PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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UNIVERSITE D’ETE 2014 – FGPEP / PRISME

Créteil les 1er et 2 juillet

Monsieur Jean-Pierre VILLAIN, Président de la FGPEP :

Pour l’ouverture de cette nouvelle université d’été FGPEP / PRISME, PRISME / FGPEP, je voudrais dire deux choses, simplement : la première en direction de Jean ROUCOU pour le féliciter par rapport à notre partenariat ; un partenariat de confiance, de réflexion, d’efficacité, d’amitié qui se traduit par de très nombreuses rencontres et aussi par de nombreuses manifestations d’amitiés telle que celle, par exemple, de l’intervention remarquable de Danièle ZAY lors de nos dernières Rencontres PEP au Palais Brongniart, en décembre 2013.

Cette université d’été, ces universités, que nous mettons en place ensemble, Prisme et la Fédération générale des PEP, ont du sens, surtout dans la période que nous traversons. Je crois en effet que nous ne traversons pas seulement une crise morale ainsi qu’une crise de confiance majeure à l’égard du politique. C’est bien sûr effectivement le cas. Pas plus tard que ce matin, n’avons-nous pas appris la mise en garde à vue d’un ancien Président de la République ? Mais il y a peut-être pire que ces constats consternants.. La crise essentielle que nous traversons est une crise de la pensée politique. J’ai le sentiment que, au-delà des affaires comme on dit, il y a aujourd’hui en France un vrai problème de la pensée politique et, parlons clair, notamment à gauche.

On a le sentiment (je ne voudrais pas caricaturer les choses, c’est pourquoi je ne parle encore que de sentiment) que, quelque part, nos hommes politiques, et notamment à gauche, ont oublié « Les Lumières », et que s’ils ne les ont pas oubliées, à tout le moins, ils ne croient plus nécessaire de s’y référer, comme laissant à penser que les valeurs qui furent celles des Lumières étaient aujourd’hui devenues obsolètes ou dépassées..

Tout se passe donc comme si on avait oublié la nécessité de l’exercice exigeant et rigoureux de la pensée, l’exercice de la Raison, l’obligation éthique de savoir expliquer des choix, de les fonder dans une analyse précise et un diagnostic précis de la réalité. La crise du politique que nous traversons est donc bien plus profonde qu’une crise morale, elle est d’abord une crise de la pensée politique. Et c’est pourquoi des universités comme celle-ci ont pleinement du sens si on veut contribuer à aider LE politique à repenser sa façon actuelle de penser LA politique.

Pour le dire en un mot, on a le sentiment que la foi a repris le pas sur la raison. Ainsi certains, qui ne sont pas les moins éminents des citoyens, se convertissent (le terme, en tant que tel, est intéressant…) à l’économie de marché la plus libérale. Comme tous nouveaux convertis, ils traitent d’ailleurs aisément d’aveugles ou de sourds ceux qui n’auraient pas entendu plus tôt qu’ils auraient en fait selon eux été toujours convertis, et qu’on ne les aurait donc pas compris, alors même, pourtant, qu’à reprendre leurs discours d’hier, c’était bien leur foi d’aujourd’hui qu’ils condamnaient alors.

D’autres, au contraire, inversement, dénoncent, protestent, et vitupèrent, invoquant à tout va, une foi qui aurait été perdue, bradée, dilapidée et qu’il faudrait ardemment restaurer. On ne les entend pas davantage analyser.

Bref, dans les deux cas, foi contre foi, on a le même symptôme : où est la pensée ?

Ceci explique que disant cela, je ne crois pas nécessaire d’en rajouter sur le procès moral qu’on peut faire au politique aujourd’hui. En revanche, il est urgent de nous mettre ensemble au procès de l’insuffisance de pensée politique aujourd’hui. Non pas d’ailleurs contre le politique, mais pour lui, car nous le savons, rien ne serait pire, qui nous guette aussi, qu’un rejet en quelque sorte massif et ontologique du politique en tant que tel.

Aussi, je le dis très solennellement, il ne s’agit pas moins pour nous aujourd’hui que de tenter de remettre en quelque sorte en selle Le Politique, parce que mon discours, vous l’aurez bien compris, mais je le redis à nouveau, n’est pas du tout un discours anti-politique. C’est le contraire. Nous avons besoin d’aider le politique à repenser, à réexpliquer, à ré-argumenter ses positions, ses orientations. Il ne s’agit pas de se laisser aller à un troisième écueil qui serait celui de la dénonciation du politique. Il s’agit d’aider le politique à se remettre en selle, à penser et à expliquer sa pratique ; d’où l’intérêt, à nouveau, et l’importance d’ universités telles que celle-ci.

Les deux objets qui ont été retenus, les deux objets de pensée qui seront au cœur de cette université sont à mon avis hautement d’actualité. Nous allons avoir à travailler sur deux problématiques croisées : une problématique de l’action (on pourrait dire de l’action politique) avec une réflexion sur « quel est le lieu pertinent de l’action ? » C’est le problème des territoires, du redécoupage des territoires, des compétences accordées aux territoires ; certes la notion de territoires figure dans la loi pour la refondation de l’École de la République avec la notion de projet éducatif territorial. Elle est également en filigrane (quoique jusqu’où ?…) dans les projet de redécoupage des régions.   Il importe donc que l’on ne donne pas le sentiment aux citoyens que, sur ces questions fondamentales, on agit par simple opportunité politique ou pour faire plaisir à tel ou tel, sans se poser les questions centrales, qui touchent au sens de ce que l’on fait et du pourquoi on veut le faire : quel est le sens, quelle est la fonction, quel est le but de ces redécoupages ? Quel nouveaux rapports souhaite-ton qu’ils permettent, qu’ils favorisent, qu’ils développent entre les citoyens et leurs territoires ? Quelles dispositions envisage-ton de prendre précisément pour qu’il en soit ainsi ?

Dans la mesure où notre chance à nous, tient au fait qu’en aucun cas, nous ne pouvons être suspectés de pouvoir tirer profit de tel ou tel découpage éventuel, c’est à nous précisément de peser pour que les questions du sens, ne passent pas au second plan.

Cette première problématique en induit une autre. « Penser les territoires » amène nécessairement à repenser aussi les nouvelles modalités d’accès précisément au « penser », aux savoirs, soit encore aux nouvelles modalités d’explication, de transmission, et de réflexion de notre société coontemporaine. Aussi est-ce précisément le croisement de ces deux problématiques qui sera au cœur de cette université d’été. D’où les deux mots importants de gouvernance et d’apprenance qui figurent dans le sujet de cette université et dont je vous relis l’intitulé : « l’Éducation inclusive et partagée à l’aune des nouveaux formats de gouvernance et d’apprenance ».

Voilà. En vous redisant le plaisir que nous prenons à notre collaboration avec Prisme, et en me félicitant à nouveau des thématiques de nos travaux à venir, je vous souhaite, je nous souhaite, une bonne et fructueuse université d’été.

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