PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Neuvième billet concernant ma conférence du 3 septembre 2015 à l’INETOP. J’attaque la dernière partie que je n’ai pu présenter lors de la conférence. Ce premier billet de conclusion concernera les évolutions du fonctionnement du système, des établissements et des objectifs pédagogiques

L’établissement, de la manufacture à l’entreprise

Au fond un établissement scolaire, c’est un rassemblement d’artisans. Chaque enseignant y vient avec ses outils. La liberté pédagogique est une caractéristique de cette individualité. Mais ce fonctionnement évolue, et bascule de plus en plus vers le modèle de l’entreprise.

Robert Ballion, en 1994, dans son livre Le Lycée, une cité à construire, Paris, Hachette-Éducation, expliquait que l’un des problèmes de l’établissement scolaire était le fait d’une organisation en pyramide plate, aucun intermédiaire entre le chef et les exécutants. Depuis on a développé le principe des coordonnateurs de disciplines.

Dans les années 2000, ce sont les thèmes du pilotage, du rendre compte, de l’évaluation qui se sont développés. Le New management prenait son envol. L’établissement est une unité au sein d’un système. Il reçoit ou il définit des objectifs dont il aura à rendre compte. On a en fait un combiné entre des règles bureaucratiques (l’état ne peut se défaire de la centralité de son pouvoir) et en même temps des injonctions à s’organiser soi-même pour atteindre les objectifs réclamés. Tout ça ne fait pas toujours bon ménage. En tout cas, l’évolution annoncée est plutôt celle de l’autonomie de l’établissement.

Deux autres phénomènes sont aussi à observer. Les établissements sont et seront amenés à travailler de plus en plus en réseaux. Un exemple : le rôle de plus en plus important des bassins. L’autre phénomène est le développement des partenariats des établissements avec d’autres « mondes » pour reprendre la formule de Jean-Louis Dérouet, partenariat avec les parents, partenariat avec les entreprises, sans compter les « projets » à développer avec les collectivités territoriales, et même l’Europe. Le « monde » enseignant va se trouver confronter de plus en plus à d’autres modes de pensées par la participation à ces différentes opérations. D’où parfois chez certains un réflexe de protection et de doute systématique vis-à-vis de ces activités.

Concernant la « théorie » des Mondes de Jean-Louis Dérouet on peut lire son livre : Derouet (Jean-Louis). — École et Justice. De l’égalité des chances aux compromis locaux ? Métailié, 1992 – 296 pages, ou bien le compte rendu par Forquin Jean-Claude, Ballion Robert in Revue française de pédagogie Année 1993 Volume 104 Numéro 1 pp. 109-113.

Objectifs pédagogiques et organisation du système

Depuis la loi de 1989, des objectifs chiffrés sont assignés à l’éducation nationale, 80% d’une génération au niveau du bac, 100% de qualifiés, et plus récemment 50% d’une génération porté au niveau L de l’enseignement supérieur ? Voir sur ce blog : Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale.

Mais les résultats ne sont pas atteints, et l’enquête PISA de l’OCDE montre régulièrement que le niveau de performance des élèves français, comparés aux autres pays, reste très moyen, et ce depuis la première enquête publiée en 2000. Ces mauvais résultats s’expliquent notamment par le fort taux de redoublement des petits français, et donc par un fort clivage des résultats. Mais à cela se rajoute un autre constat : la France est un pays à forte discrimination sociale scolaire. Loin de corriger les inégalités sociales, notre système les accentue. Voir une série d’articles à propos de PISA sur ce blog : PISA : la claque pour la France ? 

L’objectif du socle commun est donc un objectif stratégique pour combattre cette discrimination.

La combinaison des objectifs chiffrés et la mise en œuvre du socle commun impliquent une exigence de continuité pédagogique et éducative. Et celle-ci met en question la fonction du collège : doit-il trier ou faire réussir tous les élèves ? Si on voit les choses du côté du socle, alors le collège doit faire réussir tous les élèves, mais alors sur quoi justifier les procédures d’orientation de fin de troisième qui reposent elles sur une différenciation suffisante pour faire accepter la répartition de la population des collégiens entre deux grandes voies de formation, et hiérarchisées qu’on le veuille ou non ! D’où la position que je prends depuis longtemps et que je répète sur ce blog : il faut supprimer les procédures d’orientation fin de troisième et engager la réforme du lycée unique. Voir mon premier article sur cette question : Conséquences du collège unique  et toute une série que vous trouverez à partir de cette page.

Modifications profondes des rôles professionnels

Pour faciliter l’évolution du fonctionnement des établissements, au sens large, de nouvelles activités apparaissent, telle que l’accompagnement, l’intervention, l’évaluation et l’audit, la formation des équipes d’établissement. Une partie de ces fonctions supposent elles-mêmes une modification des rôles des inspecteurs, mais d’autres nécessitent d’être exercées par des personnels spécifiques.

En interne de l’établissement pratiquement toutes les modifications des activités supposent une « co », collaboration, coopération, coordination, co-élaboration, etc. L’enseignant français était défini par « sa » discipline, mais aussi par l’exercice solitaire, dans le cours, la correction, la préparation.

Une troisième zone d’évolution concerne la production des supports d’enseignements. Entre le livre et la construction individuelle du cours, les outils technologiques et l’utilisation d’Internet s’ouvrent d’autres rapports entre production et utilisation. Le back-office et le front-line ne sont plus aussi éloignés. Mieux, ils peuvent coopérer.

Enfin la fonction de « conseiller technique » se développe au moins pour trois champs d’activités dans les établissements, l’éducation au sens large avec le CPE, la documentation-information avec le professeur documentaliste, et l’orientation avec le conseiller d’orientation-psychologue. Ces trois champs supposent tous une intervention de la quasi-totalité des acteurs. Ce sont également des champ « stratégiques » pour l’établissement pour lesquels il faut des « experts » capables d’identifier des objectifs pertinents et possibles, et proposer des activités coordonnées.

A propos de « conseiller technique », voir quelques-uns de mes textes.

Pilotage et conseil technique dans l’établissement scolaire, nouvelle organisation, nouveaux rôles

A propos de la fonction conseil dans le système éducatif

Voir également les slides dans une formation dans l’Académie de Rennes en 2005-2006  ainsi que les slides de Le conseiller technique et l’évolution des rôles professionnels Bernard Desclaux L’accompagnement des DCIO face aux changements ESEN, juin 2011.

Bernard Desclaux

Lire la suite : http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2015/11/19/questionner-lhistoire-de-lorientation-et-des-conseillers-en-france-ix-evolutions-en-cours-les-etablissements/ >