PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Print Friendly

Mon point de vue sera ici celui d’un observateur, non engagé directement dans la mise en œuvre d’un PEdT mais qui a été engagé entre 2002 et 2005 dans le suivi des PEL et qui aujourd’hui s’est trouvé, associé à la mise en œuvre du dispositif d’évaluation de la ville de Paris. A travers un certain nombre de remarques concernant les orientations actuelles telles qu’elles elles sont définies et en revenant sur l’expérience antérieure des CEL j’essayerai de dégager un certain nombre de pré requis à la réussite d’un projet éducatif de territoire.

Aline Becker, secrétaire générale adjointe du SNUIPP vient de rappeler avec forces qu’il est nécessaire de reconnaître qu’il y a hors de l’école d’autres acteurs éducatifs et qu’il ne faut pas hiérarchiser les différents temps éducatifs. Si je reviens cependant aux textes de l’Education nationale qui accompagnent la mise en œuvre des PEdT ce n’est cependant pas évident1. Reprenons les. Nous lisons, par exemple, pour ce qui est des buts du PEdT qu’il «  s’agit de garantir la cohérence entre l’intervention des différents partenaires et l’action pédagogique des enseignants ». Nous avons bien lu d’un côté il y a les « partenaires » au visage incertain, protéiforme qui « font des interventions et de l’autre au contraire un acteur éducatif bien identifié « les enseignants » qui eux naturellement « ont une action pédagogique » ! D’emblée le partenaire se trouve de fait déqualifié, son intervention n’a rien de pédagogique.

Cette lecture se trouve confirmée un peu plus loin quand dans le même document il est écrit que « L’élaboration du PEdT doit aussi garantir une continuité éducative entre les projets des écoles et des établissements et les activités proposées aux élèves ». Nous avons bien dans la logique de la première proposition qui voulait que les partenaires ne fassent que des interventions et les enseignants aient des activités pédagogiques d’un côté des écoles qui ont des « projets » et de l’autre des partenaires qui encore une fois ne sauraient s’élever au dessus de l’horizon des  »activité ».

Sur cette base il nous semble difficile d’élaborer en commun, de façon partenariale, un projet éducatif pour un territoire, quand l’une des parties, ici en l’occurrence derrière l’anonyme « partenaires » des associations, des institutions culturelles, voir des acteurs économiques sont a priori dévalorisés. Il ne saurait y avoir de projets éducatifs de territoires si l’on commence à introduire une hiérarchie entre partenaire et que l’on récuse a priori ses compétences pédagogiques parce qu’elles s’exercent sous d’autres formes, dans d’autres temps et d’autres lieux.

Il y a pourtant en la matière des précédents et des acquis qui devraient être mobilisés, notamment ceux des projets éducatifs locaux et des différentes politiques éducatives locales à caractère ministériels. Celles-ci avaient fait l’objet d’un bilan de l’Inspection générale de l’éducation nationale sous la plume de Michel Valadas, Jean-Claude Luc et Jean Vogler2. Ceux-ci insistaient déjà sur le danger qu’il y avait de voir se développer au mieux des projets éducatifs portés parallèlement par les établissement scolaires et le Contrat éducatif local. Dans la conception même du PEdT on en a incontestablement tiré les leçons en comprenant les écoles dans le projet éducatif du territoire. Ils insistaient cependant également sur l’importance d’une part d’un véritable travail en commun des équipes pédagogique dans et hors temps scolaire et de l’importante d’une élaboration conjointe du projet par les écoles et les associations.

Travail en commun des équipes pédagogiques à la base :

« Au delà des déclarations d’intention, c’est dans la pratique quotidienne qu’il faut demander à tous les services et établissements de l’éducation nationale d’approfondir dans cet esprit le partenariat »

et un peu plus loin de préciser :

« Sur le terrain, la collaboration des personnels enseignants, conseillers d’éducation et des assistantes sociales avec ceux qui organisent les actions destinées aux jeunes est encore plus indispensable. C’est ce qui ressort de tous les sites… »

Elaboration conjointe du projet éducatif :

« Les centres sociaux, comme les centres de loisirs sans hébergement, les structures théâtrales, les musées et les médiathèques, ont aussi leurs propre projets (c’est nous qui soulignons). Rechercher en commun des convergences avec ceux des écoles et des établissements scolaires ne peut conduire à l’ignorer et c’est dans le respect mutuel que s’établissent de meilleures collaborations (en gras dans le texte)».

Le projet éducatif de territoire requiert à la fois

  • dans son élaboration un travail conjoint entre les différents partenaires, et donc des associations, sur un pied d’égalité

  • dans sa mise en œuvre, à travers l’organisation d’un cadre commun, entre les différents intervenants : enseignants comme l’ensemble du personnel des écoles comme intervenants et cadres des associations.

Jean-Claude Richez, sociologue < : historien, ancien coordonnateur de la mission observation évaluation de l’Injep.

1Dossier publié sur Educ.gouv.fr Enseignements primaires et secondaires. Ecoles maternelles et élémentaires. Projet éducatif territorial, consulté le 3/12/3013 sur http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=70631

2Michel Valadas, Jean-Claude Luc et Jean Vogler, Les politiques éducatives locales à caractère interministériel, Ministère de l’éducation nationale et de la recherche, février 2003.


Categories: Expressions prismées

Répondre