PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In La Presse + – le 3 mars 2014 :

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Rythme biologique et réussite scolaire

Comportement turbulent, déficit d’attention, difficultés de concentration, cernes sous les yeux. Les enseignants le savent bien : « En février, les enfants sont fatigués. Ils montrent des signes de faiblesse », constate Audrey Cantin, enseignante dans une école privée de Montréal (Saint-Joseph (1985) inc.) et présidente de l’Association québécoise des enseignantes et enseignants du primaire (AQEP). La pédiatre Gaëlle Vekemans l’observe elle aussi dans son cabinet et avec ses trois enfants âgés de 17, 13 et 10 ans.

Mais ce n’est pas le seul moment dans l’année où les enfants sont mis à rude épreuve. L’automne est aussi une période délicate. « Entre le début et la mi-décembre, ils sont vulnérables. Le climat s’est refroidi, il y a moins de lumière, il y a eu l’anxiété liée à la rentrée et les enfants ont travaillé fort pour s’adapter à la nouvelle année scolaire », indique Gaëlle Vekemans. 

Mais, à l’automne, pas de vacances au programme. Juste deux week-ends prolongés (dont un quelques jours à peine après la rentrée) et des journées pédagogiques éparses, dont l’utilité pour le repos est très limitée, surtout si les enfants doivent se lever à la même heure que d’habitude pour aller au service de garde.

Manque de coupures dans l’année

Ce long trimestre est une aberration, selon le spécialiste de chronopsychologie français François Testu. Ce dernier se bat depuis des années pour améliorer le calendrier scolaire français afin qu’il respecte mieux le rythme biologique des enfants, pour leur bien-être et une meilleure réussite scolaire.

Or, une nouvelle longue période de classe s’étend de la fin de la relâche à la fin du mois de juin (plus de trois mois d’affilée). Le retour au beau temps et quelques jours fériés viennent adoucir les efforts. Mais, à la fin du mois de mai, « on a beaucoup de mal à travailler avec les enfants, ils sont saturés mentalement », constate Audrey Cantin, qui voit la différence avec le retour des vacances de Noël ou de la relâche, où « les élèves sont reposés et disponibles ».

C’est ce qui a motivé le collège Charles-Lemoyne, à Longueuil, à prévoir une semaine de repos à Pâques. « C’est un moment où on voit une diminution de la motivation scolaire, et c’est souvent là qu’ont lieu les burnouts. Or, c’est la période la plus importante sur le plan scolaire puisque la troisième étape compte maintenant pour 60 % dans le bulletin », explique le directeur général du collège, David Bowles.

« Un gros défi »

Ces moments de grande fatigue ont en effet des conséquences sur les résultats scolaires et sur le niveau de stress et d’angoisse des enfants les plus vulnérables, d’autant plus que les évaluations sont souvent concentrées sur les périodes précédant les congés. Là où les élèves sont le plus épuisés…

Pourtant, peu de spécialistes travaillent sur la question des rythmes scolaires annuels au Québec, et le calendrier est rarement remis en cause. « Les enseignants ont l’impression de ne pas avoir de pouvoir pour le faire évoluer, alors ils font avec. Mais c’est un gros défi, témoigne Audrey Cantin. Les enseignants connaissent les périodes où l’attention des enfants est plus difficile à avoir. Alors ils s’ajustent en concentrant les apprentissages les plus importants dans les périodes les plus propices. »

Dans le réseau privé, néanmoins, plusieurs écoles ont mis en place des périodes de vacances à la Toussaint (fin du mois d’octobre), comme l’école primaire Buissonnière à Montréal, ou à Pâques, comme le collège Charles-Lemoyne, à Longueuil.

Une réflexion dans le réseau privé

« On voit assurément les bienfaits de cette coupure pendant le premier trimestre, affirme la directrice générale de l’école Buissonnière, Hélène Borduas. J’ai travaillé dans des écoles qui n’offraient pas cette pause et les enfants arrivaient à Noël malades et fatigués, alors qu’il y a de gros apprentissages à cette période. La coupure leur permet de revenir enthousiastes, pleins d’énergie et prêts à reprendre le travail. Cela favorise leur concentration. » Et les parents, qui peuvent inscrire leurs enfants dans un service de garde pendant cette semaine-là, n’y sont pas opposés.

Le nombre d’écoles privées qui instaurent ces périodes non traditionnelles de vacances supplémentaires est en croissance, selon Geneviève Beauvais, directrice des communications à la Fédération des établissements d’enseignement privés, qui réfléchit d’ailleurs à la question des rythmes scolaires dans le cadre de la définition de son école de demain. Ce n’est pas surprenant que l’innovation sur le plan de l’organisation du calendrier scolaire vienne du privé. « Les écoles négocient elles-mêmes en interne leurs conventions collectives. Elles ont donc plus de flexibilité », explique Mme Beauvais. Par exemple, le collège Charles-Lemoyne a rassemblé plusieurs journées pédagogiques pour constituer la semaine de vacances du printemps et libère néanmoins du temps toutes les semaines aux enseignants pour des rencontres.

« Nous, on a peu de marge de manœuvre, déplore Audrey Cantin. Nous avons un cadre imposé de 200 jours dans lesquels nous devons absolument assurer 180 jours de classe. Mais, au moins, quand les professeurs sont associés au placement de quelques journées pédagogiques, c’est bien, car ils peuvent cibler les moments les plus critiques. » Mais ce n’est pas systématique. Si bien que les enseignants portent la responsabilité de suivre le rythme de leurs élèves et d’adapter leur programme. Eux, ils n’ont pas le choix.

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