PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Rue 89 – le 9 mars 2013 :

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Au Canada dans le cadre d’un visa d’un an, je suis depuis six mois en charge d’un programme avant et après école dans une école de langue française à Toronto (l’Ontario, province d’un pays bilingue, soutient autant l’enseignement anglophone que celui de langue française depuis quinze ans).

Making of

Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, a proposé une réforme des rythmes scolaires avec comme mesure phare le retour de la semaine à quatre jours et demi. Les enseignants qui ont fait grève à deux reprises réclament le report à 2014 et l’aménagement de la réforme. Les élus locaux, eux, craignent entre autres des recrutements coûteux et un casse-tête logistique.

Français installé à Toronto, Samuel Renault a souhaité réagir au débat avec cet éclairage sur le système canadien. Emilie Brouze

La structure que je coordonne en ce moment pourrait très bien être appliquée dans les écoles de France, après la réforme tant attendue et pourtant si critiquée.

Tout d’abord, un bref récapitulatif du fonctionnement du système scolaire s’impose tant il est différent de celui de la France.

Chaque province du Canada fonctionne de manière indépendante. Même si les programmes se ressemblent fortement, le Québec a, par exemple, fait ce que François Mitterrand a voulu faire en 1984 : unir les écoles en une seule, laïque, partant du principe que la confession est un choix personnel et qu’il reste en dehors de l’Education nationale. Mais là n’est pas le débat.

Pour rappel, en France, l’école primaire dépend de la commune, le collège du département, et le lycée de la région. Ce qui multiplie le nombre d’échelons et donc complexifie la gestion de l’administration scolaire. Une municipalité, bien que consciente des besoins du territoire, n’a peu ou pas de connaissances pédagogiques. Elle se base sur les compétences des directions d’école qui, elles, sont de plus en plus sollicitées dans l’administration de l’école.

Ce constat est tiré d’observations faites dans une commune de 1 500 habitants. Il est certain qu’une plus grande ville a par définition une structure plus encline à soutenir ses écoles primaires. De la même manière qu’un conseil général, représentant un département dit « riche », aura plus de moyens budgétaires et administratifs qu’un autre représentant un département dit « pauvre ».

Une seule structure pour gérer les enseignements

En Ontario, tout est mutualisé pour que les enseignements primaire et secondaire soient gérés par une seule structure dédiée et ce, grâce à un découpage territorial. En effet, ce sont près de 84 conseils scolaires, sortes d’organes déconcentrés du ministère provincial de l’Education, qui assurent la mise en œuvre des programmes scolaires, du primaire au secondaire.

Chacune de ces organisations est répartie sur le territoire de l’Ontario, dont la superficie correspond à environ deux fois la France. L’objectif est donc d’assurer une gestion locale et recentrée sur les besoins du territoire. Et pour ce faire, ce sont des conseillers scolaires, élus et représentatifs de la population, qui composent chacun des conseils.

Pour être éligible, ils ne doivent en aucun cas être membres de l’Assemblée législative, du Sénat ou de la Chambre des Communes, et ils ne doivent pas être employés par les municipalités ni par le Conseil scolaire.

Cette particularité leur permet une indépendance d’action, du moins une relative liberté d’action vis-à-vis des collectivités territoriales et donc des hommes et femmes politiques. Ensuite, chaque conseil administre sa structure, la gestion du personnel, des finances, la mise en œuvre des programmes scolaires (décidés en amont par le ministère provincial), etc.

Ainsi, au contraire du système français dans lequel plusieurs collectivités territoriales s’occupent de la gestion scolaire, ce sont des professionnels de l’éducation qui font vivre l’enseignement primaire et secondaire en Ontario. Car l’important pour un apprentissage réussi n’est-il pas de correspondre aux besoins des enfants, par une connaissance approfondie de la pédagogie et des nécessités du territoire ?

Un accueil post-scolaire après 15 heures

Ce qui m’amène à parler de mon cas et de ma position au sein d’une école. Le système ontarien s’appuyant sur les besoins des enfants pour assurer l’apprentissage de la vie propose aux enfants de venir cinq jours par semaine, à raison de 5h30 par jour (sans les récréations).

L’école se terminant aux environs de 15 heures, il faut donc proposer aux enfants un accueil post-scolaire permettant aux parents de continuer à travailler.

Des garderies existent ainsi dans pratiquement toutes les écoles. Ceci fonctionne très bien et le gouvernement assure de manière partielle et différenciée la prise en charge financière de ces garderies.

Pour ma part, je ne suis pas responsable d’une garderie d’une école, mais d’un programme après-école, un peu entre une école alternative et une garderie. C’est un projet spécifique créé par le Conseil dont je dépends. Il s’agit de proposer aux enfants inscrits de continuer à apprendre par le jeu et le sport.

Améliorer le français et l’estime de soi

Cela leur permet de développer des compétences qu’ils ne peuvent parfois pas faire en classe : construire un spectacle ou réaliser un film de l’écriture des textes à la création des décors en passant par la production de supports de publicité, créer un jeu de société sur la ville de Toronto, etc.

Ils améliorent leur pratique du français (ce qui n’est pas un mal dans un pays bilingue) et leur estime de soi (ce qui n’est pas sans conséquence sur leur niveau académique).

De la même manière, pour la pause de mars (il existe seulement deux vacances ici, deux semaines en décembre et une semaine en mars), je propose aux enfants une semaine d’apprentissage des notions d’alimentation par la découverte de la faune et de la flore.

Ce qui sous-entend la mise en commun de compétences extérieures : je fais appel à des organisations francophones spécialisées dans l’éducation à l’agriculture, au potager, etc. Cela leur permet de créer des liens au niveau du territoire dès le plus jeune âge.

Impliquer les associations dans les activités périscolaires

En France, toujours dans cette municipalité de 1 500 habitants, lorsqu’il s’agit de mettre en place la réforme des rythmes scolaires, il semble que le conservatisme perdure.

Constatant les difficultés financières que la réforme peut apporter, un adjoint propose de faire participer les associations dans la gestion des activités périscolaires. La réponse est fracassante : non.

Alors que cela permettrait de créer des liens sociaux dans une commune qui grandit et accueille des personnes n’y travaillant pas. Alors que cela permettrait d’avoir une gestion efficiente des investissements et des subventions de la mairie.

Alors que cela permettrait simplement de faire vivre une ville où les habitants seraient impliqués dans la vie associative (enfants et parents). Créer un cercle vertueux pour l’apparition de villes solidaires…

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