PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

Print Friendly

Face à la souffrance des élèves, manifeste, silencieuse, voire invisible dans la classe, un collège Éclair (Écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite) du Mans fait le choix de se battre. Comment prévenir le décrochage quasi inévitable de ces jeunes en leur permettant de retrouver une posture d’apprenant et une place dans la classe ? C’est l’objectif d’un dispositif de relais interne conçu et assumé conjointement par le collège et une association de prévention implantée dans le quartier.


a volonté d’améliorer la prise en charge des élèves en voie de décrochage a amené le Directeur académique des services de l’éducation nationale (Dasen) de la Sarthe à privilégier les dispositifs de proximité. La décision de fermeture de la classe-relais départementale a ainsi été l’occasion d’engager la réflexion sur les réponses possibles, au-delà des quelques élèves jusqu’alors pris en charge par cette classe. Une implantation sur le quartier manceau des Sablons, dont les deux collèges – Alain-Fournier et Val d’Huisne – sont classés Éclair, semblait s’imposer. Restant dans la logique de la classe-relais, la première idée a été une localisation externe, qui marque géographiquement et symboliquement la sortie de l’élève de la scolarité normale: une structure commune aux deux établissements entre les deux collèges, dans un local indépendant. Mais, très vite, les difficultés matérielles, le coût, la complexité prévisible du fonctionnement et surtout la volonté de responsabiliser fortement les enseignants ont orienté la réflexion vers un tout autre choix, une implantation dans chacun des deux collèges pour les seuls élèves de chaque établissement. Une structure bien identifiée par tous, plus rassurante, plus facile à mettre en place peut-être qu’une expérimentation sans cadre, hors de l’établissement. Pour donner naissance à ce dispositif nouveau au sein du collège Alain-Fournier, il a fallu un peu de temps, car, au début, les enseignants étaient plutôt perplexes : que faire avec ces élèves particulièrement en difficulté, pour lesquels ils se sentaient impuissants dans leurs classes ? Étaient-ils compétents pour une telle entreprise ? Cependant il s’est imposé à tous, à la fin d’une réunion de l’équipe éducative consacrée à cette question, qu’il y avait pour certains élèves un besoin évident d’accompagnement à penser, à définir et… à mettre en œuvre. C’est sur ce constat partagé que le chef d’établissement s’est appuyé pour lancer la réflexion sur les modalités logistiques et pédagogiques de mise en place du DRI (Dispositif relais interne) à créer ; avec, dès janvier 2011, la première question, celle des moyens : où prendre des heures ? Combien peut-on en dégager ? Sur quels partenaires s’appuyer ? La réponse conditionnait bien sûr la faisabilité du projet – les moyens spécifiques accordés n’étant pas suffisants à eux seuls – et permettrait de le définir collectivement.

Des choix fondateurs

Pour disposer d’heures, le principal a proposé de supprimer les dédoublements de classes, possibles jusqu’alors grâce aux moyens liés au classement du collège en établissement Éclair. Un certain nombre d’enseignants était attaché à cette possibilité d’enseigner en groupes restreints. Cependant, alors que la question posée offrait la possibilité d’un refus, l’idée a été acceptée, rendant la création possible. Outre les huit heures spécifiques attribuées dans la Dotation horaire globale (DHG), deux heures et demie supplémentaires ont ainsi été dégagées. Un des éléments qui a fédéré le groupe a été le choix du profil d’élève visé par le dispositif. D’emblée, il est posé que ce n’est pas l’élève perturbateur qui aura vocation à en bénéficier, mais l’élève en grande souffrance scolaire. Celle-ci peut prendre bien des formes : le mutisme, l’inhibition, l’absentéisme, tout comme, parfois, la perturbation des cours. D’ailleurs, hormis les comportements d’agitation, cette souffrance est souvent peu visible. Le repérage de l’élève nécessiterait donc en lui-même un vrai temps d’échange dans l’ensemble de l’équipe et la réponse ne pourrait être exclusivement scolaire. L’idée s’est immédiatement imposée de proposer à « la Sauvegarde » de s’associer à la définition du projet. Ce service de prévention spécialisée de l’association Sauvegarde Mayenne Sarthe, bien implantée dans le quartier, pourrait y avoir une part active si, comme c’était probablement le cas, des convergences d’objectifs et de pratiques se dégageaient. L’assemblée générale des personnels enseignants, qui constitue le conseil pédagogique, a chargé un petit groupe de professeurs de travailler sur le projet. Au moment de la définition des services, les enseignants intéressés par la structure et/ou en sous-service se sont regroupés pour constituer l’équipe enseignante du futur dispositif relais interne.

