PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Vous Nous Ils – L’e-mag de l’éducation – le 29 mars 2013 :

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Mara Goyet, prof d’histoire-géographie dans un col­lège à Paris et auteur de "Collège bru­tal" estime sur son blog que le col­lège unique doit être repensé. Entretien.

Le col­lège unique divise. Est-il tou­jours la meilleure solu­tion pour lut­ter contre l’échec scolaire ?

Le col­lège unique n’est pas une solu­tion, c’est un fait. Tous les jeunes ont droit à la même struc­ture pen­dant quatre ans après l’école élémen­taire. C’est une avan­cée démo­cra­tique, il me semble impos­sible de reve­nir là-dessus sous pré­texte que les résul­tats sont pour l’instant déce­vants ou pro­blé­ma­tiques. Il faut évidem­ment le repen­ser de fond en comble et ces­ser d’en faire la caisse de réso­nance et d’amplification des lacunes accu­mu­lées, ce qui est sou­vent le cas, mais pas uni­que­ment. J’observe, quand même, que de la 6ème à la 3ème, nous avons beau­coup apporté à la plu­part des élèves. Mais en l’état, nous ne pou­vons nous satis­faire de ce qui est. Enfin, unique, ne veut pas dire uni­forme, rigide, insen­sible et monolithique.

Que proposez-vous pour amé­lio­rer le col­lège unique ?

Tout d’abord de se concen­trer sur l’école mater­nelle et élémen­taire. Si ce niveau va mieux, le col­lège ira mieux. Ensuite, il doit gagner en cohé­rence, en conti­nuité et en sou­plesse. S’il pro­pose aujourd’hui des dis­po­si­tifs pour aider les élèves en dif­fi­culté, ce ne sont, faute de moyens et de véri­table lati­tude, que des gouttes d’eau dans l’océan. C’en est presque gro­tesque tant on se donne bonne conscience sans véri­ta­ble­ment affron­ter le pro­blème. Les élèves passent de classe en classe, de prof en prof sans réel suivi. Il fau­drait, par exemple, que les élèves aient un pro­fes­seur réfé­rent pen­dant 4 ans, qu’ils aient des inter­lo­cu­teurs pri­vi­lé­giés pour se repé­rer et que leurs dif­fi­cul­tés soient sui­vies de près.

Le conseil école-collège prévu dans le pro­jet de loi sur la refon­da­tion de l’école est-il une bonne idée ?

C’est une excel­lente idée ! Le saut est grand entre l’école et le col­lège. Les élèves passent d’une struc­ture un peu fami­liale, où tout le monde les connaît, à un monde épar­pillé, sans repère, dans lequel ils sont per­dus et dans lequel on les paume. Je suis donc très favo­rable au conseil école-collège.

Faut-il sup­pri­mer le redou­ble­ment ou le rendre « excep­tion­nel » ?

Le sup­pri­mer, peut-être pas. Mais il faut cepen­dant le rendre vrai­ment excep­tion­nel et ces­ser de le bran­dir comme une menace à tout bout de champ. En même temps, la crainte qu’il ins­pire motive par­fois les élèves. On pour­rait cepen­dant ima­gi­ner un moyen moins som­maire pour les moti­ver. Trop sou­vent on fait redou­bler les élèves, faute de solu­tion, sans aucun suivi l’année du redou­ble­ment, ni accom­pa­gne­ment, ni réflexion véri­table. Du coup, cela ne sert à rien. Cela aggrave même par­fois les choses.

Fallait-il abro­ger la loi Cherpion ?

La loi Cherpion abaisse l’âge de l’apprentissage à 14 ans. Elle est inquié­tante car à ce rythme, on pour­rait tout aussi bien ima­gi­ner 12 ans ou 10 ans. 14 ans, c’est très jeune. Il me semble que cela va contre l’idée de l’obligation de sco­la­rité jusqu’à 16 ans et empêche ces enfants d’acquérir un diplôme. Néanmoins, une solu­tion est à trou­ver pour ceux à qui le col­lège, dans sa forme actuelle, ne cor­res­pond abso­lu­ment pas et qui y perdent leur temps.

Charles Centofanti

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