PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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On comptait à la rentrée 2011-2012 environ 400 000 élèves du secondaire qui résidaient en Zus. Illustration des difficultés de ces quartiers, parmi les 227 000 collégiens, une majorité (62,4 %) étudie dans un établissement de l’éducation prioritaire (Eclair ou RRS). Dans les collèges en Zus, le nombre moyen d’élèves par professeur est inférieur à celui situé en dehors (13,5 contre 15,2 en dehors des Zus), même si ces établissements situés en Zus subissent depuis sept ans une baisse plus marquée des effectifs d’enseignants. Les efforts en matière d’éducation prioritaire en collèges perdurent donc en 2011-2012.

Les élèves résidant en Zus sont nettement plus souvent issus de catégories sociales défavorisées que les autres élèves résidant dans leur unité urbaine. L’inactivité professionnelle (notamment féminine) des parents y est aussi plus importante. Ces phénomènes peuvent expliquer le moindre recours à la demi-pension.

En termes d’orientation, les élèves résidant en Zus sont deux fois moins nombreux en 1re générale et s’orientent majoritairement vers les filières professionnelles. Résider en Zus atténue les différences d’orientation observées par âge ou PCS mais renforce celles liées au sexe. Le retard scolaire est au collège plus fréquent pour les élèves résidant en Zus que pour les collégiens résidant en unités urbaines englobantes. Enfin, les établissements ayant une plus forte part d’élèves de Zus enregistrent des résultats en moyenne plus faibles aux examens et ce, même en prenant en compte les spécificités liées à l’environnement social des établissements (à l’exception notable des filières S et ES).

Sources et précautions d’usage

L’article qui suit se propose d’établir un panorama complet de la scolarité dans le secondaire en Zus pour l’année scolaire 2011-2012. Cet état des lieux général s’articulera en trois parties distinctes :

• des éléments de cadrage sur la scolarité dans le secondaire en Zus et en éducation prioritaire,
• les moyens pédagogiques dédiés aux quartiers,
• le profil des élèves de Zus, leur orientation, leurs résultats.

Pour ce faire, l’Onzus dispose de deux sources distinctes qui permettent d’étudier l’éducation en Zus selon deux angles différents.

La première concerne la situation des établissements publics situés en Zus (métropole et Dom), ainsi que celle de leurs élèves, qu’ils habitent ou non en Zus. Les indicateurs qui en traitent ont déjà été présentés dans les rapports précédents de l’Observatoire et proviennent des fichiers de gestion du ministère de l’Education nationale. Les données de base ont été rassemblées et codées par la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance de ce ministère) de manière à pouvoir distinguer les Zones urbaines sensibles (Zus) du reste du territoire. Jusqu’au rapport de l’année dernière, la méthode de géoréférencement utilisée permettant de déterminer si un établissement scolaire appartenait ou non à une Zus avait été établie en 1996 (géoréférencement 1996). Au cours des deux dernières années la Depp, avec le concours de l’IGN et du SG-CIV, a mené une révision de grande ampleur de ce zonage et abouti à une nouvelle classification (géoréférencement 2013) plus précise que la précédente. Si les écarts en pourcentages restent assez limités entre l’ancien zonage et le nouveau, certaines différences notamment en termes d’effectifs sont plus sensibles. Dans ce cadre, hormis quelques cas, nous présenterons cette année les chiffres des indicateurs selon le géoréférencement 2013 pour pouvoir commenter la situation sur l’année 2011-2012 et selon celui de 1996 pour apprécier les évolutions depuis l’année scolaire 2007-2008, période où avait cours l’ancien géoréférencement.

La seconde source concerne la situation des élèves résidant en Zus qu’ils soient ou non scolarisés dans ces quartiers. Les données utilisées sont issues des bases élèves académiques de l’année scolaire 2011-2012 (élèves des établissements publics et privés de métropole et des Dom hors Mayotte), rassemblées par la Depp et géolocalisées par l’Insee.

Sources et précautions d’usage (suite)

Selon les bases élèves académiques pour l’année 2009-2010 exploitées dans le rapport précédent, deux élèves sur trois résidant en Zus fréquentaient un établissement situé en dehors des Zus que ce soit pour une question de sectorisation, de suivi de filière particulière ou de stratégie d’évitement d’un établissement. Les établissements situés en Zus n’accueillaient quant à eux que 35 % d’élèves résidant en Zus. En d’autres termes, l’étude de la scolarité en Zus sous le seul angle de la localisation des établissements ne suffit pas. C’est pourquoi nous privilégierons dans cet article l’exploitation des bases élèves pour aborder les différents points. Toutefois, certains indicateurs de moyens (effectifs et profil des enseignants, dotation horaire ou nombre d’élèves par classe) ne sont pour le moment disponibles que du point de vue des collèges situés en Zus.

