PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Le Nouvel Observateur – Education :

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A l’heure où il est à nouveau question de toucher aux vacances d’été, retour sur un entretien avec la sociologue de l’éducation Marie Duru-Bellat.

Que viennent faire les classes sociales dans la question des rythmes scolaires ? 

– Le temps, c’est la matière première de l’enseignement. Apprendre, cela prend du temps, surtout pour les enfants les plus faibles, qui se recrutent massivement parmi les couches modestes de la population. La durée de la journée, de la semaine, quatre jours ou quatre jours et demie, la durée des vacances, pour eux, c’est très important. Si un enfant de cadre n’a pas compris quelque chose, ce n’est pas grave, les mères de famille diplômées font les répétitrices à la maison mais pour les autres…

Il ne faut pas être dupe du pseudo consensus sur l’école. Dès qu’il faut faire des arbitrages, les groupes sociaux défendent avant tout leurs intérêts propres et divergents. Les parents aisés souhaitent préserver leur week-end, tout comme les enseignants d’ailleurs. Leurs syndicats se sont longtemps opposés au samedi matin, pour avoir eux aussi leur week-end. Et puis il y a le primat de Paris, centre de la vie politique où se prennent les décisions, sur la province où l’on se pose beaucoup moins la question du week-end… Sans parler de l’impact de la durée des vacances sur des secteurs économiques importants comme le tourisme, l’hôtellerie restauration, etc.

Mais un rythme scolaire qui correspond mieux au rythme des enfants,  n’est-ce pas  favorable à l’ensemble des élèves ?

– L’intérêt des enfants, on ne sait pas le mesurer scientifiquement. On n’a pas étudié l’impact des rythmes scolaires en se concentrant sur les élèves les plus faibles, ceux qui n’ont que l’école pour apprendre. C’est d’ailleurs également vrai pour bien d’autres aspects importants de l’école. On évalue toujours l’impact des mesures en général et pas sur les plus fragiles.

Auriez-vous un exemple ?

– L’apprentissage de l’anglais en primaire, c’est très bien pour ceux qui peuvent voyager, pour de nombreux métiers, mais à l’IREDU (Institut de recherche sur l’éducation) nous avons vu que les professeurs prenaient en général sur les heures consacrées au Français, et que cela gênait les élèves les plus fragiles pour l’apprentissage de la lecture. Les familles favorisées seront toujours favorables à l’introduction de langues étrangères, ou d’histoire de l’art qui viennent empiéter sur des enseignements fondamentaux mais les autres familles ont besoin d’une prise en charge plus globale de leur enfant, y compris pour le périscolaire, avec les loisirs si coûteux.

Propos recueillis par Véronique Radier – Le Nouvel Observateur

Marie Duru-Bellat est l’auteure, avec François Dubet et Antoine Vérétout, de : "Les sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale" (Seuil, 2010).

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