PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Presses Universitaires du Mirail :

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Chacun s’accorde à penser que l’éducation est un enjeu de société. Pourtant, chaque société pense l’éducation de façons différentes. Certaines la mettent au centre de leurs préoccupations, d’autres l’énoncent puis l’oublient, l’éducation devenant une évidence telle qu’elle se perd parmi les priorités d’État. Mais de quoi parle-t-on lorsqu’on évoque l’éducation ? La première pensée va vers l’école et la famille. Ces deux institutions ont longtemps été repérées comme les seuls espaces d’éducation. Pourtant, depuis le XVIIIe siècle, une autre forme d’éducation tente de s’imposer, l’éducation populaire. Comment, alors, cette troisième forme d’éducation s’est-elle développée au travers de l’histoire de la société française et comment en sommes-nous arrivés à dissocier trois formes d’éducation : l’éducation formelle, informelle, non formelle ?
Ce numéro a pour ambition de montrer comment le champ de l’éducation non formelle tente de s’organiser en France. Que se passe-t-il dans d’autres pays ? Quels sont les enjeux aujourd’hui de la reconnaissance de l’existence d’une éducation hors de l’école et hors de la famille ?
Ce volume permet d’explorer ce champ à partir de travaux de recherche qui montrent comment le public qui s’inscrit dans un processus d’éducation non formelle acquiert des compétences, des savoirs, des savoir-faire, des savoir-être. Le contenu de ces articles est révélateur de la construction du champ de l’éducation non formelle comme terrain de recherche dans lequel les objets peuvent varier en fonction des publics, des acteurs et de leur professionnalisation en émergence perpétuelle.

Sommaire

Editorial Véronique Bordes

L’aménagement des colonies de vacances (1930-1965) : Changement des lieux et des rapports sociaux de sexe ? Jean-Marie Bataille et Magalie Bacou

Activités de temps libre dans les institutions en charge de l’enfance. Une étude au Portugal
Maria José Araújo

Living Contradictions in the Professional Practice of Informal Education
Mohamed Moustakim

Apprendre « sur le terrain » : l’animation en centres de loisirs Jérôme Camus

L’animation, une forme d’éducation non formelle ?
Michel Lac

Varia – Au-delà de la philosophie de l’évaluation de parcours de formation et d’insertion professionnelle : une étude de cas Cédric Frétigné

Varia – La lecture chez quelques sourds lettrés Mélanie Hamm

Résumé des articles


Magalie Bacou –
Université Toulouse II-Le Mirail, France

Jean-Marie Bataille –
Université Bordeaux III, France

L’aménagement des colonies de vacances (1930-1965) : Changement des lieux et des rapports sociaux de sexe ?

Résumé :
Existe-t-il un lien entre la manière de concevoir les colonies de vacances et la manière de se représenter leur public ? En s’intéressant à la place faite au genre dans l’organisation de cette institution, cet article montre comment l’évolution de la première accompagne celle de la seconde. Dans les années 1930, la dynamique des colonies est marquée par la massification et l’invisibilité de la différenciation des sexes, y compris dans un contexte de mixité. Puis à partir des années 1950, la conception hygiéniste fait place à la montée d’une visée éducative et de la rhétorique des besoins. Cette transformation favorise alors l’émergence de l’organisation de la mixité, comme la coexistence des filles et des garçons, marquée par une conception naturalisée de la différence des sexes.

Maria José Araújo
Ecole Supérieure d’Éducation,
Institut Polytechnique de Porto, Portugal

Activités de temps libre dans les institutions en charge de l’enfance.
Une étude au Portugal

Résumé :
Au Portugal, l’étude des activités de temps libre, concernant les enfants, a connu dès 2006 un regain d’intérêt avec la mise en oeuvre de l’École à Temps Plein. Cet article est le résultat d’une recherche ayant pour but de mieux connaitre le travail réalisé dans des institutions qui s’occupent d’enfants de 6 à 10 ans, en essayant de comprendre comment le temps libre des enfants y est pensé et organisé. On y montre que les activités de temps libre ne se positionnent pas seulement comme un complément de l’éducation formelle, mais qu’elles apportent aux enfants des compétences spécifiques qu’ils n’auraient pas pu acquérir dans le cadre des apprentissages formels. On considère, par contre, qu’il faut interroger la méthodologie et la façon dont ces activités sont présentées et développées, ce qui implique d’interroger le concept d’enfance qui prévaut dans son organisation et sa mise en oeuvre.

