PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Sciences Humaines – le 3 avril 2013 :

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Quelle perception les enfants ont-ils du monde social et de ses hiérarchies ? Deux sociologues ont interrogé une centaine d’élèves de 6 à 10 ans, en leur demandant de classer des métiers (architecte, fleuriste, vendeur de jouets) du plus prestigieux au moins prestigieux ou selon une dichotomie riche/pauvre. Ils ont surtout observé les discussions collectives qui s’ensuivaient. ?Leur enquête montre que les élèves socialement proches (en termes d’origine sociale ou de sexe) tendent à partager la même opinion. Comme Femi ou Hakim, Driss (père livreur, mère femme de ménage) pense par exemple que dans une usine, « les ouvriers, c’est eux qui font tout »tandis que le patron « est allongé dans son fauteuil ». Et quand Iris (père géologue, mère chercheuse) prend la parole pour dire qu’un patron « ça fait quand même plein de choses », Driss l’accuse de se liguer avec sa copine Camille, qui a la même opinion (« pourquoi tu la défends ? »). Autrement dit, pour les enfants, classer des métiers est aussi une manière de se classer (collectivement).

?En outre, là où les enfants issus des classes supérieures mettent en avant le niveau de diplôme ou le « sérieux » (« un métier c’est pas seulement du plaisir »), ceux issus des classes populaires jouent davantage sur la réussite économique et le caractère ludique de l’activité, incarné notamment par la figure du footballeur, l’une des rares figures de réussite sociale à laquelle ils peuvent s’identifier, ce qui montre, comme le soulignent les sociologues en conclusion, combien les enfants « expérimentent et s’approprient très tôt les rapports sociaux ».

 

Wilfried Lignier et Julie Pagis, « Quand les enfants parlent l’ordre social. Enquête sur les classements et jugements enfantins », Politix, vol. XXV, n° 99, 2012/3.

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