PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

In Le Nouvel Observateur – le 7 décembre 2013 :

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Ce qui plombe notre école et le salaire des profs ? Selon une étude, ce n’est pas un sureffectif enseignant mais les dépenses administratives, dues à une mauvaise organisation de notre système éducatif.

Une fois de plus la France se demande comment fait l’Allemagne pour être si performante. Cette fois-ci il ne s’agit pas d’industrie, ni d’exportations ou d’innovations, mais d’enseignement. En 2001, l’Allemagne fut catastrophée par les résultats de la première édition de l’enquête Pisa, publiée par l’OCDE, qui compare le niveau de formation des collégiens du monde entier, et que notre voisin d’Outre-Rhin avait jugé humiliants.

A l’époque, la France était également totalement dans les choux, au même niveau que l’Allemagne, mais chez nous cela n’avait pas déclenché la moindre réaction. Ou plutôt une réaction consternante : les responsables de l’Educ Nat avaient décidé de boycotter l’enquête Pisa en prétendant qu’elle n’était pas adaptée aux spécificités des Français. Cette bouderie ridicule ne dura pas, mais l’enquête continua de sortir, tous les trois ans, sans provoquer d’effet en France malgré une poursuite de la dégringolade : nous y étions 16e en 2003, 18e en 2006, 22e en 2009 pour finir  25e cette année. Il a fallu attendre ce niveau pour que l’affaire prenne la dimension d’un événement national  relaté dans tous les médias, comme ce fut le cas en Allemagne il y a dix ans. Aujourd’hui, nous nous nous retrouvons trois rangs derrière notre voisin pour la lecture, neuf rangs derrière pour les maths et 14 rangs derrière pour les sciences.

Peut-être, comme l’Allemagne il y a 13 ans, allons-nous aujourd’hui prendre conscience que pour redresser la barre, il faut entreprendre une vraie révolution dans notre enseignement ?  Pour se redresser, les Allemands ont impliqué à fond les enseignants. Et cela a bien fonctionné pour une raison simple : chez notre voisin d’Outre-Rhin, les profs gagnent 34% de plus qu’en France. C’est une preuve de considération qui motive leur implication.

21.500 écoles de plus en France

Pourtant, globalement, la France dépense 20 milliards de plus que l’Allemagne pour son système éducatif primaire et secondaire. Pourquoi cet argent ne se retrouve pas dans la poche des profs ? La réponse est clairement décrite par une étude publiée en 2012 par un think tank libéral, l’Institut Thomas More. Certains objecteront que nous pourrions puiser nos données à une source moins engagée. En fait, peu importe l’orientation idéologique de cet institut, seuls nous intéressent ici les chiffres qu’il a réunis, qui proviennent d’Eurostat et de l’OCDE , et qui n’ont pas été démentis. 

Cette étude montre que ce qui nous coûte le plus, et de loin, ce n’est pas le trop plein de profs, c’est la lourdeur de l’organisation de notre système éducatif primaire et secondaire. Nous gérons 49.160 établissements, là où les Allemands n’en ont que 28.181. Nous avons 21.500 écoles de plus que nos voisins, avec les frais que cela induit ! Certes notre démographie n’est pas la même, mais 132% d’écoles en plus c’est beaucoup, tandis que notre population est 20% inférieure à celle de l’Allemagne. Chez nous, 50% de la dépense éducative va à des frais de gestion et de structures, contre 34% en Allemagne. Et c’est au détriment de la masse salariale des profs qui, chez nous ne représente que 31% de la dépense contre 51% en Allemagne. Les deux facteurs sont inversés : chez nous des frais de gestion, chez eux des frais de salaires.   

16.200 euros de moins pour les profs français

Au final, le salaire moyen d’un enseignant français ressort à 31.021 euros contre 47.214 euros en Allemagne. On a souvent dit que nos profs étaient mal payés parce qu’ils sont trop nombreux par rapport au nombre d’élèves. D’après cette enquête, ce n’est pas vrai : nous avons une moyenne de 14,25 élèves par enseignant contre 15,48 en Allemagne (le niveau bas de ce chiffre moyen étant sans doute du au fait qu’il est calculé sans tenir compte du ratio d’enseignants en formation, en détachement, en disponibilité, etc). Certes, si on montait au même taux de nombre d’élèves par enseignant que l’Allemagne, cela signifierait une réduction de 56 000 postes. Mais l’économie qui en résulterait est dix fois inférieure à l’économie que permettrait une réorganisation de nos établissements.

Nous avons 708.551 enseignants contre 758.728 en Allemagne. La raison du sous paiement des profs français est donc bien due à la mauvaise organisation de notre système. Nous n’avons pas su regrouper nos établissements. C’est la France des 36 000 communes. Nous comptons en moyenne 205 élèves par établissement contre 417 en Allemagne. Notre dépense par élève se monte à  24% du PIB par habitant, contre 17% en Allemagne. Mais notre surplus provient beaucoup plus de frais de gestion que de frais d’enseignement.

Moins de frais de ramassage scolaire

A noter que les Allemands, malgré 21.000 écoles primaires de moins que nous, n’ont pas une dépense en ramassage scolaire supérieure à la nôtre, elle est même inférieure : 1,9 milliards d’euros contre 2,3 en France.

L’étude aboutit à la conclusion que si nous avions le même nombre d’élèves par établissement et le même niveau de dépenses publiques par établissement qu’en Allemagne, nous dépenserions 13,6 milliards d’euros en moins. En supposant que cette somme soit reversée à nos 700.000 enseignants, leur revenu bondirait d’environ 20.000 euros par an, rejoignant celui de leurs collègues allemands… Autrement dit, au lieu de vivre toute fermeture d’école comme une tragédie, nous devrions, en France, prendre conscience qu’une organisation plus concentrée, plus coopérative, mois dispersée serait une grosse source d’économies de gestion à redéployer vers l’investissement pédagogique.

A ce jour, on a beaucoup disserté de ce qu’il convient de faire pour "refonder l’école", mais cette approche concernant l’arbitrage entre nos dépenses de gestion et nos dépenses d’enseignement n’a jamais été soulevée. 

Patrick Fauconnier – Le Nouvel Observateur

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