PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Mal classée par PISA, l’école française sombre parfois dans le déni, parfois dans le french bashing. Qu’en est-il vraiment de notre Ecole au regard des autres ? Le  livre de Jean Cassou, professeur de mathématiques, propose une étude comparative sur les systèmes éducatifs de la France, la Finlande, l’Angleterre, l’Allemagne, la République tchèque et l’Espagne. Cet ouvrage bien documenté est le fruit de débats et d’échanges in situ avec des enseignants étrangers, d’élèves et d’acteurs du terrain rencontrés lors de multiples voyages d’étude. Jean Cassou souligne les points forts de l’école française et présente ce qui se fait ailleurs et dont pourrait s’inspirer la France dans plusieurs domaines : évaluation, réduction des inégalités entre les établissements, entre classes, entre élèves, meilleure considération de l’enseignement professionnel, mixité scolaire…

Au regard des systèmes éducatifs dans divers pays d’Europe quelles sont les critiques que mériterait de recevoir l’école en France ?

Il y a, à mon avis, trois principaux domaines dans lesquels notre système gagnerait à s’inspirer de nos voisins :

–           L’évaluation : nous sommes beaucoup moins positifs et encourageons moins nos élèves  que les autres ; nous mettons beaucoup plus l’accent sur les manques que sur les acquis et les progrès ; cela conduit à les démotiver plus facilement.

–           La considération de l’enseignement professionnel sur lequel je reviendrai en 6.

–           La manière de traiter l’échec ou d’appréhender les difficultés des élèves ; ceci résulte souvent des difficultés à pouvoir différencier notre pédagogie et  l’adapter en fonction des différents publics.

Le livre met en relier les analyses d’enseignants du terrain.  Ne sont-ils pas juges et parties ? Sont-ils objectifs pour analyser leur propre rôle dans l’appareil éducatif  de leur pays ?

Le grand public mais aussi les enseignants n’ont qu’une idée approximative et souvent caricaturale des systèmes étrangers. Les livres ou documents existants sont souvent trop pointus, fouillés, précis et… longs pour qu’un enseignant ou parents lambda s’y plonge.

Mon objectif était d’informer et ensuite de donner le témoignage et le vécu d’enseignants de terrain, avec les limites que j’assume. Il n’est pas question de donner LA solution mais de susciter les surprises, interrogations, le débat et de proposer un ouvrage simple mais documenté au plus prés de la « vie réelle » des acteurs.

Votre étude montre que l’école française a des  points forts… Quels sont les principaux ?

Je me réfère là encore essentiellement à ce que m’ont dit les collègues étrangers venus en France et découvrant le système français. Mais selon sa provenance les points forts n’étaient pas forcément les mêmes pour chacun. Voici les principaux :

–           La qualité de l’école maternelle, surtout aux yeux des allemands et « nordiques »

–           La présence de personnels Éducation Nationale comme les C.P.E. (qui n’existent pas ailleurs), les personnels de santé et sociaux… qui permettent à l’enseignant de pouvoir mieux se consacrer à sa tâche principale

–           Certains  ont été surpris par  la qualité (et la quantité) demandée aux élèves de Terminale et du sérieux du Baccalauréat

–           Les classes prépas les ont aussi interpelés : certains admirent le système, d’autres sont surpris par rapport à l’idée « égalitaire » qu’ils ont de la France.

L’école est-elle vraiment mieux ailleurs ? Où ? Quel pays offre le système éducatif sur lequel on devrait  prendre exemple ?

 

 

Un collègue finlandais dit souvent : « le système finlandais est le meilleur… pour les finlandais. Chaque système est lié à l’histoire, la culture, le mode société de son pays. On peut s’inspirer des autres et essayer d’adapter ensuite. Pour ma part je  trouve très intéressants :

–           l’école finlandaise jusqu’à 15 ans, en particulier pour la façon dont elle s’occupe des élèves en difficulté

–           l’organisation de l’enseignement professionnel en Allemagne et sa connexion avec la vie active

–           la manière de traiter les diversités en Espagne

–           le côté « famille » de beaucoup d’établissements tchèques

–           l’intégration des élèves « à besoins spécifiques » en Suède… Liste non exhaustive.

Les classements dits PISA  ne situent pas  la France en excellent position. Ne peut-on critiquer la méthode d’évaluation propre à PISA ?

