PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In L’Expresso le Café Pédagogique – le 21 mars 2014 :

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Depuis maintenant une dizaine d’année le terme tutorat a été largement popularisé dans l’enseignement et en particulier dans l’enseignement et la formation à distance. Certes le terme n’était pas nouveau, mais il a été rafraichi suite au développement de nouvelles formes d’enseignement, marqué par un fort environnement numérique, qui mettaient en évidence le besoin d’une forme nouvelle d’encadrement de ceux qui apprennent. S’il faut admettre que Jacques Rodet à permis de mettre un accent particulier sur la notion de tutorat, dans le cadre de la formation à distance, il faut aussi reconnaître que ce terme qui traverse plusieurs domaines (horticulture, justice etc…) embarque avec lui nombre d’idées, nombre de rêves, mais aussi des craintes, des méfiances. Avec le numérique, l’emploi du terme tutorat renvoie, si on le compare à son emploi en dehors de ce champ, à un manque, une insuffisance, celle du sujet apprenant. Et pourtant l’origine du terme tutorat porte le sens de protection avant de prendre celui de soutien (avec le terme tutelle en particulier), qui semble être devenu celui le plus utilisé. 

Embarqué dans la tourmente des termes, avec l’accompagnement, le coaching, le tutorat a du mal à trouver ses lettres de noblesses, c’est à dire à passer de ce statut d’étayage supposé palier à un manque au statut de moyen de potentialiser la capacité d’agir du sujet. Il semble bien que le tutorat emporte la disymétrie relationnelle qui est celle de l’enseignant face à l’apprenant, l’origine du terme le confirme en parlant de protection. 

Dans un contexte de formation numérique, hybride ou à distance, le tutorat révèle aussi l’incapacité de la médiation instrumentale des technologies face à des besoins de personnes qui veulent apprendre. Les déclinaisons de différentes formes de tutorat, clairement montrées par Jacques Rodet sur son site et dans ses travaux, n’aident pourtant pas à lui donner une légitimité face, par exemple, au soutien apporté par la collaboration entre pairs souvent mis en avance dans des dispositifs de type Moocs. Certains pensent même que le tutorat n’est qu’une facette de la fonction d’enseignant dans les dispositifs d’enseignement à distance ou hybrides. 

Car l’une des questions que pose l’utilisation des ordinateurs pour apprendre est de déplacer progressivement la tâche de l’enseignant vers des activités d’accompagnement. Ce terme "accompagnement", indépendamment de l’utilisation du numérique s’est largement diffusé dans l’institution scolaire au cours des années 2000- 2010 (réforme des lycées, du collège). A l’instar de l’histoire de l’enseignement qui montre que ces pratiques d’accompagnement (répétiteurs, moniteurs), de travail avec les pairs (enseignement mutuel) sont bien ancrées dans la culture en particulier sous l’effet, entre autre, de la tradition du prêtre référent, le confesseur voire le directeur de conscience. Avec l’informatique pour l’enseignement, on repose la question du rôle de l’enseignant dans la démarche d’apprentissage. Lorsque l’on regarde certaines pratiques d’enseignement inversé, on voit clairement ce déplacement qui redonne à l’enseignant ce rôle de répétiteur, d’accompagnateur voire de tuteur. 

La prééminence de l’enseignant dans la relation pédagogique, instrumentée par le numérique  ou non, reste forte et l’idée de déléguer une part de l’activité à un tiers reste quelque chose de difficilement vécu. Avec les machines à enseigner, certains ont cru à la fin du métier et à sa mécanisation. Il n’en fut rien. Avec le développement d’Internet et le renouveau de la formation à distance qui s’en est emparé, il n’a pas fallu longtemps pour faire émerger ce problème que les collègues de la Teluq (téléuniversité du Québec) avaient parfaitement compris dès le début de leur activité au milieu des années 1980. Très tôt les dispositifs de soutien aux apprenants à distance ont été mis en place avec les moyens disponibles (téléphone au début). Ces formes de tutorat sont restées de coté au début de la montée en puissance de la FOAD et du e-learning jusqu’au moment où la nécessité d’une médiation cognitive et psycho-affective est devenue un besoin. Maintenant que le tutorat semble bien installé dans le paysage, un reflux semble s’opérer et un retour sur le rôle de l’enseignant se reposer à nouveau. 

En milieu scolaire, si l’accompagnement est loin d’être compris comme un tutorat et surtout loin d’être réellement mis en place complètement, la question de l’équilibre entre transmission et médiation prend progressivement une place plus importante. En fait la notion de tutorat a été plus souvent évoqué comme entre pairs (appelé parfois mentorat) dans la salle de classe. Il y a parfois eu des tâches de type tutorat qui ont été données aux plus grands envers les plus jeunes. De l’université (Paris 8 par exemple dans les années 90) au monde scolaire, la protection, l’étayage, le soutien sont des fonctions qui sont perçues comme importantes mais qui sont diffuses dans le quotidien. Faut-il souhaiter qu’il en soit autrement ? Il semble bien que l’évolution de la forme scolaire du fait du numérique pourrait reposer cette question de la relation éducative en termes de tutorat. 

Bruno Devauchelle 

Les chroniques de B Devauchelle

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