DCIO était compté pour ½ COP pour calculer le taux de prise en charge d’élèves par conseiller. Notamment dans les petits CIO (3 ou 4 postes de COP), le DCIO prenait en charge un secteur.

Je pense que de fortes modifications d’activités des DCIO se sont fait jour depuis peu.

La lutte contre le décrochage

Au début des années 2010, la question du décrochage scolaire s’imposa. La lutte contre le décrochage devient également un objectif européen dans le cadre de la « Stratégie Europe 2020? (voir sur Eduscol Stratégie Europe 2020 et lutte contre l’abandon scolaire et pour la politique nationale actuelle la page La lutte contre le décrochage scolaire sur le site du ministère).

Mais avant de lancer la politique de lutte fallait-il encore avoir une idée plus précise du décompte du phénomène. Dans ce décompte, beaucoup d’organismes furent sollicités, tant du côté des établissements de formation, que du côté de l’insertion. Au cours de cette période de décomptage et de repérage des individus concernés, les DCIO ont été à la manœuvre. Beaucoup ont piloté ces opérations dans les bassins, et ce faisant ils ont été en interface avec beaucoup d’acteurs au sein de l’éducation nationale (les chefs d’établissement bien sûr), mais aussi en dehors, et notamment la préfecture chargée de coordonner les remontées statistiques.

Le SPRO, Service public régional d’orientation

La loi relative à l’orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie du 24/11/2009 a créé un droit à l’information et à l’orientation dont l’exercice s’appuie sur la mise en place d’un service public de l’orientation (SPO). J’en ai discuté dans mon article Où en sont les recommandations européennes ?

Le « 28 novembre 2014, un accord-cadre relatif à la mise en œuvre du SPRO (service public régional d’orientation), a été signé entre les différents ministères concernés (Education nationale, Travail, Agriculture, Economie, Décentralisation, Ville) et l’Association de régions de France à l’occasion du salon européen de l’éducation. Avec les nouvelles compétences attribuées aux régions par la loi du 5 mars 2014, celles-ci s’emparent désormais de l’orientation » (Le service public régional d’orientation prend forme).

http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/vers-une-centralisation-des-services-d-orientation.html

Sur le terrain, cela voulait dire (et veut dire toujours aujourd’hui) que chaque organisme se trouvait à la fois sous le contrôle de son administration spécifique, et sous le contrôle de la Région, la Préfecture étant également de la partie pour soutenir la mise en place de ce mode de fonctionnement. Coopération, coordination, partenariat sont à animer entre ces différentes structures caractérisées par des cultures différentes, des pratiques différentes, des formations des personnels différentes, etc.

Les « chefs » et pour les CIO, les directeurs de CIO ont été très engagés dans cette mise en place. Ici, encore, ils furent à la manœuvre, et leurs interlocuteurs ont été encore une fois d’autres organismes, le Conseil régional, et la préfecture.

Risques de fractures internes au service

Les DCIO se trouvent donc de plus en plus en interrelations avec le « hors éducation nationale », et d’une certaine manière ils sont au contact des instances de pouvoir de l’EN, de l’état, de la région. Tout ceci les distingue de plus en plus des COP.

Il y a là un risque de tension et d’incompréhension dans les groupes et les CIO si un travail de traduction n’est pas réalisé par les DCIO, et que les COP y perçoivent une utilité.

La « traduction » est un  concept développé par M. Callon et B. Latour. Une présentation de cette approche sociologique analysant le processus d’innovation dans H. Amblard, P.Bernoux, Gilles Herreros, Y-F. Livian : les nouvelles approches sociologiques des organisations, Le Seuil, 1996. L’idée essentielle, est que les unités sociales sont cloisonnées dans des univers culturels particuliers (l’administration, le terrain…), et que les messages des uns et des autres doivent-être « traduits » pour être compréhensibles et avoir une chance d’être efficaces. J’ai utilisé ce modèle dans mon article « L’éducation à l’orientation en tant qu’innovation », in Perspectives documentaires n° 60, 2003.

Ce travail de traduction de la part des DCIO est essentiel, non seulement pour réduire cette séparation en deux mondes qui risque de s’installer entre eux-mêmes et les COP, mais aussi pour soutenir la pratique de conseiller technique des COP.

Bernard Desclaux

Lire la suite : http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2015/11/24/questionner-lhistoire-de-lorientation-et-des-conseillers-en-france-x-un-corps-a-deux-grades/