PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In L’Express – le 12 juin 2013 :

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Plus de 100 000 jeunes décrocheraient chaque année du système scolaire et l’Etat peine à les suivre. Convaincues que les dispositifs actuels "ne marchent pas", quatre enseignantes et doctorantes lancent Transapi, un projet d’éducation innovante. 

Transapi: "On ne se lève pas en se disant 'tiens, je suis un décrocheur scolaire'"

"Les décrocheurs, on a du mal à les compter, alors on attend qu’ils soient complètement hors système pour s’occuper d’eux et là, on n’y arrive plus. C’est un peu comme attendre que quelqu’un ait un gros nodule pour l’opérer d’un cancer, on ne fait pas de prévention."

afp.com/Frederick Florin

C’est l’histoire d’un problème pris à l’envers. Les dispositifs pour répertorier et mieux suivre les décrocheurs scolaires ont fleuri ces dernières années, du fichier "suivi orientation" de 2010 à l’assurance de "former 20 000 décrocheurs" en 2013 de Vincent Peillon. Mais l’Etat a beau s’acharner, il peine à chiffrer, répertorier et, plus dur encore, à accompagner les milliers de jeunes qui sortent du système scolaire sans diplôme chaque année. 

"Prenez Paris. On y compte 136 jeunes ‘repérés’ comme décrocheurs, explique Muriel Epstein, chercheuse et docteur en sociologie auteure d’une thèse sur les parcours scolaires des 16-25 ans. Mais on pense qu’ils sont environ 12 000, de 15 à 25 ans, à être non scolarisés et sans diplôme sur l’académie de Paris. Comme on a du mal à les compter, on attend qu’ils soient complètement hors système pour s’occuper d’eux et là, on n’y arrive plus. C’est un peu comme attendre que quelqu’un ait un gros nodule pour l’opérer d’un cancer, on ne fait pas de prévention." 

Des dispositifs qu’elle a pu observer, cette passionnée tire un constat: le "décrocheur" en tant que tel n’existe pas. Et, surtout, il ne se tournera pas vers des solutions qui le renvoient à une image de mauvais élève en situation d’échec. "Le décrochage dure en moyenne 30 mois, résume Muriel. Mais l’on ne se dit pas ‘tiens, je suis décrocheur’ du jour au lendemain, d’où l’idée de s’adresser à tous, même à celui qui n’est pas du tout coupé de l’école. Tant mieux s’il ne le devient jamais!" Avec trois autres enseignantes/doctorantes motivées, Sophie Bouccara, Elsa Goujard et Laëtitia Darmon ,elle a conçu des solutions plus souples et adaptées à différents profils. Transapi est né. 

Transapi? Littéralement "transmettre le savoir" –sapiens, en latin- est un projet d’éducation innovante, soutenu notamment par la Mairie de Paris et le ministère de l’Education nationale. Il tient en deux idées: 1) S’adapter aux différents profils existants avec des accompagnements qui vont d’un cadre de travail en autonomie à des atelier programmes, par exemple pour aider à préparer un examen. 2) Responsabiliser les jeunes et leur donner envie de s’impliquer". 

Comment impliquer ces jeunes pas toujours motivés? "Regardez", sourit Muriel en sortant son téléphone. "Quand j’organise un atelier et qu’un jeune n’est pas à l’heure, je lui écris pour lui demander si tout va bien, s’il est en retard, s’il est perdu, s’il va finalement annuler…" Et ça marche. "Tkt" -t’inquiète, ndlr-, lui répond un jeune qui arrivera quelques minutes plus tard. Un exemple parmi d’autres de la relation que l’équipe cherche à installer. Parce qu’on ne peut pas demander autant d’autonomie aux plus jeunes et parce que l’école est obligatoire avant, elles ont en revanche choisi de s’adresser aux plus de 16 ans. 

"On n’est pas des apprentis sorciers"

L’équipe qui porte le projet croit beaucoup à des méthodes d’enseignement alternatives. Leur mot d’ordre? "Ne pas de refaire des choses qui existent". "On ne peut pas continuer avec des méthodes qui ne fonctionnent pas. Il faut arrêter de croire que tout le monde fonctionne de la même manière!", grince une membre de Transapi.  

"J’ai enseigné les maths en faisant faire de la danse à une classe de garçons dans un lycée technique et ça fonctionnait très bien. Les rotations, les symétries, tout ça prend corps, au sens propre", renchérit Muriel. Sophie, doctorante au CRI, voit tout l’intérêt des jeux et des techniques numériques. "On a déjà testé pas mal de ’bouts’ de ce qu’on propose, on n’est pas des apprentis sorciers, ça fait des années qu’on explore ce qui se passe dans les établissements." Illustrations en vidéos:    

D’ailleurs, si vous êtes en train de réviser votre bac et que vous êtes seul chez vous, elles organisent un "Transapi Bac" ce mercredi 12 juin, de 14h à 17h aux pères populaires dans le 20e arrondissement où "toutes classes, toutes matières sont les bienvenus". Les participants pourront réviser en groupe, avec des enseignants pas loin pour répondre à leurs questions. Et c’est gratuit –plus d’informations ici

Muriel, Sophie, Elsa et Laëtitia et tous les jeunes qui se sont investis dans le projet cherchent maintenant des soutiens et financements pour pérenniser Transapi. Elles restent aussi ouvertes aux partenariats. Objectif: se mettre en route dès la rentrée prochaine. 

Si le projet vous intéresse, que vous souhaitez en savoir plus ou tout simplement contacter l’équipe, rendez-vous sur le site de Transapi. 

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