PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Résumé

Si les violences physiques contre les personnels de l’Éducation nationale (professeurs des écoles, enseignants du second degré, conseillers et assistants d’éducation, chefs d’établissement) sont relativement rares, chaque année en moyenne, 12 % d’entre eux déclarent faire l’objet de menaces ou d’insultes dans l’exercice de leur métier. Cette proportion est près de deux fois plus élevée que dans l’ensemble des autres professions.

Les enseignants de collèges et lycées sont le plus souvent menacés ou insultés par des élèves (3 cas sur 4) tandis que ceux de maternelle et primaire le sont majoritairement par des adultes (7 cas sur 10). Les personnels les plus jeunes sont particulièrement exposés ; en revanche, les femmes ne sont pas plus menacées ou insultées que leurs collègues masculins. Dans l’année qui suit l’incident, en moyenne, 46 % des personnels de l’Éducation nationale menacés ou insultés dans l’exercice de leur métier signalent des séquelles telles que des troubles du sommeil ou une perte de confiance en soi. Un tiers des victimes estiment que l’incident a perturbé leur vie quotidienne, notamment leur vie professionnelle.

Sommaire

Encadré

Publication

Les personnels de l’Éducation nationale : pas plus de vols et de violences physiques que pour les autres professions

Selon l’enquête Cadre de vie et sécurité (CVS – sources), entre 2007 et 2013, les personnels de l’Éducation nationale du premier et du second degré n’ont pas subi plus de vols (ou tentatives de vols) et de violences physiques (hors violences domestiques) que les autres professions (figure 1) ; ces agressions sont prises en compte toutes circonstances confondues (au travail, dans la rue, dans les transports, etc.). En revanche, ces personnels font davantage l’objet de menaces et d’insultes. En moyenne sur un an, 6 % d’entre eux ont été victimes au moins une fois de menaces et 16 % d’insultes, toutes circonstances confondues ; ces proportions sont respectivement de 4 % et 12 % parmi l’ensemble des personnes qui occupent un emploi.

Figure 1 – Taux de victimation selon le type de violence toutes circonstances confondues

en %, en moyenne annuelle
n.s. résultat non significatif (inférieur à 0,05 %).
Note : les personnels de l’Éducation nationale sont en situation d’emploi au moment de l’enquête.
Lecture : en moyenne sur un an, 15,7 % des personnels de l’Éducation nationale se déclarent victimes d’insultes toutes circonstances confondues (au travail, dans la rue, dans les transports, mais hors violences domestiques) ; ils sont 9,9 % dans l’ensemble de la population des personnes âgées de 14 ans ou plus.
Champ : personnes âgées de 14 ans ou plus.
Source : Insee-ONDRP, enquêtes Cadre de vie et sécurité 2007-2013.
  Victime au moins une fois dans les 12 mois précédant l’enquête de :
vol ou tentative de vol violences physiques menaces insultes
avec violence sans violence
Personnes de 14 ans ou plus 0,3 3,2 1,5 3,5 9,9
Personnes occupant un emploi 0,3 2,8 1,5 4,3 11,7
Personnels de l’Éducation nationale n.s. 3,1 1,3 5,9 15,7
Professeurs des écoles n.s. 2,9 1,1 5,0 11,6
Enseignants du second degré n.s. 3,2 1,4 6,3 16,7
Personnels de direction et d’éducation n.s. 3,1 1,4 6,4 23,4

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Des personnels plus souvent agressés que dans l’ensemble des professions

Les personnels de l’Éducation nationale, dont près de 90 % sont professeurs du premier ou du second degré, ont des profils assez différents de l’ensemble des personnes occupant un emploi : les femmes sont nettement majoritaires (respectivement 68 % contre 48 %), les moins de 30 ans sont moins nombreux (13 % contre 18 %) contrairement aux jeunes seniors de 50 ans ou plus (28 % contre 25 %). Toutefois, ce ne sont pas leurs caractéristiques sociodémographiques qui font des personnels de l’Éducation nationale une population à risque en matière de menaces et d’insultes ; c’est bel et bien leur profession qui les expose à ces violences.

De fait, les métiers en contact avec le public, comme c’est le cas des personnels de l’Éducation nationale, sont a priori plus exposés au risque d’agressions verbales ou physiques. La question n’étant pas directement posée, l’enquête CVS ne permet pas de repérer avec exactitude l’ensemble des personnes travaillant en contact avec le public et de les comparer, en matière de victimation, aux personnels de l’Éducation nationale. Néanmoins, environ trois salariés sur quatre travaillent en contact avec le public (directement ou par téléphone), de même qu’une grande partie des non-salariés (professions libérales, commerçants et artisans). Le poids des métiers en contact avec le public est donc prépondérant parmi l’ensemble des professions qui servent ici de point de comparaison.

