PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In La Gazette.fr – le 27 février 2014 :

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Plus hétéroclite que les sessions précédentes, l’audition de la mission des rythmes scolaires était consacrée, le 26 février 2014, à l’application de la réforme dans les banlieues, à l’offre de formation du Centre national de la fonction publique territorial (CNFPT) et au point de vue de la chercheuse Claire Leconte.

C’est peu dire que le CNFPT était attendu par la mission d’information ! L’organisme de formation est-il en capacité de répondre aux besoins en formation induits par la réforme des rythmes ? Oui, a répondu son président, François Deluga, qui a détaillé les efforts du CNFPT, en plus de l’offre traditionnelle :

  • des évolutions dans les itinéraires métier pour inclure le projet éducatif de territoire;
  • la mise en place d’un itinéraire coordonné;
  • le lancement d’un itinéraire de la réforme des rythmes scolaires destiné aux directeurs de l’éducation, directeurs-généraux adjoints, animateurs, Atsem;
  • le lancement d’un itinéraire sur l’accompagnement périscolaire;
  •  à compter de 2015, l’offre d’un itinéraire portant sur la coordination des temps scolaires et périscolaires;
  • l’ expérimentation, dans certaines régions, d’autres qualifications que le BAFA et BAFD

Partie prenante des comités de suivi départementaux de la réforme des rythmes, le CNFPT a également noué des partenariats avec les ministères de l’Education nationale et de la Jeunesse et des sports. Ces collaborations lui donnent ainsi une vision d’ensemble. Aux dires de François Deluga, trois difficultés persistent donc à ce jour : « la question de l’articulation de l’action éducative et périscolaire en maternelle n’est pas évidente ; les spécificités des territoires d’Outre-Mer ; le partage des locaux ». Toujours selon lui, les communes qui disposaient déjà d’un accueil périscolaire et jouissaient donc des équipements et des ressources humaines, sont moins en difficulté que celles qui doivent tout construire.

L’Education nationale a-t-elle abandonné la banlieue ? – « Dès 2013 , nous avons réuni un groupe de travail avec la vingtaine de villes de banlieue qui ont décidé d’appliquer la réforme », explique Danièle Carlier, adjointe au maire de Creil en charge de la citoyenneté et du bien vivre ensemble. Verdict : « sans aide de l’Etat, le coût revient entre 300 et 390 euros par enfant ». Si les villes de banlieues parties en 2013 ont choisi un départ précoce pour éviter que « la réforme, les enfants, ne deviennent des enjeux des municipales » et affichent souvent l’ambition de « lutter contre les inégalités », elles connaissent, peu ou prou, les mêmes organisations et problèmes que leurs consoeurs (classe le mercredi matin, « temps d’activité périscolaire », TAP, en fin de journée d’école, parfois regroupés en 1h30, un jour sur deux). Mais les difficultés de recrutement d’animateurs qualifiés et de d’absentéisme y sont plus aigues.

« Nous avons appliqué les mêmes méthodes qu’en développement social local, en dressant un diagnostic des besoins sociaux et éducatifs, en relevant les locaux et ressources à disposition, en faisant des projections sur le nombre d’enfants escomptés, puis en établissant un programme et un planning des activités proposées » détaille Philippe Raluy, directeur général des services pour l’association Ville et banlieue. Ce dernier déplore cependant les délais dans la parution des textes, qui ont laissé les services municipaux relativement démunis, face à une communauté enseignante hostile : « l’Education nationale n’a pas su nous donner le cadre d’emploi de cette méthode. Ses représentants nous ont observé, pour savoir, si on peut dire, jusqu’où nous allions nous casser la figure. Ses corps intermédiaires, IEN ou DASEN , ont été absents du débat et de la méthode. Ce qui fait que les enseignants ont vu arriver un projet local auquel ils n’avaient pas participé ». D’où, selon lui, une hostilité de certains enseignants, jamais démentie à ce jour. Or, ce hiatus pèse sur le climat des TAP : « l’absence de l’éducation nationale fait que les jonctions entre le temps scolaire et périscolaire n’ont pas été creusées, alors même que l’enfant peut se retrouver en TAP dans l’école, voire, dans sa classe. Mais qui gère alors le chahut ? Et jusqu’où fait-on respecter la discipline ? Le cadre des accueils de loisirs sans hébergement est clairement posé et respecté par les enfants : celui des TAP doit encore l’être ». A Creil, par exemple, la ville a convoqué les familles des enfants turbulents, deux élèves ont été exclus, un troisième orienté vers le programme de réussite éducative.