Mohamed Moustakim
University of East London, Royaume-Uni

Living Contradictions in the Professional Practice of Informal Education

Résumé
Ce texte présente une recherche portant sur un groupe d’étudiants de licence et au-delà du département Jeunesse et Travail communautaire et se rapportant aux aspects de leurs pratiques qui mettent en question leurs engagements relatifs aux principes éthiques et professionnels du Travail avec la jeunesse. Leurs comptes rendus critiques des récits qu’ils font donnent à penser qu’ils sont souvent conduits à se vivre eux-mêmes comme des « contradictions vivantes » quand leurs valeurs sont niées dans la pratique, tant
par eux-mêmes que par les institutions où ils finissent leur scolarité. Tout en épousant les principes professionnels et éthiques du Travail avec la jeunesse, certains ont intériorisé l’idée selon laquelle les jeunes sont vulnérables à de nombreuses menaces, telles
que le chômage, la prise de drogue, la criminalité et des histoires extrémistes. La praxis est conçue comme étant le champ d’application qui permet de théoriser la pratique du travail avec la jeunesse, tout en rompant le statu quo et en humanisant les relations
avec les collègues et avec les jeunes.

Jérôme Camus –
Université de Tours, France

Apprendre « sur le terrain » : l’animation en centres de loisirs

Résumé :
L’apprentissage du métier d’animateur s’effectue très largement de manière informelle. Malgré les efforts de rationalisation visibles de la formation BAFA, c’est en effet l’apprentissage « sur le terrain » qui prédomine et permet de promouvoir l’engagement, la mobilisation du « vécu ». Mais à côté des injonctions à l’adoption de comportements responsables, adultes, c’est également la propension à « délirer », à « se lâcher » qui est encouragée. L’animation ne saurait dès lors se réduire à sa dimension officielle,
et ce sont les manières d’être les plus spontanées, observables dans la vie clandestine du centre de loisirs qui viennent renforcer l’intériorisation des schèmes d’action. Du plus formel au non formel, l’animation s’intériorise, plus qu’elle ne s’apprend, comme pratique, comme façons d’être, par corps.

Michel Lac –
EFTS -, Université de Toulouse, France

L’animation, une forme d’éducation non formelle ?
Analyse comparative des discours et représentations sociales de l’animation chez des non-animateurs, des animateurs CLAE et des animateurs en formation professionnelle

Résumé :
A partir d’un recueil de données effectué par « associations libres de mots » sur 239 sujets, nous proposons d’aborder l’animation comme objet de représentations sociales afin de le questionner, et notamment, sur son inscription éventuelle dans l’éducation non formelle. Quatre groupes distincts, ayant des rapports spécifiques à l’animation, forment le panel présenté. Les résultats montrent une certaine hétérogénéité des discours liée à ces différences d’ancrage. Les représentations sociales exprimées faisant par ailleurs une place plus ou moins prononcée à l’intentionnalité éducative de l’animation. –

 
Cédric Frétigné –
Université Paris Est Créteil Val de Marne, France

Au-delà de la philosophie de l’évaluation de parcours de formation et d’insertion professionnelle : une étude de cas

Résumé :
La « passion » évaluative conduit à tenter d’objectiver les dimensions les plus qualitatives des parcours de formation et d’insertion. Ces attentes évaluatrices ont des incidences fortes sur l’activité de travail ordinaire de celles et ceux qui ont la charge d’y contribuer (formateurs d’adultes) ou de la mettre en oeuvre (chargés d’insertion). Partant d’une investigation empirique précisément située, cet article entreprend de montrer comment l’évaluation est mise en actes dans le cadre d’un dispositif créé par un Conseil général à l’occasion de l’instauration du Revenu de solidarité active (RSA).

Mélanie Hamm –
LPL, Aix-Marseille Université, France

La lecture chez quelques sourds lettrés

Résumé :
Comment lisent ceux qui n’entendent pas ou mal ? Après avoir interrogé une cinquantaine de personnes sourdes et malentendantes, nous avons pu approcher la lecture et l’écriture du point de vue de l’ensemble de notre population. Les résultats de nos entretiens montrent l’extraordinaire variété de l’adaptabilité de chacun de nos sujets. Pour  certains, la lecture est une sensation visuelle. Pour d’autres, c’est une sensation auditive fantasmatique ou fantomatique. Les sourds n’ont pas de « chair sonore », mais fabriqueraient-ils l’idée de cette « chair » ? Bien qu’elle soit une zone d’incertitude, l’imagination est un appui considérable dans la lecture et l’apprentissage de celle-ci.

 

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