PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Print Friendly

In L’Expresso – le Café Pédagogique – le 5 mai 2014 :

Accéder au site source de notre article.


L’école républicaine peut-elle être inégalitaire ? On sait que la question est posée pour les élèves. La publication du Bilan social de l’Education nationale interroge aussi les inégalités internes qui s’avèrent très fortes pour des corps enseignants où l’égalité est une quasi religion. Inégalités de genre, ruptures géographiques, fractures de qualification, les inégalités sont nombreuses. Un vrai chantier pour un ministre qui fait de leur traque sa première mission… 

La géographie très particulière de l’éducation nationale 

L’Education nationale peut-elle avoir ses terres d’abondance et ses territoires déshérités ? La réponse est oui. Pire : l’éducation nationale a aussi ses territoires pièges, ceux où il ne faut surtout pas entrer parce qu’on ne pourra jamais en ressortir. Pour s’en persuader il suffit de regarder les cartes des entrées et des sorties réalisées avec les données du mouvement. 

Une particularité des enseignants chez les fonctionnaires c’est l’importance de leur mobilité. Le Bilan social en fait une transcription cartographique intéressante. On peut ainsi observer les territoires de l’éducation jusqu’au niveau départemental grâce au premier degré. Ainsi 5 départements réunissent plus de 20% des demandes des enseignants du premier degré : Paris, la Haute Garonne, la Gironde, la Seine et Marne et l’Hérault. Six départements comptent plus de 10 demandes d’entrées pour une sortie : les Pyrénées atlantiques, les Hautes Alpes, le Puy de Dôme, Les Pyrénées orientales et le Morbihan. Inversement dans le 93 il y a 279 demandes de sorties pour une entrée. Ainsi se dessine un croissant attractif qui va de la Basse Normandie jusqu’en Alsace, avec un coeur Paris. Inversement, apparaissent les départements pièges , ceux où les demandes de sortie ont toutes les chances d’être refusées : une large couronne autour de Paris , par exemple l’Oise. 

Des inégalités de salaire criantes 

En principe les écarts de rémunération entre corps d’enseignants devraient être faibles et transparents. Il n’en est rien. L’écart le plus connu concerne l’inégalité salariale selon le genre. En moyenne les enseignantes perçoivent 8% de salaire en moins que les enseignants. Cela tient au fait qu’on les retrouve plutôt dans les corps les moins bien rémunérés (par exemple elles sont plus nombreuses chez les professeurs des écoles que chez les agrégés) et avec plus d’interruption de carrière que les hommes. 

Mais sait-on que les écarts à l’intérieur des corps  sont encore plus importants ? On sait que les professeurs des écoles gagnent environ 5 000 euros de moins que les certifiés , qui ont pourtant les mêmes indices. Cela tient à la fois à l’absence d’heures supplémentaires et à des taux de promotion plus faibles. Mais qu’en est il à l’intérieur de ces corps ? Le Bilan social, qui pour la première fois a réalisé une étude exhaustive des rémunérations, montre que le salaire brut annuel peut aller de 21 900 à 29 300 euros pour un professeur des écoles âgé de 30 à 50 ans, de 24 384 à 35 210 pour un certifié. Il y autant d’écart à l’intérieur des certifiés qu’entre eux et le corps des agrégés qui a une autre échelle indiciaire. On mesure l’importance des promotions et des gratifications diverses qui peuvent être distribuées souvent de façon discrétionnaire. Plus on monte dans la hiérarchie plus les écarts augmentent. Chez les agrégés pour la même tranche d’âge l’écart atteint presque 20 000 euros ! 

Des inégalités éducatives 

Sur les 6 années de 2006 à 2012, les gouvernements ont entrepris une politique systématique de déqualification ciblée du personnel éducatif. D’abord en supprimant massivement des postes d’enseignants. De 2006 à 2012 on a perdu 4% des enseignants du primaire, 10% des professeurs du secondaire. Par contre on a gagné 20% de personnels d’éducation et de surveillance non titulaires. Quand au nombre d’enseignants non titulaires, il a doublé sur cette période. En clair on a remplacé des enseignants par des personnels moins qualifiés et payés. Ces modifications n’ont pas touché également les établissements. C’est dans les départements où on a du mal à recruter que l’on a fait le plus largement appel aux enseignants contractuels. Ainsi le jeu du mouvement et la politique gouvernementale de l’ancienne majorité ont creusé un écart que le Bilan social commence juste à dessiner. Les établissements populaires des départements les moins attractifs ont vu le nombre d’enseignants diminuer et le pourcentage de non titulaire augmenter alors qu’ils sont déjà touchés par un turn over important.. 

"Je ferai de la lutte contre les inégalités mon leitmotiv" dit volontiers Benoît Hamon. Finalement il a un ministère à la taille de ses ambitions. 

François Jarraud

 

Bilan social

Répondre