400 000 élèves scolarisés dans le secondaire résident en Zus

Pour l’année scolaire 2011-2012, environ 400 000 élèves du secondaire résident en Zus en France métropolitaine (tableau 1). Ils représentent 12,7 % de l’ensemble des élèves du secondaire des unités urbaines au sein desquelles ils habitent quand la part démographique correspondante des 11-18 ans est de 15,2 % 1 : les jeunes de Zus ont donc un poids inférieur dans le secondaire à leur poids démographique dans les unités urbaines englobantes. Au sein du secondaire, la part relative des élèves
scolarisés en collège est similaire entre ceux résidant en Zus et ceux résidant dans les autres quartiers des mêmes agglomérations (respectivement 56,9 % et 55,1 %). La répartition est par contre différente au lycée : la moitié des lycéens résidant en Zus suit une filière professionnelle, contre moins de 30 % pour ceux résidant dans une unité urbaine englobante.

La grande majorité des collégiens résidant en Zus bénéficie de l’éducation prioritaire

Si les établissements de l’éducation prioritaire (encadré Le réseau de l’éducation prioritaire) ne se situent pas obligatoirement au sein des zones urbaines sensibles2, ils drainent une large majorité des collégiens qui y résident (tableau 2) : 62,2 % d’entre eux, soit environ 141 000 collégiens, en bénéficient, contre 16,5 % des élèves résidant hors d’une Zus dans une unité urbaine contenant une Zus.

Le réseau de l’éducation prioritaire

Le programme Ecoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite (Eclair) mis en place pour la rentrée 2011-2012, intègre les établissements du programme Collèges et lycées pour l’innovation, l’ambition et la réussite (Clair) ainsi que la plupart des écoles et des collèges des Réseaux ambition réussite (RAR).

Ses objectifs principaux sont :

– d’améliorer le climat scolaire et de faciliter la réussite de chacun,
– de renforcer la stabilité des équipes,
– de favoriser l’égalité des chances.

Depuis la rentrée 2012, 336 établissements scolaires du second degré et 2 139 écoles du premier degré sont concernés par le programme Eclair.

Plus précisément dans le secondaire à la rentrée 2012 on compte :

• 301 collèges (dont 155 en Zus),
• 17 lycées généraux technologiques ou polyvalents (dont 8 en Zus),
• 18 lycées professionnels (dont 1 en Zus).

A ces établissements Eclair s’ajoutent les établissements en réseaux de réussite scolaire (RRS). La différence avec les établissements Eclair réside principalement dans la priorité donnée aux établissements Eclair dans l’affectation de moyens supplémentaires.

A la rentrée 2013, on compte dans le dispositif RRS 4 457 écoles publiques et 781 collèges publics (dont 179 en Zus).
Outre la réforme des rythmes scolaires, la rentrée 2013 a été marquée par la création de plus de 3 000 postes supplémentaires d’enseignants dans le primaire et 4 200 dans le secondaire afin de prendre en compte notamment l’évolution démographique de ces dernières années. Dans les établissements du primaire de l’éducation prioritaire cette création de postes d’enseignants supplémentaires s’opère notamment au travers de l’accent mis sur la scolarisation des moins de 3 ans ou dans le cadre de l’opération « plus de maîtres que de classes ».

Près d’un collégien sur deux et moins d’un lycéen sur cinq résidant en Zus étudient dans un établissement situé en Zus

Les élèves du secondaire résidant en Zus fréquentent dans deux tiers des cas (67,4 %) un établissement public situé en dehors de la Zus (tableau 3). Si l’assouplissement de la sectorisation de 2007 a légèrement amplifié les stratégies d’évitement des établissements de l’éducation prioritaire3, qui accueillent en moyenne davantage d’élèves de Zus que les autres établissements, c’est principalement la localisation des établissements qui explique cette part importante d’élèves résidant en Zus et scolarisés à l’extérieur de ces quartiers. De nombreux établissements se situent en effet en limite de Zus, et accueillent un nombre significatif d’élèves résidant en Zus sans y être situés. De plus, un certain nombre de Zus ne comptent aucun établissement du secondaire, l’établissement correspondant au secteur étant ainsi très souvent situé en dehors de la Zus. Enfin, les données permettant de localiser un établissement selon qu’il est ou non situé en Zus ne concernent que les établissements publics. A ce titre, elles ne permettent donc pas d’identifier les établissements privés situés en Zus dans lesquels certains élèves résidant en Zus peuvent être accueillis. Ce défaut de données minore également la part d’élèves à la fois résidant et étudiant en Zus.

