PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In L’expresso – Le Café Pédagogique – le 24 septembre 2012 :

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"Ils ne sont pas des moins que rien". Reprenant le slogan des jeunes de Seine Saint-Denis, la vice-présidente de la région Ile-de-France en charge des lycée, Henriette Zoughebi, élève la question du décrochage au niveau politique. A l’appel de la région, samedi 22 septembre, les Assises régionales de lutte contre le décrochage ont réuni près de 400 acteurs, ministre, enseignants, chefs d’établissement, jeunes décrocheurs, élus, responsables d’association ou d’administrations, autour d’un objectif : impulser une politique régionale nouvelle pour faire reculer le décrochage. Mais pour que les choses bougent vraiment il faut plus que des exhortations. A l’issue de plusieurs conférences et d’ateliers, des consensus apparaissent, des divergences s’expriment. Un vrai travail est commencé.

Sans volonté politique rien ne se ferait

"Le décrochage est un processus social qui a des conséquences politiques" a rappelé Guillaume Balas, président du groupe PS au conseil régional d’Ile-de-France, auteur d’un ouvrage sur cette question. "C’est pour cela que ce n ‘est pas seulement le combat de l’Ecole mais de toute la société". Cette conviction est partagée par le président du conseil régional, Jean-Paul Huchon, qui a rappelé les efforts faits par la région qui finance 10 plateformes, 4 micro lycées, des programmes axés sur la prévention, le renforcement des liens avec ls entreprises et l’accompagnement au retour en formation.  George Pau-Langevin, ministre de la réussite éducative, a rappelé que  la lutte contre le décrochage "est au coeur de la refondation de l’Ecole".

 

Définir le décrochage

Mais pour agir il faut identifier le problème. La région a demandé au Credoc une étude sur le décrochage qui permet de le quantifier. Selon les sources le nombre de décrocheurs franciliens oscille entre 25 et 33 000 avec des concentrations variables selon les cantons.  Plus de 36 000 places sont disponibles pour accueillir les décrocheurs , dont 2440 en école de la seconde chance. Mais la demande varie selon les départements et le nombre de places peut être insuffisant localement.

Quels facteurs ?

"J’ai mis 6 mois à apprendre à faire confiance aux enseignants", raconte une ex décrocheuse qui suit maintenant des études supérieures. "C’est insupportable d’être assis toute la journée à écouter des personnes qui ne nous parlent jamais". D’autres facteurs interviennent dans le décrochage, par exemple des conflits familiaux. L’orientation est aussi vivement critiquée. Mais le grand témoin des Assises, est Michel Janosz, professeur à l’université de Montréal. C’est qu’au Québec la question de la persévérance dans les études est suivie depuis plus de 15 ans. Plusieurs types de décrocheurs ont été identifiés : les discrets, les désengagés, les sous performants et les inadaptés, qui ont tous des rapports particuliers à l’école. Leur détection est possible dès le collège. L’expérience québécoise montre que pour avoir des résultats il faut mobiliser toute la société. La difficulté c’est d’insuffler des changements dans l’Ecole. IL faut donc un vrai soutien aux enseignants. 

L’engagement de la Région

"Pour certains jeunes l’école est la seule clé", explique Henriette Zoughebi. "Il faut être à la hauteur de cette exigence". La question concerne l’Ecole où il faut "revoir les contenus" mais aussi renforcer les équipes. "La région va mener une politique résolue", annonce-t-elle. Mais "si l’éducation nationale ne suit pas c’est mission impossible. On a besoin d’accompagnement humain, d’adultes autours des jeunes et qui croient en eux". Mais pour que ces différents acteurs apprennent à se connaître des ateliers les attendent.

Côté consensus : prévention et droit à l’expérimentation.

Les ateliers rassemblaient les participants de tous horizons (collectivités locales, associations, parents, acteurs sociaux, bénévoles de terrain, conseillers orientation, enseignants…) autour de questions essentielles : comment sécuriser les parcours, accompagner les jeunes en dehors de la classe, élargir l’accompagnement à l’environnement familial et social, mobiliser l’alternance pour « développer l’appétence scolaire », enfin organiser la formation continue au-delà de la scolarité initiale. Les propositions des groupes de travail se rejoignent sur la nécessité de relais et de médiations, d’équipes pluri-professionnelles, de mutualisation des moyens entre structures  s’adressant séparément aux mêmes publics, mais aussi d’un assouplissement effectif des passerelles entre filières d’études, ou encore de mise en place de dispositifs  qui assurent des droits aux jeunes pris dans les méandres du système de la formation scolaire et professionnelle. Le droit à l’échec, enfin, doit laisser place à un droit à l’expérimentation qui ne relègue pas tâtonnements et incertitudes au rang de ratages dès le début de la vie étudiante et professionnelle.

