PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Print Friendly

François DURPAIRE, Maitre de conférence en Sciences de l’Education à l’Universite de Cergy Pontoise, Membre du laboratoire Ecoles Mutations Apprentissages, Directeur de l’antenne et des programmes de la chaîne FDM TV, chaine européenne de la diversité, publie avec la sociologue Béatrice Mabilon-Bonfils, chez Puf, 2014, La fin de l’Ecole, l’ère du savoir relation où ils appellent de leurs vœux « Le passage de l’école de la mono-forme scolaire monopolistique qui est celle d’aujourd’hui à une créolisation éducative, du triptyque « maître-savoir-manuel » au savoir-relation »

Il est l’un des invités à participer aux Boussoles du numérique les 14 et 15 octobre à Cenon en Gironde.

Il aura fallu plusieurs siècles pour que le concept d’égalité et celui d’unité (unité de temps et unité de lieu) permettent la naissance de l’école publique au XIXe siècle, nous rappelle François DURPAIRE dans cet entretien réalisé avant un voyage d’étude aux Etats Unis dont il est un éminent spécialiste.

Révolution post-scolaire ou révolution transcolaire?

Dans l’histoire de l’Education, la principale révolution éducative a été la révolution scolaire, quand l’éducation se fond dans l’école.

La révolution actuelle « découle d’une mutation technologique : c’est le numérique, c’est le smartphone. Aujourd’hui les enfants comme les adultes peuvent apprendre sans Ecole » … Il est désormais possible d’apprendre en tout lieu et en tout temps. Et l’Ecole ne peut désormais prétendre détenir le monopole du savoir.

Pour François DURPAIRE, cette mutation technologique « amène à la deuxième révolution de l’histoire de l’éducation, la sortie de l’école.
Il s’agira, « soit d’une révolution post-scolaire ( la fin de l’école) soit d’une révolution transcolaire ».

La révolution numérique et la mondialisation des savoirs « qui rend en partie caduque la division nationale des contenus enseignés », font-elles de l’ « Ecole » un lieu inutile ?

Quel avenir pour une Ecole Publique qui consacre « l’injonction d’apprendre en un lieu et en un temps donné, » quand le savoir à distance se développe avec le e-learning , quand , comme aux Etats Unis, de nombreuses familles font désormais le choix de l’éducation à domicile – 1.5 millions d’enfants en « home schooling », ou dans des écoles offrant des formats facilitant une combinaison de modes d’apprentissage – 80 000 enfants en France dans des écoles comme Montessori ou Steiner Whaldorf – ?

« L’idée n’est pas nouvelle, affirme François DURPAIRE dans le Huffingtonpost,

Ivan Illich annonçait dès 1971, une société sans école (Deschooling Society). A sa suite, John Holt témoignait de sa confiance dans les apprentissages autonomes. Les parents devaient accompagner les enfants dans leur désir d’apprendre au quotidien… Dans Apprendre sans l’école (Instead of Education: Ways to Help People Do Things Better), il expliquait pourquoi ne pas passer par une école obligatoire -la même pour tous- permettrait l’émergence d’individus plus libres et plus créatifs. Changer d’éducation, c’est inventer une société nouvelle. Il a ensuite crée la revue Grandir sans école -Growing Without Schooling- qui a duré de 1977 à 2001.
Pour Alan Thomas, également, les enfants pouvaient découvrir la lecture ou les mathématiques au cours de leur vie quotidienne, sans passer par le cadre rigide de l’école. Le jeu était pour lui essentiel dans le processus d’apprentissage, ainsi que les interactions avec les frères, les sœurs et l’ensemble de ceux qui entouraient les enfants.»

La question n’est donc pas de savoir si, mais bien de savoir quand, cette forme scolaire traditionnelle va disparaître, comme un moment particulier de l’histoire de l’éducation. Pour les auteurs « le vieux schéma de l’instruction républicaine » est révolu ; ils appellent alors à une révolution transcolaire afin que l’Ecole puisse continuer à exister en substituant « la créolisation éducative en lieu et place de l’école traditionnelle. »

L’Ecole c’est le projet de la société.

Les pistes qu’ils offrent dans l’ouvrage « sont destinées à un ministère qui ne serait plus seulement celui de l’école, mais bien celui de toutes les formes d’éducation. »

Pour éclairer son propos, François DURPAIRE met l’accent sur une autre caractéristique de notre Ecole : « si notre Ecole est parfois ségréguée, parfois inégalitaire, le projet d’Ecole c’est aussi l’EGALITE. »

L’Ecole c’est le projet de la société : éduquer ensemble pour vivre ensemble. La Révolution postscolaire – et dons la disparition de l’Ecole – poserait l’existence même de notre société. « Si on n’éduque plus ensemble nos enfants serons-nous demain encore société ou simplement juxtaposition de castes ? »

Le numérique est-il un plus pour l’Ecole et la démocratie?

Le numérique est plutôt une « mauvaise nouvelle pour nos démocraties » affirme François DURPAIRE. Et cela conduit à des réflexes défensifs.

On doit plutôt utiliser ces technologies à des fins d’education et donner aux acteurs de l’Education, et en particuliers au million d’enseignants de France, les moyens de se servir de ces outils pour « diffuser de la connaissance, des messages de citoyenneté critique ».

Il faudra pour François DURPAIRE aller au-delà, en traçant « les contours d’une révolution éducative mondiale, pour bâtir une communauté globale de citoyens à même de relever les défis planétaires. »

Claude TRAN

Lire la suite : http://www.educavox.fr/alaune/francois-durpaire-la-fin-de-l-ecole