Derrière ce constat général, la situation est assez différente entre collèges et lycées. Les premiers, en tant qu’établissements de proximité, sont plus souvent situés en Zus : en 2013, 335 Zus comprennent ainsi au moins un collège, 101 au moins un lycée proposant une filière générale ou technologique et 117 au moins un lycée proposant une filière professionnelle. De ce fait, près d’un collégien sur deux résidant en Zus étudie dans un collège situé en Zus. Au lycée, cette part ne s’élève plus qu’à 17 % pour les élèves des filières générales ou technologiques et à 15 % pour ceux fréquentant un lycée professionnel. La plus grande taille des secteurs des lycées et les différentes spécialisations des établissements du second cycle contribuent à ces différences entre le collège et le lycée.

La proportion d’élèves résidant en Zus scolarisés dans un établissement situé lui-même en Zus est par contre bien plus élevée si la Zus comporte au moins un établissement pouvant les accueillir. Ainsi, 63,2 % des collégiens résidant dans une Zus comprenant au moins un collège, étudient dans un établissement situé en Zus (contre 43,4 % sur l’ensemble des élèves résidant en Zus). Pour les lycées, l’effet est plus important notamment pour les filières générales et technologiques, même s’il concerne un nombre d’élèves plus limité : 50,8 % des lycéens suivant une filière générale ou technologique et résidant dans une Zus, où existe au moins un établissement proposant de telles filières, étudient en Zus (contre 17,1 % pour l’ensemble des lycéens des mêmes filières résidant en Zus). L’écart est moins important pour les lycées proposant au moins une filière professionnelle : 29,8 % des lycéens de filière professionnelle résidant dans une Zus où il existe cette filière étudient dans un établissement situé en Zus (contre 15 % de l’ensemble des lycéens de filière professionnelle résidant en Zus). Cette différence réelle mais plus faible tient aux spécialisations plus importantes des filières professionnelles qui conduisent les lycéens concernés à étudier dans un établissement proposant la spécialisation qu’ils ont choisie.

La majorité des élèves des collèges et lycées situés en Zus résident dans un quartier hors Zus

Symétriquement, les établissements situés en Zus ont un recrutement plus large que les seuls élèves résidant en Zus : à l’exception des collèges, pour lesquels une légère majorité des élèves (52,8 %) habite en Zus, ceux-ci sont minoritaires dans les lycées (tableau 4) : un lycéen sur six de filières générales ou technologiques étudiant en Zus réside en Zus, et moins d’un lycéen sur quatre de filières professionnelles est dans le même cas.

De nombreux établissements qui accueillent un nombre significatif d’élèves résidant en Zus ne se situent pas en Zus

Du point de vue des établissements, plus que leur localisation, la part d’élèves résidant en Zus au sein des collèges ou des lycées est un indicateur pertinent pour rendre compte de la scolarité en Zus. Afin d’avoir une idée plus précise des taux de fréquentation des établissements du secondaire par des élèves résidant en Zus, les établissements ont été répartis en groupes selon la part d’élèves résidant en Zus (tableau 5). Au sein des collèges, les deux premiers groupes, qui accueillent la part la plus faible d’élèves résidant en Zus, représentent la très grande majorité des établissements (près de 83 %). Le dernier groupe d’établissements, dans lequel plus d’un quart des élèves résident en Zus, comprend 676 collèges, soit environ 10 % des établissements. Les collèges situés en Zus sont majoritairement classés dans ce dernier groupe (56,4 %) Pour les lycées, la surreprésentation des filières professionnelles a une incidence sur les parts d’élèves résidents de Zus. Ainsi, seuls 15,7 % des lycées proposant des filières générales comprennent plus de 10 % d’élèves résidents de Zus contre 37,7 % des lycées proposant des filières professionnelles. Pour les lycées situés en Zus, dans les deux cas le groupe le plus représenté est le groupe 3 (de 10 à 25 % d’élèves) mais pour les filières générales ou technologiques il est suivi du groupe 2 (moins de 10 % d’élèves) alors que pour les filières professionnelles il est suivi du groupe 4 (plus de 25 % d’élèves).

Une baisse du nombre d’établissements et des effectifs scolaires du secondaire en Zus plus marquée que celle observée en dehors de ces quartiers.

