PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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In Le Blog Interro Ecrite – le 13 février 2014 :

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Metropolis, Fritz Lang

[…] Dans un billet récent et à fort impact puisqu’il lançait le sujet des journées de retrait de l’école motivés par la contestation de la soi-disant « théorie du genre », j’ai employé les termes de pédagogues, de « pédagogisme » et d’« antipédagogisme ». J’ai même parlé d’un « catéchisme antipédago ». De quoi énerver beaucoup de monde. Mais qu’y puis-je si des groupes obscurantistes s’emparent, sur l’école, d’un discours rudimentaire qui certes préexistait à leur action mais où ils voient chaussure à leur pied ?

C’est un constat. Attention à ne pas accabler le messager lorsque le message est gênant. D’autant plus gênant que cette contestation de l’école, sur ces thèmes-là et avec ces outils polémiques-là, est destinée à durer. La vulgate « antipédago », ainsi raccrochée aux controverses sur le genre, a trouvé de nouveaux et enthousiastes propagateurs, à destination de nouveaux publics. Eclaircissons cependant certains points de vocabulaire.

Le « pédagogisme », terme péjoratif, est un néologisme inventé par ceux qui voulaient disposer d’une étiquette dévalorisante à l’encontre de leurs adversaires pédagogues dans le débat sur l’éducation. Certains penseurs ainsi que de nombreux enseignants se situent dans le sillon historique de la pédagogie et des pédagogues, centrés sur la recherche du mieux-enseigner. Mais personne ne se réclame du « pédagogisme », censé être une perversion de la pédagogie. Par conséquent, employer ce substantif (ou le qualificatif « pédagogiste » qui va avec) revient à entrer dans la logique de ses inventeurs.

Un coup fumant

C’est un peu comme parler de la « théorie du gender »… Ou encore, selon une formule très utilisée à l’extrême droite (mais aussi, dans une acception différente, par le très estimable Rony Brauman), parler de « droit-de-l’hommisme » lorsque l’on veut discréditer la référence aux droits de l’homme. Cette ambiguïté – entre condamner un possible excès et signifier un refus en bloc –  est constante dans les usages de la notion de « pédagogisme ». Elle complique les débats, dans la mesure où les tenants du refus global, même et surtout lorsqu’ils accumulent les outrances, ont toujours beau jeu de déclarer leur amour de la « vraie » pédagogie.

Longtemps, les antipédagogistes ont profité d’un coup fumant qu’ils avaient réalisé auprès des médias et dans le monde intellectuel, mais dont l’efficacité s’est émoussée avec le temps : ils se faisaient appeler « républicains », annexant ainsi un champ lexical, comme disent les profs de français, avantageux. Et installant ainsi une confortable opposition entre deux camps supposés : les pédagogues (gentils et bien intentionnés mais un peu bêtas) et les républicains (dignes et fermes héritiers d’une histoire glorieuse).

Cette opposition s’est fixée dès 1984, lorsque Jean-Pierre Chevènement avait remplacé Alain Savary, le créateur des Zep, au ministère de l’éducation pour « siffler la fin de la récréation » et que d’anciens maoïstes recyclaient leur agilité dialectique dans la restauration d’une autorité traditionnelle qu’ils avaient eux-mêmes spectaculairement contribué à déboulonner. De cette année date De l’école, de Jean-Claude Milner, ouvrage pionnier et référence de l’antipédagogisme. Un petit bijou de grand style, tout de bile jubilatoire et dont je recommande la lecture (stoïque) à qui souhaite assimiler l’esprit de ce courant de pensée.

Méthodes actives

A noter que l’hostilité aux démarches pédagogiques, considérées comme relevant d’une débilitante compassion envers des élèves dont on attend avant tout qu’ils supportent, obéissent ou soient éliminés de la course, plonge ses racines bien plus loin dans l’histoire. Elle a accompagné dès la fin du 19ème siècle la montée de la démocratisation de l’école et l’émergence conjointe des penseurs modernes de la pédagogie, de la sociologie et de la psychologie. Jules Ferry, bien que politiquement adepte d’un discours colonisateur raciste comme la plupart des républicains de l’époque (mais pas tous…), se situait sur les questions scolaires dans le camp des défenseurs résolus de la pédagogie et de ce que l’on appelait alors les « méthodes actives ».

 

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