Bien sûr mais ce qui, à mon avis est d’abord critiquable, c’est l’exploitation médiatique et politique qui est faite de Pisa, en se focalisant seulement sur un classement très arbitraire. Les renseignements qu’apporte Pisa (d’ailleurs corroborés par les enquêtes Éducation Nationale) sont intéressants et mettent surtout en exergue la trop grande disparité de résultats entre nos meilleurs élèves et les plus en difficulté. De là à établir un classement sur les systèmes éducatifs ! Surtout que Pisa n’évalue pas du tout ou peu des domaines comme les sciences humaines, les enseignements artistiques…

Je me suis intéressé aux épreuves de Maths : elles consistent en de petits problèmes ouverts connectés à la « vie active », problèmes pour lesquels les français ne sont pas à l’aise car ils ne sont pas habitués à ce type d’évaluation ; de plus notre système d’évaluation ne les incite pas à prendre des initiatives car ils ont plus peur de se tromper que leurs homologues nordiques par exemple. Mais là aussi il est intéressant d’en prendre conscience sans se focaliser sur un classement réducteur et souvent source à jeter le bébé avec toute l’eau du bain !

Comparé à la France, l’enseignement professionnel paraît nettement plus apprécié dans les pays du Nord. Pouvez-vous nous éclairer en ce domaine ?

Il faut d’abord préciser que dans les autres pays il n’y a pas de distinction entre enseignement technologique et professionnel. Il y a deux voies : général ou professionnel, avec souvent autant d’attrait pour l’une que pour l’autre. A mes yeux, les principales raisons en sont :

–           la possibilité en entrant dans la voie professionnelle, de poursuivre des études de haut niveau, débouchant sur des diplômes  pratiquement aussi élevés surtout dans les secteurs scientifiques et technologiques

–           la moindre différence de considération, de salaires, qu’en France entre les métiers professionnels ou technologiques et les métiers considérés chez nous comme plus « nobles » ;  la possibilité de monter les échelons plus facilement en interne dans l’entreprise

–           la meilleure organisation et la plus forte implication des entreprises dans la formation : exemple de l’enseignement en alternance dit « DUAL » en Allemagne où le partage de formation entre école et entreprise est très codifié, où les entreprises jouent le jeu en s’investissant dans la formation des élèves, avec une offre de formation gérée localement (communes en Scandinavie, Land en Allemagne) et donc plus proche du terrain. Il en résulte que de « bons » élèves se dirigent vers l’enseignement professionnel, ce qui en augmente la qualité et l’attractivité… et y attire d’autres bons élèves : le cercle vertueux fonctionne.

Quel est le pays où un enseignant a le plus de chance de s’épanouir dans son métier  tout recevant  un salaire convenable ?

Pour ce qui est des salaires, c’est vrai que les enseignants français ne sont pas particulièrement bien rémunérés, en particulier en regard de leurs homologues allemands, irlandais ou anglais. C’est surtout important chez les jeunes (moins payés que les jeunes espagnols par exemple) ; petite remarque, la distinction certifiés-agrégés n’existe pas ailleurs, les différences se faisant plus sur le niveau auquel on enseigne.

En contrepartie les tâches demandées aux enseignants sont souvent plus étendues dans ces pays : remplacement de collègues au pied levé, tâches dévolues en France aux C.P.E. qui n’existent pas ailleurs ou autres.  Mais le salaire n’est pas tout. Les enseignants finlandais ne sont pas particulièrement bien rémunérés : pourtant leurs conditions matérielles sont excellentes (bureaux pour travailler, nombre d’élèves à 18-20 par classe jusqu’à l’âge de quinze ans, établissements fonctionnels et à taille humaine).

La bonne réputation dont jouit l’école auprès des parents et de la société entraine une considération élevée du métier d’enseignant. Là encore le cercle vertueux fonctionne et les candidats au métier se bousculent… Comme en France il y a… trente ou quarante ans !

Propos recueillis par Gilbert Longhi

Jean Cassou  École : est-ce vraiment mieux ailleurs ? Un regard comparatif  sur les systèmes éducatifs européens par un enseignant du terrain Les impliqués Éditeur Les impliqués Éditeur, 2015 www.lesimpliques.fr  ISBN : 978-2-343-07159-6 , 23 €

Jean Cassou est professeur agrégé de mathématiques , il  a exercé en en Lycée et en IUFM

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