La partie suivante aborde les moyens alloués aux quartiers sous l’angle des établissements situés en Zus.

On comptait à la rentrée 2011 environ 338 500 élèves du secondaire scolarisés dans les établissements situés en Zus, 186 000 collégiens, 113 000 lycéens de filières générales ou technologiques, un peu moins de 40 000 lycéens de filières professionnelles. Par rapport à la rentrée 2007, les effectifs scolaires ont sensiblement baissé dans ces établissements (-7,3 %).

Or, cette baisse des effectifs scolaires au sein des établissements situés en Zus va à l’encontre de ce que l’on observe sur les autres établissements. En dehors des Zus, les effectifs scolaires ont progressé de 0,8 % par rapport à la rentrée 2007 avec principalement une augmentation des effectifs scolaires en collège de 3,0 %.

On peut avancer deux explications à cette évolution différenciée. D’une part, et contrairement au reste du territoire, la population des moins de 20 ans  continuerait de diminuer en Zus ; d’autre part cette baisse pourrait traduire des stratégies d’évitement des collèges en Zus encouragées par l’assouplissement de la carte scolaire qui, depuis 2007, aurait ainsi renforcé le flux d’élèves normalement scolarisés en Zus vers des établissements situés à l’extérieur de ces quartiers.

A la rentrée 2011, 620 établissements du secondaire se situaient en Zus : 417 collèges et 203 lycées soit près de 8,0 % des collèges et lycées à l’échelle nationale (tableau 7). En quatre ans, le nombre d’établissements publics du secondaire implantés en Zus (collèges et lycées) a baissé de 3,4 % soit une diminution très supérieure à celle observée dans le même temps pour les établissements situés en dehors des Zus (-0,4 %). Le nombre de lycées a le plus baissé (-5,5 % en Zus, -1,8 % en dehors des Zus).

Un nombre d’élèves par professeur qui reste favorable aux collèges en Zus

A la rentrée 2011, un peu moins de 14 000 enseignants étaient affectés dans les collèges situés en Zus. En quatre ans, leur nombre a baissé près de six fois plus vite en Zus qu’en dehors de ces quartiers (-10,4 % contre -1,8 %) (tableau 8).

Pour autant, du fait de la tendance à la baisse plus marquée de la démographie des élèves, l’évolution du nombre d’élèves de collèges par enseignant reste favorable en moyenne aux collèges situés en Zus (graphique 1). On compte ainsi en moyenne moins de 14 élèves par professeur pour l’ensemble des collèges de ces quartiers contre plus de 15 dans ceux situés à l’extérieur. Cela traduit les efforts publics consentis en termes de personnels enseignants dans le cadre de l’éducation prioritaire qui concerne un grand nombre des collèges en Zus : il y a davantage de professeurs par élèves dans les collèges en Zus. Ce ratio (le nombre d’élèves par professeur) a diminué pendant cinq ans, de 2003 à 2008, tandis qu’il augmentait en dehors des Zus. Puis, sur les deux dernières années, il augmente de nouveau en Zus, suivant la même tendance qu’en dehors.

L’analyse englobe toutes les catégories de professeurs, et ne distingue pas les statuts des enseignants entre les collèges en Zus et ceux en dehors de ces quartiers : les enseignants non référents, qui ont un rôle d’appui à l’enseignement en ne dispensant que quelques heures par semaine aux élèves, pourraient être surreprésentés dans les établissements en Zus.

La baisse des effectifs des enseignants des collèges en Zus s’accompagne d’un recul du nombre de jeunes professeurs (moins de 30 ans), du fait notamment d’un renouvellement non systématique des départs en retraite (graphique 2). Pour autant, la part des enseignants de moins de 30 ans en Zus, a priori moins expérimentés, reste en 2011-2012 nettement supérieure à celle des autres établissements (17,9 % contre 12,0 % en dehors des Zus). Mais l’écart depuis quatre ans entre Zus et hors Zus se réduit peu à peu (8,2 points d’écart en 2007-2008 contre moins de 6,0 en 2011-2012).

Parallèlement, le taux de rotation des professeurs de moins de deux ans d’ancienneté dans un même établissement diminue : la baisse depuis l’année 2009-2010 est plus marquée dans les établissements en Zus. L’écart ne cesse donc de se réduire entre les deux zones géographiques et apparaît comme étant assez faible. On compte ainsi 30,6 % des enseignants de collèges situés en Zus ayant moins de deux ans d’ancienneté dans l’établissement contre 28,4 % dans les collèges des autres quartiers.