Or, parmi les victimes d’agressions, les personnels de l’Éducation nationale déclarent beaucoup plus souvent avoir été agressés dans l’exercice de leur métier que l’ensemble des professions (figure 2). Dans l’Éducation nationale, 49 % des victimes de violences physiques, 64 % des victimes de menaces et 57 % des victimes d’insultes ont été agressées dans l’exercice de leur métier contre respectivement 31 %, 44 % et 40 % des personnes occupant un emploi.

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Chaque année en moyenne, 12 % des personnels de l’Éducation nationale sont menacés ou insultés dans l’exercice de leur métier

La violence à l’école relève moins d’agressions « spectaculaires » que d’actes de violence verbale : les violences physiques y sont relativement peu fréquentes. Ainsi, selon l’enquête CVS, en moyenne chaque année, 0,6 % des personnels de l’Éducation nationale déclarent avoir été agressés physiquement dans l’exercice de leur profession. Ce taux de victimation n’est pas significativement différent de celui des personnes en emploi dans leur ensemble (0,5 %). En revanche, menaces et insultes dans l’exercice du métier font proportionnellement près de deux fois plus de victimes parmi les personnels de l’Éducation nationale que parmi l’ensemble des personnes qui occupent un emploi (12 % contre 7 % en moyenne sur un an – figure 3). Au sein de l’Éducation nationale, les personnels de direction et d’éducation, c’est-à-dire les conseillers et assistants d’éducation et les chefs d’établissement de l’enseignement secondaire, sont les plus exposés : en moyenne sur un an, 16 % d’entre eux déclarent avoir été menacés ou insultés dans l’exercice de leur métier. Viennent ensuite les enseignants de collège et lycée avec un peu plus de 12 % de victimes en moyenne par an, puis les professeurs des écoles avec 10 %.

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À l’origine des menaces et des insultes, des élèves dans le second degré et des adultes dans le premier degré

Dans l’exercice de leur métier, les victimes sont plus souvent menacées ou insultées par une personne seule plutôt que par un groupe de personnes (75 % des cas parmi les personnes ayant un emploi) : c’est particulièrement vrai pour les professeurs des écoles et les enseignants du second degré (85 % et 80 % des cas), mais un peu moins pour les personnels d’éducation et de direction (58 % des cas). Souvent, les personnels de l’Éducation nationale menacés ou insultés dans l’exercice de leur métier connaissent l’auteur des faits (ou l’un des auteurs), ou l’ont au moins déjà vu dans le cadre professionnel (75 % des cas contre 37 % dans l’ensemble de la population ayant un emploi). Sans surprise, 6 fois sur 10, un mineur est à l’origine des menaces ou des insultes visant ces personnels, contre 2 fois sur 10 pour les personnes occupant un emploi (figure 4). Sur ce point, les professeurs des écoles se distinguent très nettement des autres personnels de l’Éducation nationale. Ils sont bien plus souvent menacés ou insultés par des adultes (7 cas sur 10) en exerçant leur activité professionnelle. Ce sont généralement des membres de la famille de leurs élèves, principalement les parents.

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Les jeunes enseignants plus souvent victimes

Avec un taux de victimation identique (7 % en moyenne sur un an), les femmes ne sont pas davantage que les hommes victimes de menaces ou d’insultes dans l’exercice de leur profession. Il en est de même au sein de l’Éducation nationale (13 % pour les hommes et 12 % pour les femmes). Contrairement au genre, l’âge est un facteur très discriminant (figure 5). Ainsi, les personnels de l’Éducation nationale âgés de moins de 30 ans sont les plus touchés (en moyenne 14 % sont menacés ou insultés chaque année dans l’exercice de leur profession). Les personnels de 50 ans ou plus paraissent plus épargnés (9 % en moyenne sur un an). Cet écart entre les plus jeunes et les plus anciens, également constaté dans l’ensemble de la population occupant un emploi, est particulièrement marqué au sein de l’Éducation nationale. La plus grande expérience professionnelle des personnels plus âgés, mais aussi le parcours professionnel des enseignants du second degré, notamment le lieu où ils exercent, peuvent en partie expliquer cette différence. En effet, les enseignants démarrent souvent leur carrière en collège dans des établissements où le climat scolaire est plus dégradé et, avec l’ancienneté, exercent dans des établissements moins exposés aux violences.

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Les personnels de l’Éducation nationale davantage marqués par les violences subies dans l’exercice de leur métier

Bien qu’il s’agisse d’agressions non physiques, sans séquelles corporelles, les menaces et les insultes subies dans l’exercice d’une profession ne sont pas sans conséquences. Au sein de l’Éducation nationale, les victimes semblent particulièrement affectées : dans l’année qui suit l’incident, en moyenne 46 % d’entre elles déclarent avoir subi un dommage psychologique, troubles du sommeil ou perte de confiance en soi (contre 37 % des victimes parmi les personnes ayant un emploi). De plus, 33 % d’entre elles déclarent que l’agression a perturbé leur vie quotidienne, notamment professionnelle (contre 24 % des victimes parmi les personnes qui occupent un emploi).

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