PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Le Devoir – 5 septembre 2013 :

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La FAE considère qu’il est normal qu’un enseignant porte la kippa, la croix ou le hidjab dans le cas des enseignantes. Un conflit se dessine entre les enseignants et le gouvernement Marois autour du projet de Charte des valeurs québécoises. Défendant une laïcité dite ouverte, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a déclaré qu’elle usera de tous les recours, y compris légaux, pour défendre le droit de ses membres de porter des signes religieux.

« On va prendre tous les moyens possibles pour défendre nos membres », a dit Sylvain Mallette, président de la FAE, qui représente les tiers des enseignants (32 000), surtout dans la région de Montréal. « S’il s’avérait que le gouvernement va dans cette voie-là [l’interdiction], on fera des représentations et défendra nos membres de façon vigoureuse. »

Selon lui, l’État ne doit pas interdire le port de vêtements ou d’accessoires à connotation religieuse ou culturelle, car c’est le droit au travail qui est en jeu. « On considère qu’il est normal qu’un enseignant ou une enseignante porte la kippa juive, porte la croix ou le hidjab », a-t-il dit lors d’une conférence de presse où la FAE a dévoilé ses positions adoptées à son congrès de juin. « Peut-on convertir les élèves du simple fait de porter une croix dans le cou ? On pense que non. »

Interdire à un individu de porter un signe religieux ne garantit pas la laïcité de l’État, et c’est pourquoi elle devra s’appliquer aux institutions plutôt qu’aux individus, soutient aussi la FAE. Ces signes religieux ne devront toutefois pas contrevenir « aux règles de base de la sécurité et du professionnalisme », et quiconque recevra ou dispensera un service public devra le faire à visage découvert.

Une leçon de laïcité

La FAE exhorte le gouvernement à recentrer le débat sur la laïcité et à rejeter l’appellation « Charte des valeurs québécoises ». « Il y a un an, [la première ministre] nous disait que c’était un projet de Charte de la laïcité qu’elle soumettrait. On s’entend à ce qu’elle respecte cet engagement », a dit M. Mallette. Il lui donne aussi une leçon de neutralité en lui suggérant de déplacer le crucifix du Salon bleu pour le mettre ailleurs dans l’hôtel du Parlement. « C’est en contradiction totale avec [l’adoption d’une] Charte de la laïcité », a fait valoir Alain Marois, nouveau vice-président à la vie politique de la FAE. « Le gouvernement doit donner l’exemple. »

Selon la FAE, parler de « valeurs » risque d’entraîner des dérapages. « Ça ouvre un front et ça permet à des individus de tenir des discours d’intolérance qui sont fondés sur les préjugés », a indiqué M. Mallette. Et tel qu’engagé par une fuite dans les médias, le débat actuel, qui porte surtout sur le port de signes religieux ostensibles, est mal parti, concède-t-il. « La laïcité, ce n’est pas un meuble qu’on sort d’un bungalow et qu’on rentre dans un condo. C’est plus complexe que ça, c’est sensible. Ça fait référence à l’histoire d’une nation. »

Il laisse entendre que le gouvernement s’est contenté d’importer un modèle de laïcité qui ne colle pas au Québec. « Le modèle de laïcité québécois doit respecter le contexte historique dans lequel il s’implante. On ne peut pas importer des modèles d’ailleurs », a soutenu le président de la FAE. « Le Québec est une terre d’accueil, on doit accepter certaines manifestations, mais celles-ci doivent respecter certaines balises », a-t-il insisté.

Et la tradition et les spécificités culturelles du Québec, comme la fête de Noël, devront pouvoir s’exprimer aussi. « Quand c’est rendu qu’on est plus capables de parler de la fête de Noël… »

Pas de local de prière

La FAE exige par ailleurs que soit refusée toute demande de transformation d’un local pour en faire un lieu de prière et toute demande d’exemption ou d’adaptation d’un cours pour des motifs religieux. Quant aux congés religieux, ils devront absolument être négociés dans la convention collective de manière que tous les enseignants, religieux ou non, aient les mêmes privilèges, insiste le syndicat.

Le gouvernement devra prendre ses responsabilités et édicter des balises nationales claires sur les accommodements raisonnables, pour éviter que ce fardeau ne repose sur les enseignants. « Trop souvent, le fait de refuser ou d’accepter un accommodement retombe sur nos membres qui n’ont parfois pas le courage d’affronter les parents », a dit Alain Marois.

La FAE a aussi sommé Québec d’assumer ses responsabilités lorsqu’il y a « conflit entre deux droits », quitte à avoir recours aux tribunaux, et d’arrêter de financer les écoles confessionnelles privées. Elle demande également au gouvernement Marois qu’il poursuive la « laïcisation » de ses institutions, notamment en abolissant le Comité des affaires religieuses, qui conseille le gouvernement sur la place de la religion dans les écoles.

La FAE reconnaît que les débats sur la laïcité ont fait l’objet de « chaudes » discussions à l’interne, mais elles ont débouché sur des consensus. Elle indique ne pas avoir été formellement consultée par le ministre responsable de l’élaboration de la Charte, Bernard Drainville, bien que des discussions aient eu lieu.

Pour sa part, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) dit attendre la proposition officielle du gouvernement avant de consulter ses membres et de se prononcer.

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