Des efforts accrus en matière d’éducation prioritaire dans les collèges en Zus en termes de nombre moyen d’élèves par classe et de dotation horaire

Le nombre d’élèves par classe a augmenté quelle que soit la zone considérée et de manière plus prégnante dans les collèges en dehors des Zus : à la rentrée 2011, il était de 20,3 élèves dans les établissements en Zus et 23,1 élèves dans les établissements en dehors des Zus (graphiques 3). L’écart selon l’implantation des établissements (en Zus ou hors Zus), illustre les recouvrements partiels entre le zonage politique de la ville et le réseau d’éducation prioritaire. Ainsi, les efforts pour maintenir des classes de plus petits effectifs dans les établissements classés en éducation prioritaire expliquent la moindre densité des classes dans les établissements implantés en Zus. La rentrée 2011 marque une certaine rupture avec les années précédentes
en enregistrant pour la première fois une augmentation sensible du nombre d’élèves par structure par rapport à la rentrée 2010 (+0,2 dans les collèges de Zus, +0,4 dans les collèges en dehors des Zus). La dotation horaire par élève (le nombre d’heures de cours dispensées par un professeur et reçues en moyenne par élève) est plus élevée dans les établissements en Zus (1,43) que dans ceux des autres quartiers (1,22). En quatre ans, cette dotation horaire a très légèrement baissé dans les établissements hors Zus et est restée stable dans les établissements en Zus après une hausse sensible entre les rentrées 2005 et 2006. Plus précisément, la dotation horaire en Zus a progressé durant cette période surtout grâce à l’augmentation des Activités à responsabilité établissement (ARE) : ces ARE correspondent à des heures de « décharges établissement ». Il s’agit par exemple de déployer des activités de coordination pédagogique ou d’assistance informatique.

Les élèves résidents de Zus sont issus de milieux nettement moins favorisés

La population résidant en Zus est caractérisée par une plus grande précarité. Le taux d’élèves issus de milieux défavorisés (encadré Appartenance sociale des élèves du secondaire) s’élève ainsi au collège à 65 % pour les élèves résidant en Zus contre 31 % pour les élèves résidant hors Zus dans une unité urbaine abritant une Zus (graphique 4). Inversement, les catégories favorisées et très favorisées ne représentent que 12 % des collégiens résidant en Zus contre 41 % des collégiens résidant hors Zus. Ces écarts s’amplifient dans le second cycle général et technologique, tandis qu’ils sont légèrement réduits dans le second cycle professionnel. Cette plus forte proportion d’élèves d’origine sociale modeste en Zus a des conséquences importantes sur l’orientation et la réussite scolaire. Les lycéens qui résident en Zus et qui étudient dans un établissement situé en dehors des Zus ont un profil similaire à ceux des lycéens qui résident et étudient en Zus. En revanche, les collégiens résidant dans une Zus et qui vont dans un collège en dehors des Zus sont moins souvent issus de classes défavorisées, en particulier si la Zus où ils habitent comporte au moins un collège. Ils sont ainsi 55 % issus de classes défavorisées (contre 65 % pour l’ensemble des collégiens résidant en Zus), 27 % issus de classes moyennes (contre 23 %) et 18 % issus de classes favorisées (contre 12 %). Cela traduit probablement des stratégies d’évitement d’établissements.

Appartenance sociale des élèves du secondaire

Le profil social des élèves est calculé à partir de la catégorie socioprofessionnelle regroupée, (nomenclature Insee des PCS) de leur responsable légal (parents, tuteur…). Ce regroupement reprend le principe utilisé pour les indicateurs Ival (Indicateur de valeur ajoutée des lycées). Il est établi d’après les proximités de résultats scolaires des élèves observées dans les différentes
études conduites sur la question des inégalités sociales de scolarisation.

L’indicateur répartit les élèves en trois groupes sociaux :

La catégorie dite « défavorisée » comprend les ouvriers, qualifiés et non qualifiés, les ouvriers agricoles, les retraités employés ou ouvriers et les personnes sans activité professionnelle.
La catégorie dite « moyenne » comprend les agriculteurs exploitants, les artisans, les commerçants et assimilés, les employés administratifs et du commerce, les policiers et militaires, les personnels de service direct aux particuliers (employés d’hôtellerie et de restauration, concierges…), les retraités agriculteurs exploitants, les retraités artisans, commerçants ou chefs d’entreprise.
La catégorie dite « favorisée » comprend les professions libérales, les cadres de la fonction publique et des entreprises, les enseignants, les professions de l’information, des arts et du spectacle, les chefs d’entreprise de dix salariés ou plus, les « professions intermédiaires » de la santé et du travail social (infirmiers, éducateurs spécialisés…), de la fonction publique, du commerce ou des entreprises, les techniciens, les contremaîtres, les agents de maîtrise, les retraités cadres et professions intermédiaires.