Un partenariat local riche

La proposition conjointe des deux principaux – le collège Val d’Huisne avait cheminé de la même manière – de participer à la définition du dispositif à naître et d’y jouer un rôle a tout de suite intéressé l’association, de l’intervenant de terrain au responsable, même si un débat interne a été indispensable avant la prise de décision. L’association ne risquait-elle pas d’être utilisée comme prestataire de services ? de brouiller son image dans le quartier ? En effet, les éducateurs accompagnaient déjà, dans le cadre de leur mission de protection de l’enfance, des jeunes du quartier de treize à quinze ans en voie de déscolarisation, ayant perdu le sens de l’école, absentéistes et désœuvrés. Cependant, ces accompagnements librement consentis et anonymes pour les loisirs et les projets des jeunes se révélaient très difficiles et atteignaient vite leurs limites, car à cet âge, il n’existe aucune alternative : le collège est obligatoire et la réponse ne traitait pas vraiment le problème de la déscolarisation. Bien sûr, l’association avait déjà ses entrées dans chacun des deux établissements, notamment pour des interventions ponctuelles plusieurs fois par an, en partenariat, sur la prévention des addictions, les discriminations, par exemple. L’intérêt pour l’équipe des éducateurs de prévention spécialisée c’était bien sûr de participer à une action préventive au décrochage, d’essayer, par une action commune, de maintenir et renforcer le lien de chaque jeune avec l’école, en touchant un public en partie inaccessible jusqu’alors. Objectif partagé avec le collège, mais bien évidemment avec ses propres moyens et sa culture, dans un réel partenariat.

À la rentrée 2011, la création dans la Sarthe des dispositifs relais internes, les seuls dans l’Académie, a incité les neuf établissements concernés, implantés dans les trois bassins, à travailler en réseau. Cette dynamique a été accompagnée, au niveau départemental, par l’IA-IPR EVS, coordinatrice académique, et le chargé de mission 2nd degré à l’IA 72. L’objectif était de diversifier, à l’interne, des mesures d’accompagnement et d’aide aux élèves décrocheurs ou en voie de marginalisation, en insistant sur la prévention. Il s’agissait également d’impliquer davantage les équipes dans la prise en charge collective de certains élèves.
Le bilan effectué à la fin de l’année scolaire 2011-12 est très positif. Les parcours individualisés (avec les horaires aménagés), proposés dans le cadre des dispositifs relais internes, sont construits en lien étroit avec les élèves et leurs parents, à partir des diagnostics établis par les professeurs principaux et les autres enseignants. Les séances d’apprentissage sont élaborées en référence au socle commun et aux enseignements disciplinaires. Les évaluations, systématiques, permettent de renseigner le LPC, support de dialogue régulier avec les élèves et les parents. Dans certains établissements, chaque élève bénéficie d’un tuteur qui l’accompagne dès son retour en classe, qui reste encore problématique.

L’engagement des professeurs et des CPE dans les DRI, piloté par les chefs d’établissement d’une manière volontariste, est fort et mérite d’être souligné. Si les DRI permettent d’apporter une réponse individualisée et temporaire à des situations d’élèves décrocheurs, ils exigent beaucoup d’énergie et de temps de la part des équipes de suivi. Une difficulté, entre autres, demeure, c’est le retour en classe normale. Cette démarche implique une coopération des équipes des DRI avec l’ensemble des professeurs.

Lucyna Moari, IA IPR EVS
Coordonnatrice académique des dispositifs relais 2010-2012