La mise au point de Claire Leconte sur la réforme des rythmes scolaires

« Je voudrais rappeler que les évaluations PISA citées dernièrement se font sur des élèves de 15 ans, ayantdonc effectué toute leur scolarité primaire avec les programmes de 2002, 4,5 jours par semaine : cela n’a pas évité leur échec » lance, lapidaire, Claire Leconte aux membres de la mission d’information commune sur les rythmes scolaires. Ne l’appelez pas chronobiologiste, Claire Leconte est, avant tout, professeur émérite en psychologie de l’éducation. Ne lui attribuez pas la maternité de la réforme, sous couvert de faire coller les apprentissages aux pics de vigilance des enfants : « la chronobiologie, ou certaines de ses données, comme la courbe de vigilance, ne vont pas résoudre l’échec scolaire. C’est dans l’école elle-même que les changements doivent se faire ». Enfin, ne lui parlez pas de « rythmes scolaires » : le temps passé en classe ne représente que 10% de l’emploi du temps d’un enfant, « c’est l’environnement, dans sa globalité, qui joue un rôle sur le rythme veille-sommeil des enfants. Il faut réorganiser, au mieux, les temps d’apprentissages scolaires et les temps connexes, qui ont un impact sur ces derniers. Et la partie qu’un enfant passe en collectivité doit être valorisée comme un temps éducatif ».

Riche et didactique, l’audition de Claire Leconte a pris les allures d’une démonstration sans concession. Car si elle s’affiche farouchement opposée à la semaine des « quatre jours secs », Claire Leconte ne plébiscite pas pour autant la réforme des rythmes scolaires actuelle – loin de là ! Depuis un an qu’elle sillonne la France, la chercheuse a rencontré des acteurs de la communauté éducative de plus de 300 collectivités, à qui elle explique les « rythmes biologiques que personne ne connaît », sa manière de construire un projet éducatif et les erreurs à ne pas commettre. Claire Leconte s’insurge donc contre les limites du décret du 24 janvier 2013 : pour respecter formellement le cadre de « 9 ½ journées » de classe dans la semaine, des DASEN refusent des organisations pertinentes ancrées depuis longtemps sur des territoires ou qui seraient plus proches des besoins des enfants. La chercheuse soutient donc tout un groupe de collectivités qui contestent la décision des ces DASEN.

Quels seraient les critères à respecter ?

La chercheuse a énoncé quelques critères pour une réorganisation des temps d’apprentissage plus propice au bien-être des enfants :

  • Réorganiser les apprentissages sur le temps scolaire :
  1. Ne pas repousser l’heure du début de la classe : « les enfants de maternelle et jusqu’au cours moyen sont des lève-tôt. Il faut faire débuter la matinée d’apprentissage le plus tôt possible, sans les laisser passer 1h30 en périscolaire »
  2. Organiser des matinées longues, de 8h30 à 12h30, en débutant les cours de suite, sans récré préalable qui énerve les élèves
  3. Prévoir une première récré avec collation (fruits) et une seconde, à l’heure classique
  • Alterner les séquences pédagogiques portant sur des données abstraites, la motricité et la créativité, en mettant évidence qu’on peut apprendre le français et les maths partout
  • Continuité pédagogique : Claire Leconte prône l’organisation de synergies entre le temps scolaire et périscolaire, au sein d’un projet éducatif, qui se traduisent par des parcours éducatifs l’après-midi
  • Attention à la qualité des conditions de travail des enseignants et des animateurs, qui impactent sur les enfants

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