Les élèves du secondaire résidant en Zus sont en moyenne deux fois moins nombreux que ceux résidant en dehors des Zus à être demi-pensionnaires

La faible part des demi-pensionnaires chez les élèves résidant en Zus (graphique 5) par rapport à ce que l’on observe pour les élèves ne résidant pas en Zus est particulièrement sensible au collège : 32 % des collégiens résidant en Zus sont demi-pensionnaires contre 62 % des résidents d’unités urbaines comprenant une Zus. Le pourcentage de demi-pensionnaires parmi les élèves résidant en Zus reste stable du collège au lycée général et technologique, alors qu’il diminue pour les élèves résidant hors Zus, en particulier dans les lycées professionnels, tout en restant nettement supérieur à celui des élèves de Zus. La composition sociale des Zus contribue à expliquer ce phénomène : les catégories sociales défavorisées ont tendance à moins bénéficier du régime de demi-pensionnaires et ce notamment pour raisons financières. Cela étant, on observe encore des différences significatives à catégories socioprofessionnelles identiques, même s’il ressort que l’écart entre les parts de demi-pensionnaires parmi les élèves résidant en Zus et hors Zus se resserre à mesure qu’on se rapproche de la catégorie sociale favorisée. L’hypothèse du rôle des moyens financiers des parents dans la détermination du régime scolaire des élèves est aussi évoquée dans l’étude de l’Insee Cantines des collèges de l’Essonne : une fréquentation sensible au revenu des familles4. L’écart observé entre les parts de demi-pensionnaires chez les élèves résidant en Zus et hors Zus résulte donc non seulement de différences géographiques (les élèves vivant en milieu urbain étant plus rarement demi-pensionnaires), sociales et culturelles5, mais aussi d’inégalités de revenus des familles, en moyenne plus défavorisées en Zus. Liée à cette différence de revenus, l’inactivité – et notamment féminine – plus importante en Zus, en donnant plus facilement à une mère de famille la possibilité de préparer un repas à domicile le midi pour ses enfants contribue également à expliquer cette proportion plus faible de demi-pensionnaires chez les élèves résidant en Zus.

Près de trois élèves sur cinq résidant en Zus s’orientent vers la voie professionnelle à l’entrée de la 1re

Les éléments présentés en termes d’orientation ne décrivent pas la démarche d’orientation mais les répartitions en résultant. Les conclusions rendent cependant assez fidèlement compte de ce processus. En 1re, les élèves résidant en Zus sont deux fois moins souvent scolarisés en filière générale que ceux résidant en dehors des Zus (26 % contre 51 % pour les élèves des unités urbaines à Zus). Ils sont au contraire beaucoup plus nombreux à suivre une filière professionnelle (54 % des élèves résidents de Zus, 30 % hors Zus, graphique 6). La généralisation de la réforme de la filière professionnelle pour l’année scolaire 2011-2012 a profondément modifié l’orientation scolaire en 1re sur ces filières. Depuis 2011-2012, le cursus usuel pour préparer un Bac professionnel consiste à entrer dans une filière menant à ce diplôme en trois ans. L’obtention d’un BEP reste possible en cours de cursus comme certification intermédiaire. Aussi, la filière plus représentée en 2011-2012 pour les élèves résidant en Zus est la 1re professionnelle (35 %) loin devant la 1re CAP, la terminale BEP devenant assez marginale. L’écart le plus important entre Zus et unités urbaines à Zus concerne pour ces voies professionnelles les 1res CAP qui représentent plus du double en Zus (14 %) qu’en unités urbaines comprenant une Zus (6 %). Dans la filière générale, la 1re S est la plus discriminante statistiquement : la part des élèves résidant hors Zus en 1re S est plus du double de celle des élèves résidant en Zus (respectivement 27 % et 12 %). La voie technologique représente enfin 20 % des élèves de 1re résidant en Zus et 18 % des élèves résidant hors d’une Zus dans une unité urbaine comprenant une Zus.

