PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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« Appelons violence toute contrainte de nature physique ou psychique susceptible d’entraîner la terreur, le déplacement, le malheur, la souffrance ou la mort d’un être animé »,(F. Héritier, Collège de France).

« Est violente toute action où l’on agit comme si l’on était seul à agir. Comme si le reste de l’univers n’était là que pour recevoir l’action », E. Lévinas. Tout en considérant que l’être humain a une « orientation positive », même chez les personnes ayant le comportement le plus antisocial, C. Rogers, 1998, nous explique que « par besoin de se défendre contre des peurs internes, l’individu peut en arriver à se comporter de façon incroyablement

cruelle, horriblement destructrice, immature, régressive, anti-sociale et nuisible ». La violence en milieu scolaire peut être entendue comme « une désorganisation brutale ou continue d’un système personnel, collectif ou social se traduisant par une perte d’intégrité qui peut être physique, psychique ou matérielle », E. Debarbieux, 1997.

Dans l’examen des rapports entre violence et éducation plusieurs questions peuvent être formulées:

– où commence-t-elle, où finit-elle 1 Entre violence et non violence il n’y a pas de coupure nette, mais simplement un dégradé;

– quelle est, psychologiquement, l’origine de la violence ? Deux points de vue s’opposent selon que l’on soutienne que l’agressivité est innée chez l’homme, et qu’elle a des bases biologiques, ou au contraire que l’agressivité n’est jamais qu’une attitude réactive, engendrée par l’échec et la frustration, et qu’il est donc en droit, envisageable de la faire disparaître;

– enfin, qu’en est-il maintenant des rapports entre violence et société ? En démocratie, il existe un art de gérer les conflits, de procéder à des arbitrages, de rechercher des médiations, d’élever au sens du compromis (sans compromission) dans l’intérêt général. Plus généralement, dans la cité, la politique

peut éduquer à la paix les citoyens. La famille, par l’éducation morale donnée aux enfants, et l’école par le biais de l’éducation civique peuvent contribuer à la réduction de la violence dans les rapports sociaux et interpersonnels. La violence se donne toujours pour une contre-violence, c’est à-dire pour une riposte à la violence de l’Autre (Sartre). L’École est-elle une zone de non-droit ? Qu’en est-il du, rapport à la loi ? Faut-il redouter ou se résigner à un ordre disciplinaire?Peut-on apprendre à gérer les conflits ?

Tous les dispositifs de rappel à la loi finissent par provoquer ce qu’on pourrait appeler « l’effet antibiotique»: les moyens que l’on met en œuvre pour réduire la violence ne risquent-ils pas d’aboutir à un renforcement des « germes» de cette violence, une résistance accrue de la part de ceux qui se sentent principalement visés par cette entreprise de moralisation, de réduction et de mise au pas 1, B. Defrance, 1996.

Le concept de « violence symbolique» a été avancé par P. Bourdieu et J.C, Passeron, 1970, pour rendre compte des mécanismes qui parviennent à produire une soumission ou « imposition des significations» en les faisant apparaître comme légitimes, en les « naturalisant»: « Tout pouvoir de violence symbolique, c’est-à- dire tout pouvoir qui parvient à imposer des significations et à les imposer comme légitimes

en dissimulant les rapports de force qui sont au fondement de sa force, ajoute sa force propre à ces rapports de force ».

On peut s’interroger sur l’extension indéfinie du sens du mot « violence» dans la période contemporaine dans la mesure où précisément, c’est dans cet élargissement que le violent va chercher la justification de son action violente.» La leçon essentielle de l’histoire pourrait être cette variabilité du sens de la violence en éducation, variabilité corrélée aux représentations de l’enfance et de l’éducation », E. Debarbieux, 1999.

La montée des violences entre élèves (harcèlements, brutalités) n’est pas fatale, car on a pu montrer que le niveau des violences que les élèves de nos écoles s’infligent entre eux est proportionnel au degré de volonté et d’engagement des adultes, Dan OIweus, 1999. Avec 97 % des jeunes qui atteignent en 2003 le niveau de la troisième, contre 71 % en 1980, la société se retrouve presque intégralement dans l’école. Et, avec elle, mécaniquement, toutes les tensions qui traversent le pays.

C. Dejours, dir., 2007, suggère une analyse pédagogique pour « conjuguer la violence », notamment dans les domaines du travail et de la santé en vue d’améliorer le « vivre ensemble ».


 

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