PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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André Antibi prône la fusion du travail et du bien-être dans son nouveau livre. /Photo DDM, Nathalie Saint-Affre

André Antibi se bat depuis de nombreuses années contre une certaine évaluation des élèves. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la sortie de son nouveau livre.

La fin de l’évaluation des élèves telle que nous la connaissons est-elle proche ? André Antibi, professeur de mathématiques à l’Université Paul Sabatier et à Aérosup, auteur de nombreux ouvrages sur la question, attend depuis de nombreuses années une réponse positive à cette question récurrente. À l’occasion de la sortie de son nouveau livre le 15 septembre, intitulé «Pour des élèves heureux en travaillant» aux éditions Math’Adore, nous l’avons rencontré chez lui à Labarthe-sur-Lèze. De quoi développer son but : éradiquer le mal-être à l’école.

Comment avez-vous découvert cette fameuse constante macabre ?

Je l’ai découvert un peu par hasard, un matin de 1988. D’un coup, je me suis rendu compte que j’avais été dégueulasse pendant 20 ans avec mes étudiants en falsifiant inconsciemment des résultats. Il y a une injustice totale à mettre artificiellement des élèves en situation d’échec. Tous les professeurs ont tendance à mettre le même nombre de mauvaises notes à tous les examens. Je me bats contre ça depuis 11 ans maintenant et je crois que nous avons gagné la bataille.

Quelle méthode alternative proposez-vous ?

Je propose un système d’évaluation par contrat de confiance. Il consiste à interroger les élèves sur ce qu’ils ont appris en cours, sans surprise, sans peur de mettre beaucoup de bonnes notes. Le but est de récompenser les élèves qui travaillent. Toutefois, l’échec n’est pas supprimé. Il reste toujours 10 % d’élèves qui ne s’intéressent pas à la matière, mais les autres travaillent d’autant plus pour décrocher une note correcte. Après des tests sur 3 ans, les élèves étaient plus heureux en classe et les professeurs avaient recréé un lien avec les élèves.

Votre méthode est-elle applicable à tous les élèves ?

Bien entendu. Je l’utilise à Supaéro pour des ingénieurs mais tout le monde est touché par la constante macabre, des élites aux jeunes élèves. En premier lieu, ce sont les milieux défavorisés qui ne peuvent se payer de cours particuliers, qui n’ont pas la chance d’avoir un milieu familial assez cultivé qui subissent de plein fouet un découragement vis-à-vis de l’école. En France le caccalauréat est le seul examen sans constante macabre car on ne joue pas avec le barème. Le but est de restituer ce qu’on a appris. Il est donc juste et légitime. Je n’ai rien non plus contre les concours, ce sont des examens transparents où on peut être recalé avec 15 de moyenne.

Pouvez-vous résumer votre nouveau livre en une phrase ?

Je réponds aux questions auxquelles j’ai eu droit sur la méthode que je propose, accompagné de nombreux témoignages.


L’abandon des notes pour en finir avec l’échec scolaire ?

Benoît Hamon, ancien ministre de l’Éducation Nationale, avait annoncé avec fracas la réforme de l’évaluation des élèves. A priori, pas question de supprimer les notes pour les élèves même si certains établissements en ont déjà pris le chemin. À Muret, par exemple, les 10 classes de 6e du collège Louisa-Paulin sont évaluées sans notation. Une initiative imitée par le collège Georges-Brassens à Montastruc-la-Conseillère, pour les élèves de 4e cette fois. Le but de cette mesure était de redonner confiance aux élèves, la note étant un facteur de «non-cohésion sociale et d’inquiétude», selon l’établissement. André Antibi, lui, est opposé à cette idée de suppression des notes. «L’abandon des notes ne résout pas le problème. Ce n’est pas en baissant le thermomètre qu’on fait monter la température. La constante macabre ne dépend pas de la notation, mais de la culture de l’évaluation», témoigne-t-il. Évaluer les compétences selon des critères pratiques et objectifs existe, avec des lettres également (modèle anglo-saxon), «mais cela ne fonctionne pas, selon le professeur de mathématiques, car les parents et les enfants sont désorientés. De plus, les professeurs ajustent d’autant plus un barème souple». Encore un problème insoluble…


Le chiffre : 50 000

professeurs> Utilisent le système d’évaluation par contrat de confiance. En France, ils sont nombreux à être conquis par cette méthode alternative.

«Je suis contre le laxisme. Mettre une bonne note à un élève qui ne le mérite pas, ce n’est pas l’aider. C’est le condamner»

André Antibi, professeur de mathématiques