PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Dans ses évaluations internes, l’Education nationale tend à répéter un même discours au fil des ans. Hélas, chaque réforme mise en place n’arrive pas à corriger le tir. Et la réforme du collège, qui entrera en application à la rentrée 2016, est loin de faire l’unanimité sur ses capacités réelles à changer véritablement la donne. Or, le collège unique est un système particulièrement injuste.

Dans une Note d’information publiée au mois d’août 2015, la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) brosse toujours le même constat accablant de la situation : entre la sixième et la troisième, le collège unique contribue à accroître les inégalités existantes en fonction de l’origine sociale et culturelle des élèves.

La DEPP relève que « le collège ne parvient pas à atténuer les inégalités sociales et tend à les accentuer en mathématiques et dans l’acquisition du vocabulaire scolaire, appelé aussi mémoire encyclopédique. » Le panel d’élèves suivis pour cette étude est entré en sixième en 2007.

La DEPP explique que « les tests cognitifs proposés en sixième et en troisième s’articulent autour de cinq épreuves :

– Mémoire encyclopédique (lexis) : le test mesure, sous forme de QCM, les capacités d’acquisition des connaissances, d’abstraction, de finesse sémantique. En s’appuyant sur le contenu des manuels scolaires, il concerne le vocabulaire mémorisé dans l’ensemble des disciplines.

– Mathématiques : le test mesure les capacités des élèves en calcul mental, problèmes, calculs d’horaires et d’unités, géométrie et logique.

– Traitement de phrases lacunaires : c’est une épreuve de compréhension qui met en jeu la mémoire syntaxique et la richesse du lexique.

– Lecture silencieuse : c’est une épreuve de compréhension mettant en jeu la capacité d’inférence.

– Raisonnement logique : le test consiste à compléter des séries de cartes à jouer.

Qu’est-ce que la mémoire ‘encyclopédique’ ? Forgé par le chercheur Alain Lieury, ce terme désigne la capacité de mémoire à long terme. Cristallisée par l’histoire de l’enseignement, elle est estimée à 2 500 mots en plus du vocabulaire courant en sixième et elle peut atteindre jusqu’à 17 000 mots en fin de troisième. La mémoire ‘encyclopédique’ apparaît comme un très bon prédicteur de la réussite scolaire. »

Pour faire simple, la DEPP constate que « l’environnement social et culturel est déterminant pour expliquer les inégalités d’acquisition des compétences en fin de troisième. Par ailleurs, le niveau de l’élève à l’entrée au collège reste un élément décisif, ce qui signifie que l’avenir scolaire de l’enfant est fortement déterminé dès la sixième. »

Au cours des quatre années du collège, les inégalités « se maintiennent pour la compréhension de textes courts, la maîtrise syntaxique et le raisonnement logique. Elles augmentent même pour deux autres compétences évaluées : les mathématiques et l’acquisition du vocabulaire scolaire. »

Et d’ajouter que « les performances varient selon l’origine sociale et l’environnement culturel. Ainsi, environ un tiers des enfants d’origine sociale défavorisée ne dépassent pas le premier quartile de scores aux évaluations standardisées, c’est-à-dire figurent parmi le quart des élèves qui réussissent le moins bien. À titre de comparaison, cette proportion se situe autour de 10 % chez les enfants d’origine sociale très favorisée pour toutes les épreuves sauf en raisonnement sur cartes à jouer où elle atteint 16 % ».

La DEPP relève aussi un détail intéressant, c’est que plus les élèves sont entourés de livres au quotidien et plus leurs performances sont élevées et ce quelle que soit la compétence évaluée. « À l’inverse, le temps passé devant la télévision est lié négativement à la réussite, les performances des élèves déclinant à mesure que la fréquence d’écoute augmente. »

Le collège unique fait peu de miracles, il ne fait que confirmer les tendances qui s’affichaient déjà au primaire. « Plus les scores obtenus aux évaluations standardisées de fin de sixième sont élevés, plus ceux obtenus en fin de troisième le sont aussi »

Mais ce que note aussi la DEPP, c’est que « le niveau de compétences observé en sixième intègre en partie l’influence du milieu familial de l’élève et de son capital social, qui ont déjà joué leur rôle avant l’entrée au collège. Ces résultats tendent à valider l’hypothèse selon laquelle les écarts entre les catégories sociales seraient fixés en grande partie à l’entrée en sixième. »

Et, en bout de chaîne, « les élèves de sixième les plus performants ont de meilleurs résultats que les élèves de troisième les moins performants ». Cependant, la DEPP note un « maintien des écarts sociaux au collège en compréhension de texte et en raisonnement logique ». En revanche, en mathématiques et en mémoire encyclopédique, les écarts s’accroissent.

(Crédits photos : CC BY 2.0 – Nacho)

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