PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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TERRAIN: Le terme appartient au vocabulaire de l’ethnologue, voire du sociologue ou à la limite du psychosociologue. Le Play, 1879, est l’un des précurseurs des enquêtes de « terrain n, avec sa Méthode sociale, tant par la minutie de ses observations que par ses protocoles écrits ou ses remarques méthodologiques.

le terrain n’est pas un « donné pour un chercheur, il se construit par des procédures complexes. Cest le terrain qui, pour l’anthropologue, par exemple, donne lieu à une description ethnographique, F. Laplantine, 1996. Le terrain est à la fois un lieu, un objet, une tradition et une forme d’enquête où l’ethnologue établit un contact direct avec ses interlocuteurs: « Une présence longue, l’établissement de relations de proximité et de confiance avec certains enquêtés, écoute attentive et travail patient de plusieurs mois ou de plusieurs années n, S. Beaud et F. Weber, 1997. Le terrain peut désigner un « environnement", un « entourage ", une « aire géographique ", un « territoire ", un « milieu scolaire "  (salle de classe et établissement). Pour E. Durkheim, 1925, le milieu scolaire influence l’éducation sociale et civique de l’élève. Là peuvent se former: « l’habitude de la vie commune dans la classe, l’attachement à cette classe et même à l’école dont la classe n’est qu’une partie ".

La difficulté que l’on éprouve à définir deux milieux identiques témoigne des ambiguïtés de cette notion. le milieu est aussi intérieur, dans la conscience ou la réflexion. Le rapport de l’ethnologue à son terrain s’exprime souvent à travers une relation affective forte, le terrain peut être aussi source d’affrontements et de conflits. Le rapport au terrain, à l’ensemble des démarches productrices d’information et de sens est loin d’être évident et transparent. Il a en quelque sorte un statut similaire à celui de l’inconscient dans les théories psychologiques: il ne parle pas directement de lui même et pourtant il travaille; ses effets sont repérables mais il n’existe qu’en relation avec les autres composantes de la personnalité, J. Copans, 1998.

L’école, est-elle un terrain pour les psychologues? Pour le concepteur de la psychologie de l’enfant, A. Binet, vers 18961898, l’école est d’abord un terrain d’expérimentation psychologique, d’élaboration de la psychologie individuelle, puis elle devient peu à peu l’objectif d’une action transformatrice dont elle est l’enjeu et qui, simultanément et indissolublement, transforme le psychologue en pédagogue, G. Avanzini, 1999.

Le terrain est un atout pour des recherches professionnelles, c’est-à-dire un lieu privilégié d’observation, d’expérimentation, notamment pour des  enquêtes à visée descriptive. Si l’école peut être le lieu de repérage des situations concrètes (à la différence du laboratoire), elle n’est pas un milieu naturel. Elle est un milieu construit qui a ses règles, ses modes de fonctionnement, ses relations, ses rôles et son évolution chronologique. Autrement dit, les variables à prendre en compte sont historiques, sociologiques, économiques, voire politiques. le terrain est un contexte dont les caractéristiques environnementales sont de nature physique et sociale, culturelle, politique, économique, technique, démographique ou administrative. « Le terrain n’est pas un spectacle, mais le lieu d’engagement des acteurs ", J. Vial, 1999. Autrement dit, les individus vivent des situations; ce que les chercheurs, depuis les travaux des sociologues de l’école de Chicago, nomment des « définitions de situations ".  Il s’agit en fait de comprendre la manière dont ces acteurs sociaux vivent et ressentent les situations dans lesquelles ils se trouvent à partir de leurs propres représentations. Ce repérage est essentiel, dans la mesure où ces définitions de situations ne correspondent pas nécessairement aux caractéristiques objectives de la situation telles qu’un observateur pourrait les définir. Néanmoins, ces représentations subjectives structurent le rapport au réel des individus et sont bien réelles dans leurs conséquences.

 

Il ne faut pas confondre l’école, objet de recherche et l’école, terrain de recherche. (Il est aussi absurde de déclarer connaître un terrain parce que l’on y est né que de déclarer être biologiste parce que l’on souffre de dysenterie amibienne", J. Servier.

On le voit, un terrain n’est jamais un " donné " pour un chercheur, il se construit par des procédures complexes. C’est l’épreuve du terrain, comme l’on dit depuis Freud: l’épreuve de la réalité. C’est là où se manifeste l’attitude empirique d’un scientifique. Il supporte de nombreux types de méthode de production de données, dont les définitions et les usages varient selon les disciplines: traitement d’archives ou de traces, mesures et prélèvements, questionnaire standardisé du type enquête par questionnaire, ou plus ouvert par entretien, observation in situ de type ethnographique, relevés de formes et croquis, faits de langue, etc.

Anthropologie; Épistémologie; Ethnométhodologie;Observation; Sciences humaines et sociales; Rechercheaction;

 

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