Côté tensions : les compétences spécifiques et la responsabilité pédagogique.

Mais d’autre part, s’affirment aussi des lignes de tension récurrentes : le partage des compétences pédagogiques entre Éducation nationale et collectivités territoriales, entre programme général et spécialisation des filières, mais aussi entre professionnels spécialistes de la formation et de l’orientation, et représentants de la société civile.

Peut-on ainsi gérer la pénurie de Co-Psy (conseillers d’orientation psychologues) par une redistribution de leurs fonctions auprès des enseignants ou d’instances associatives locales ? Peut-on faire d’eux les conseillers techniques des professeurs principaux, quitte à gérer collectivement les questions sensibles et personnelles d’orientation, au motif que l’entretien individuel est une perte de temps et de moyens ? Suffit-il d’être bénévole dans une association locale d’aide sociale pour conseiller avec pertinence les jeunes en déshérence scolaire – et pourquoi pas, comme le propose un animateur social, pour remplacer les enseignants absents ? Orienter, est-ce seulement distribuer des informations sur les filières ? Ou est-ce travailler avec les élèves sur leur représentation des métiers, souvent fictive et très déterminé socialement ?

Quant à la responsabilité pédagogique des contenus d’enseignement, les responsables territoriaux ne cessent de l’affirmer : ils ne veulent plus être de simples payeurs dans un système où ils ne décident rien, où on ne les consultent même pas. Ils sont las de financer des dispositifs de secours pour remédier à des situations d’échec déjà consommées. Ils veulent devenir prescripteurs au regard des besoins et des réalités locales, dans une plus grande proximité des actions de formation avec le tissu économique local.

De manière générale, l’ouverture des dispositifs scolaires à la société civile, réclamée par l’ensemble des partenaires et qu’ils estiment engagée par le Ministère Peillon, semble apparaître comme un remède providentiel et une solution nécessaire : ouvrir les établissements scolaires aux familles, aux structures partenaires, y accueillir les élèves pendant les vacances scolaires pour des activités de remédiation et de loisir, serait une manière d’y faire revenir les élèves en voie de  décrochage. L’individualisation et la réorganisation des tâches scolaires, éducatives et sociales autour des besoins particuliers de chaque individu, véritable gageure pour les organisateurs institutionnels, semblent la panacée face aux difficultés de l’institution à s’acquitter de sa tâche auprès de tous les élèves. Estomper les lignes de partage et la définition des tâches, lorsqu’elles se révèlent trop complexes à articuler autour d’une réalité défavorable, n’est-ce pas cependant se priver d’outils bien affûtés mais qu’on utilise mal ? 

Le décrochage scolaire, une plaie inacceptable.

En conclusion, Emmanuel Maurel, vice-président du Conseil Régional d’IDF a rappelé combien le décrochage scolaire constitue une cause prioritaire pour le pays et la Région et la nécessité de mobiliser tous les acteurs susceptibles de faire progresser la situation. Environ 25000 jeunes franciliens sortis sans qualification du système scolaire, qui risquent de disparaître des dispositifs et vont se retrouver au chômage pour la moitié d’entre eux : « au-delà des questions de pédagogisme, s’insurge Emmanuel Maurel, cela justifie de mettre tout le monde autour de la table ». Entre Éducation nationale, apprentissage, formation professionnelle, et monde l’entreprise, il faut en finir avec ses univers cloisonnés et qui ne se parlent pas, à cause de  blocages d’ordre culturel qu’il va falloir lever. C’est la condition pour assurer une fluidité entre ces systèmes, qui permette aux élève passer de l’un à l’autre.

« On a décidé d’être concrets »

Mettre l’élève au centre, estime Emmanuel Maurel, c’est aussi lui permettre d’anticiper son parcours en connaissance de cause.  « On a décidé d’être concrets », annonce-t-il. Une expérience est mise en place dans 3 zones précises, emblématiques du problème du décrochage : l’Est du Val d’Oise, le Nord-Est de Paris, et St-Denis/St Ouen. Les élus ont peur de parler de pédagogie, domaine réserver de l’Éducation nationale : « on est là pour financer pas pour dire ce qu’il y a à faire », ironise-t-il. Mais les professionnels des entreprises dans lesquels vont travailler les jeunes, les dirigeants de CFA et les formateurs ont beaucoup à partager, en particulier sur la motivation et l’envie d’apprendre. « Ce n’est pas de la formation patronale : l’élève apprend à anticiper et choisir ce qu’il va faire ». Sur les CFA, les expérimentations ont permis de limiter les ruptures de contrat, qui sont la principale source d’échec. Un encouragement pour continuer dans ce sens, dans un domaine ou les politiques, conclut Emmanuel Maurel, ont « une obligation de résultat ».

 

Jeanne-Claire Fumet et François Jarraud

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