PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Un vieil adage considérait qu’il était inutile de changer si c’était pour obtenir pire que ce que l’on
avait. Il s’applique à bien des domaines de la vie, n’est-ce pas ? Pourquoi changer pour pire,
voire même seulement pour un peu moins bien ? Le bon sens invite en effet à ne changer
qu’avec l’espoir d’avoir ou de faire mieux.
 
Il est vrai que le bon sens ne s’impose pas toujours, que le mieux est l’ennemi du bien, que le pire n’est
jamais  sûr, que le meilleur et le pire peuvent être très subjectifs et circonstanciels, que les apparences
du pire peuvent cacher le meilleur.
 
On observe depuis quelques années que le changement ou la réforme ne sont plus
nécessairement synonymes de progrès et peuvent imposer des régressions considérables.
Sans aller jusqu’à évoquer la réforme des retraites qui accrédite l’idée que passer de 60 ans
à 65 ou plus est un progrès, et pour en rester au domaine de l’école, l’exemple de la réforme
des programmes de 2008 est une illustration spectaculaire de l’usage du mot réforme pour
une régression terrible, un bond en arrière d’au moins 80 ans.
 
 
 
Les TIC, frein ou accélérateur du changement ?
 
 
On reconnaît généralement qu’un changement d’outil ne suffit pas pour changer l’action et
son résultat. Le passage du porte-plume au stylo, l’apparition du projecteur, du rétroprojecteur,
de la radio, de la télévision1, du photocopieur, n’ont pas changé fondamentalement les pratiques.
Les outils ont même souvent plutôt servi à les conforter.
 
Une observation attentive des pratiques, pas seulement des évaluations comme c’est la
mode aujourd’hui, permet de faire des constats si peu contestables qu’ils devraient imposer
une réflexion partagée entre observateurs et praticiens : la puissance de l’effet gadget au
nom d’une prise en compte de la modernité, la facilité de contribuer au règne de l’apparence,
«ça fait moderne, mais ça ne change rien». les alibis offerts aux conservateurs, «vous voyez
bien que j’évolue, j’utilise les TIC et ça marche», la possibilité électoraliste pour les élus locaux
d’afficher un engagement pour une école moderne, «je suis un maire progressiste, j’ai payé un
TBI par classe dès la maternelle» sans réfléchir à la réalité de la plus value apportée, l’opportunité
pour les gouvernants de noyer les vrais problèmes de l’éducation dans un brouillard confortable
pour eux.
 
Il est vrai que l’outil est plus commode et plus acceptable s’il ne contraint pas de changer et
s’il apporte simplement un confort dans l’exercice du métier, quand ce n’est pas une illusion
réconfortante.
 
Une telle réflexion est profondément dérangeante. J’en ai bien conscience. On peut
la contourner en m’accusant d’être un conservateur hostile aux TIC, mais on se rendra compte
rapidement que c’est tout le contraire. Certains contradicteurs, effrayés par la perspective
d’un changement des missions des enseignants et des programmes/disciplines scolaires
refusent le débat affirmant qu’il s’agit d’une vision libérale de l’école, mais la lecture de
l’ensemble de mes écrits, livres et billets, permet de démontrer le contraire, Le conservatisme
en la matière est indépendant des engagements affichés. Quand le corporatisme à courte
vue s’y agrège, il devient impossible de dialoguer utilement.
Surprenant quelques auditeurs convaincus que le seul fait d’utiliser les technologies nouvelles
est un progrès, je pose la question «qu’est-ce que ça change ?». J’évoque le «saint exercice
bled» réalisé sur l’ordinateur. Où est le progrès ? Qu’est-ce que ça change de le faire sur
l’ordinateur plutôt que sur le cahier de brouillon ? Pour les élèves, l’attrait de la technique
et de l’écran seraient-ils des facteurs de progrès ? Peut-être obtient-on une plus grande
attention ? Pour l’enseignant, la possibilité de mettre les travaux des élèves en mémoire
serait-elle un atout ? Les réponses à la question «est-ce que cela change quelque chose
dans l’apprentissage lui-même ?» restent floues ou fuies. L’autre exemple, que j’ai vu
maintes fois dans les classes équipées ou lors de visites de classes de 9 h à 10 h en salle
informatique 2 est celui du calcul mental. Tous les enseignants de plus de 30 ans se souviennent
du procédé La Martinière : une ardoise, un morceau de craie, le maître tape dans les mains, les
élèves écrivent le résultat sans copier sur le voisin, il frappe dans les mains à nouveau, les
élèves lèvent l’ardoise au dessus de leur tête, le maître constate les résultats, commente, tape
dans les mains : «on efface !»…Cette technique ancestrale est incontestablement plus
rapide et plus économique que l’ordinateur. Pourquoi alors perdre du temps à utiliser l’ordinateur
s’il n’apporte pas de plus-value ? Est-ce pour donner et se donner l’apparence de la modernité,
de vivre avec son temps ?
Les exemples sont caricaturaux. Bien d’autres pratiques peuvent être ainsi caricaturées en
sachant que toute caricature comprend au moins des bribes de vérité.
Déplacer des étiquettes sur le TBI plutôt que de les relier sur un support papier ne change
rien à la conception de l’apprentissage de la lecture ; Afficher des documents, cartes,
diagrammes de grande qualité avec de multiples possibilités de traiter l’image, ne change
rien à la conception du cours et aux compétences mises en jeu pour un apprentissage.
Le maître reste au centre, explique, illustre, contrôle, réexplique aux élèves qui n’ont pas
encore compris… et à ceux qui ont compris depuis longtemps, parfois même avant le cours.
 

 

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