Les filles, quel que soit leur lieu de résidence, sont proportionnellement plus nombreuses que les garçons en 1re générale et technologique, et les garçons plus nombreux en 1re professionnelle. En 1re générale, les écarts de répartition par sexe diffèrent selon la filière. En 1re S, en Zus comme hors Zus, les garçons sont proportionnellement plus nombreux, mais l’écart filles/garçons est moins marqué parmi les résidents en Zus. Dans les filières économique et sociale (ES) et littéraire (L), les filles sont proportionnellement plus nombreuses que les garçons et l’écart est légèrement plus marqué en Zus. Enfin, la part des filles (29 %) et surtout des garçons (42 %) qui s’orientent en 1re professionnelle est importante, l’écart fille/garçon étant légèrement moins important en Zus.

L’effet Zus nivelle les différences en termes d’orientation observées par âge ou catégorie sociale et accentue celles liées au sexe

Trois modélisations logistiques permettent de mesurer, toutes choses égales par ailleurs, l’effet propre du fait de résider en Zus sur l’orientation vers telle ou telle filière en fonction de différentes caractéristiques (sexe, âge et PCS). Premier constat, le fait de résider en Zus pour un individu de référence (une jeune fille âgée de 16 ans, issue d’une classe moyenne) augmente davantage la probabilité d’une orientation en filière professionnelle (37,9 % de chance contre 25,6 % pour le même individu vivant en dehors des Zus), que celle en filière technologique (25,0 % contre 21,7 %) et diminue fortement celle en filière générale (38,1 % contre 52,7 %). Les effets du sexe, de l’âge, de la PCS vont dans le même sens que l’individu de référence réside ou non en Zus.

Ainsi :

• les garçons ont plus de chances d’étudier en filière professionnelle et moins de chances d’étudier en filière générale ;
• le fait d’être issu d’une classe favorisée augmente les chances d’étudier en filière générale et diminue celles d’étudier en filière professionnelle. A l’inverse, le fait d’être issu d’une classe défavorisée augmente les chances d’étudier en filière professionnelle et diminue celles d’étudier en filière générale ;
• les plus âgés (18 ans ou plus) auront en 1re moins de chances d’étudier en filière générale et plus de chances d’étudier en filière professionnelle et ce, à l’inverse des moins de 16 ans.

Pour autant, en dehors du sexe, les différences que l’on observe entre les différentes catégories de personnes sont moins tranchées lorsque le lieu de résidence est situé en Zus. Par exemple, toutes choses égales par ailleurs, une fille ne différant d’un individu de référence que par son appartenance à une classe favorisée aura 17,1 % de chances en plus d’étudier en filière générale si elle réside en Zus contre 23,1 % si elle réside en unité urbaine englobante. A l’inverse, elle aura 10,6 % de chances de moins d’étudier en filière professionnelle contre 15,2 % si elle réside en unité urbaine englobante. Les différences d’âge sont
également moins marquées en Zus. En revanche, l’écart par sexe a tendance à s’accentuer en Zus : un garçon résident de Zus issu de la classe sociale moyenne et âgé de 16 ans à 17 ans aura encore plus de chances d’étudier en filière professionnelle par rapport à une fille ayant les mêmes caractéristiques s’il réside en Zus.

Le retard scolaire plus fréquent au collège chez les résidents de Zus

En France entière à la rentrée 2011, 12,3 % des élèves entrant en 6e pour la première fois avaient un an ou plus de retard scolaire (tableau 10). En Zus, ce pourcentage atteint 21,8 % (12,7 % en unités urbaines à Zus). Il est donc relativement 1,72 fois plus élevé que dans des quartiers environnants. Les filles ont de manière générale de meilleurs résultats scolaires que les garçons. Elles sont de fait moins nombreuses à accuser au moins un an de retard au collège. Cependant, les filles comme les garçons qui résident en Zus accusent des taux de retard plus importants que les collégiens résidant en dehors de ces quartiers. Les différences de taux de retard selon que les collégiens résident en Zus ou non sont fortement liées aux différences de PCS qui existent entre les populations Zus et les autres. En effet, plus la catégorie sociale est favorisée, plus les taux de retard sont faibles. Toutefois, même à catégorie sociale comparable, les collégiens résidents de Zus sont plus souvent en retard scolaire que les collégiens résidant dans des autres quartiers.

