PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Sous prétexte de respecter l’égalité réelle, le rapport sur la stratégie nationale de l’enseignement supérieur propose de réserver le droit d’accès au supérieur aux seuls bacheliers généraux. Les bacheliers technologiques et professionnels n’auraient accès au supérieur que sur autorisation et souvent après la réussite à un examen d’entrée. Ce rapport qui prétend démocratiser l’accès au supérieur remet aussi en selle le projet de Brevet professionnel supérieur. Ces deux mesures institueraient légalement un véritable apartheid universitaire.

Remis au président de la République le 8 septembre, le rapport rédigé par Sophie Béjean, présidente du Cnous, et Bertrand Monthubert, président de l’université de Toulouse III, sur la stratégie nationale de l’enseignement supérieur (Stranes) n’est pas une simple réflexion d’universitaires. C’est pour François Hollande « la base d’une feuille de route pour le gouvernement destinée à faire de la France une société apprenante ». Le président de la République annonce sa mise oeuvre immédiate avec un passage au Parlement dès cet automne. Présenté comme un levier de démocratisation du supérieur, le rapport recommande pourtant de mettre fin au droit d’accès des bacheliers non généraux au supérieur. Son application instaurerait une régression aux effets sans précédent pour les jeunes des quartiers populaires en barricadant le supérieur.

La nécessité d’augmenter le nombre de bacheliers généraux

Le rapport affiche la volonté de porter à 60% le pourcentage de jeunes dotés d’un diplôme du supérieur dans 10 ans et pour cela prétend « favoriser une réelle accession sociale » au supérieur.  » La colère gronde chez ceux qui sont les évincés du progrès. Ils ont compris que la méritocratie n’est trop souvent qu’un mythe visant à légitimer la persévérance des inégalités. Et c’est là l’une des causes de la crise morale de notre pays », n’hésitent pas à écrire les auteurs. Ils n’ont aucun mal à montrer les inégalités sociales d’accès au supérieur. Mais au final leurs propositions consistent à officialiser les barrage mis aux classes populaires vers le supérieur pour le préserver  de toute adaptation à ces nouveaux publics.

Par contre, « pour favoriser la progression sociale, des évolutions sont nécessaires dès le lycée » écrivent-ils. Ils montrent la stagnation historique des bacs généraux.  » Sans un relèvement du taux de bacheliers généraux et technologiques, l’objectif de porter 50 % d’une classe d’âge au niveau de la Licence est inatteignable », écrivent-ils. Car pour eux « poursuivre des études dans les conditions actuelles n’est pas pour les bacheliers professionnels une solution à leurs difficultés d’insertion professionnelle, car leur taux de réussite y est trop faible ». Autrement dit, pour les auteurs l’effort de démocratisation doit être fait sur le seul lycée.

Mais les bacs pro et technologiques relégués

Mais alors que faire des bacheliers professionnels et technologiques, soit aujourd’hui la grande majorité des bacheliers ? Le rapport recommande de bloquer leur passage vers le supérieur, bien entendu dans leur propre intérêt ! La proposition 13 met fin aux bacs professionnel et technologique  sésame vers le supérieur. Elle recommande de « permettre l’accès de droit aux Licences générales aux bacheliers titulaires d’un baccalauréat général. Dans les autres cas, un examen du dossier des bacheliers permettra d’apprécier leurs points forts et les compétences acquises et débouchera sur un avis favorable, réservé ou défavorable. Dans tous les cas, une place dans une des filières publiques de l’enseignement supérieur sera proposée à l’issue d’un conseil d’orientation post-secondaire, en proposant si nécessaire le passage par une passerelle et/ou un parcours adapté ». Présenté comme une gentille passerelle permettant d’adapter le supérieur au jeune bachelier, le « parcours adapté » pourra conduire tout simplement à un examen d’entrée dans le supérieur. Dans le même esprit de « réalisme » décomplexé, le rapport recommande d’en finir avec le thermomètre de l’efficacité universitaire :  » l’indicateur de réussite de la licence en 3 ans doit être remplacé pour prendre en compte la réalité des étudiants et de la diversité des réussites ».

Le retour de l’apartheid scolaire

Le rapport va encore plus loin pour les bacheliers professionnels en remettant en selle le Brevet professionnel supérieur proposé par G Fioraso et que l’on croyait enterré. Le rapport propose de « créer de nouvelles formations supérieures professionnelles (par exemple avec un « brevet professionnel supérieur ») dédiées aux bacheliers professionnels pour permettre à une fraction d’entre eux de valoriser leurs acquis et leur expérience ». Après avoir fait leur lycée dans une filière particulière, les jeunes des quartiers populaires, souvent issus de l’immigration, continueraient ainsi des études qualifiées de supérieures mais débouchant sur un diplôme spécifique dans une nouvelle filière post bac ségrégative. On aboutirait à la consolidation de l’apartheid scolaire qui se dessine actuellement.

Si le rapport a raison de soulever la question de l’accès au bac général et de la ségrégation sociale au lycée, les propositions du rapport sur l’orientation des lycéens aggraveraient les inégalités que le rapport prétend dénoncer. Sous prétexte de faire mieux réussir les bacheliers des familles populaires, le rapport fait du supérieur une forteresse au pied de laquelle pataugeraient les jeunes des quartiers relégués dans des classes spécifiques, confiées à des enseignants du secondaire, quémandant un improbable sésame. Ce rapport recevra sans doute l’agrément de nombreux universitaires. Mais, tel quel, il a tout pour créer de nouvelles difficultés dans les lycées technologiques et professionnels.

François Jarraud

Le rapport

Sur la filière BPS proposée par G Fioraso

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