Une réussite scolaire plus faible pour les établissements à forte proportion d’élèves résidant en Zus

Le croisement de la base élèves avec les résultats de l’ensemble des établissements du secondaire au diplôme national du brevet (DNB) et au baccalauréat permet de ne plus se limiter à l’analyse de la réussite scolaire selon la localisation en Zus ou en dehors des Zus des établissements. On constate ainsi que les taux de réussite au diplôme national du brevet (DNB) des collèges diminuent quand la proportion d’élèves résidant en Zus augmente dans l’établissement (graphique 7). Pour les établissements où cette proportion est faible, les taux de réussite au DNB dépassent 85,0 % tandis que dans ceux où plus de la moitié des élèves résident en Zus, il n’est que de 73,2 %. L’écart entre les groupes est plus fort chez les garçons que chez les filles, la population masculine étant plus exposée à l’échec scolaire. Les collèges accueillant une plus grande part d’élèves de Zus ont une population où la proportion des PCS défavorisées est plus importante (67 % pour les collèges ayant plus de 50 % d’élèves de Zus contre 33 % pour les collèges n’ayant aucun ou moins de 10 % d’élèves de Zus). Or, réussite scolaire et origines
sociales des élèves sont deux composantes très liées. Ce différentiel de classes sociales défavorisées contribue à expliquer ces écarts importants de réussite au DNB notamment chez les garçons.

La composition sociale des établissements nous impose donc de ne pas nous limiter aux taux bruts de réussite. La part d’élèves issus de classes sociales défavorisées est plus importante dans les établissements à forte concentration d’élèves de Zus et cette composition sociale constitue sans doute un handicap dans leur parcours scolaire. Pour contourner ce biais, est calculé un taux de réussite appelé « taux attendu », qui tient compte de la catégorie sociale, de l’âge, du sexe, et du niveau de l’élève à l’entrée de l’établissement. Pour l’instant, cette méthodologie n’est disponible que pour les lycées, les résultats au DNB permettant d’avoir une idée du niveau initial des élèves en 2nde. L’absence d’une telle information à l’entrée de la 6e limite les possibilités pour les collèges. Par ailleurs, sont pris en compte également dans le modèle les caractéristiques sociodémographiques du lycée où est scolarisé l’élève, car la réussite scolaire est très sensible au contexte du lieu de scolarisation (pourcentage d’élèves en retard scolaire, pourcentage d’élèves selon chaque catégorie sociale, pourcentage de filles). C’est sur ce principe qu’est calculé pour chaque lycée un taux de réussite attendu pour approcher l’action propre du lycée, ce qu’il a en quelque sorte « ajouté » au niveau initial des élèves qu’il a reçu en fonction du contexte sociodémographique qui était le sien. Ce taux attendu n’est pas un objectif, mais une simulation de ce que serait le taux de réussite de chaque lycée si ces élèves connaissaient le même succès au baccalauréat que l’ensemble des candidats ayant les mêmes caractéristiques propres (âge, catégorie sociale, sexe, niveau scolaire à l’entrée de seconde) dans des établissements ayant les mêmes caractéristiques (taux d’élèves en retard, taux d’élèves selon chaque catégorie professionnelle, taux de filles). Si l’écart entre le taux brut et le taux attendu (taux brut – taux attendu), appelé « apport » ou « valeur ajoutée », est positif, on a tout lieu de penser que le lycée a apporté aux élèves qu’il a accueillis plus que ce que ceux-ci auraient reçu s’ils avaient fréquenté un établissement situé dans la moyenne, ce qui est l’indice d’une bonne efficacité relative. Si l’écart est négatif, la présomption inverse prévaudra. Cette approche relative permet une comparaison avec l’efficacité moyenne. Elle n’implique évidemment pas que les lycées ayant un apport ou une valeur ajoutée négative voient baisser le niveau de leurs élèves au cours de leur scolarité. De manière brute comme pour le DNB, quelle que soit la filière retenue, plus la part de résidents de Zus augmente, plus les taux bruts de réussite au Bac diminuent (tableau 11). L’analyse de la valeur ajoutée médiane montre toutefois que les écarts entre les taux bruts de réussite au Bac et les taux attendus sont assez faibles y compris dans les établissements où la part des élèves de Zus est importante. Cela étant, même en prenant en compte l’environnement social des établissements, de manière générale, les établissements ne comprenant que peu ou aucun élève de Zus obtiennent dans plus de 50 % des cas des résultats supérieurs à ceux attendus. A l’inverse, les établissements où la part d’élèves de Zus est plus importante, ont dans la majorité des cas des résultats inférieurs à ceux attendus. C’est particulièrement vrai pour les filières professionnelles, qui accueillent dès la 1re une majorité d’élèves de Zus, où la valeur ajoutée médiane diminue au fur et à mesure de la part d’élèves de Zus. Exception notable, pour les filières ES et S, où se concentrent globalement les meilleurs élèves, les valeurs ajoutées médianes sont globalement supérieures dans les établissements où la part d’élèves de Zus est la plus importante.

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