PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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La semaine de 4,5 jours était attendue au tournant. Son introduction s’est déroulée sans heurts majeurs mais elle a chamboulé le quotidien des familles et a surtout pénalisé les loisirs extrascolaires.

Premier mercredi matin de cours à l’école primaire de Jussy. C’était le 27 août.

Premier mercredi matin de cours à l’école primaire de Jussy. C’était le 27 août.
Image: Laurent Guiraud

Introduire une matinée d’école supplémentaire au primaire? La question agite Genève jusqu’en mars 2012, lorsque le peuple est appelé aux urnes pour se prononcer sur l’instauration du mercredi matin d’école pour les 8 à 12?ans. La mesure vise notamment à commencer l’enseignement de l’anglais, à renforcer l’allemand et le français. Le projet passe la rampe mais il est attendu au tournant: ces quatre?heures supplémentaires vont-elles fatiguer les écoliers? La matinée du mercredi n’étant plus réservée aux loisirs, ceux-ci seront-ils prétérités? Comment s’organiser lorsque son cadet de 4?ans n’a pas école au contraire de l’aîné? Le mercredi matin a débuté à la rentrée 2014 pour les 6000 élèves de 5P à 8P. Quatre mois plus tard, état des lieux de ce changement.

Casse-tête pour les associations

Du côté des familles, la transition s’est bien déroulée. «Nous n’avons pas relevé de problèmes majeurs, rapporte Sandra Capeder, présidente du Groupement genevois des associations de parents d’élèves du primaire (GAPP). Les enfants étaient certes fatigués, mais ils le sont de toute manière en début d’année, il est difficile d’imputer ça au mercredi matin.»

La présidente relève tout de même un point noir: «Les premiers mois ont été compliqués, il y a eu un gros cafouillage autour des activités extrascolaires, les partenaires ne savaient plus où placer leurs cours. Le mercredi après-midi est maintenant surchargé, certains cours se chevauchent.»

Un casse-tête pour les parents, mais surtout pour les associations sportives et culturelles, forcées de trouver de nouvelles cases horaires et d’autres locaux que les écoles. «Il est trop tôt pour tirer un bilan mais on ne fait pas dans le catastrophisme, rapporte Gérard Deshusses, président de la Confédération des écoles genevoises de musique. Pour l’instant, il n’y a pas eu de désinscriptions massives dans nos écoles, nous sommes parvenus à gérer les demandes. Mais au prix d’un effort administratif considérable car il a fallu trouver d’autres locaux. La Ville et le Canton nous ont aidés mais on a multiplié les sites, ce qui a morcelé les postes et forcé certaines écoles à engager du personnel supplémentaire.» Il a aussi fallu modifier l’offre – certaines activités sont passées à la trappe – et les horaires. «Des cours durent désormais jusqu’à 21?h, continue le président. Je me demande juste quelle est la capacité d’attention des enfants à ces heures-là…»

Dans les ski-clubs, on a dédoublé les départs et fait une croix sur les stations éloignées puisque les «grands» n’ont plus qu’une demi-journée à disposition. D’autres ont créé des activités le mercredi matin pour les 4-5?ans, qui eux n’ont pas école.

Le besoin en cantine surestimé

Il n’y a pas que l’organisation des activités qui s’est avérée compliquée. L’accueil le mercredi midi aussi. L’Etat a laissé le libre choix aux communes de proposer ou non une prise en charge ce jour-là. Seules sept sur les quarante-cinq se sont lancées. Après quelques mois, le bilan est le même partout: les besoins ont été surestimés, la fréquentation se révélant moindre que prévu (notre édition du 8 décembre). A Meyrin par exemple, 110 inscriptions ont été enregistrées, or seuls 30 enfants fréquentent réellement la cantine… La conseillère administrative Monique Boget avançait une explication dans nos colonnes: «Les parents ont inscrit leurs enfants au parascolaire pour avoir l’assurance d’une prise en charge mais ils ont finalement réussi à s’organiser différemment.» Les communes n’excluent pas de rediscuter de la pertinence de ce service pour l’an prochain.

Un succès menacé par le budget

Enfin, du côté du Département de l’instruction publique (DIP), la transition est plutôt réussie. Alors que les maîtres craignaient d’hériter d’horaires «à trous», au final, «ces situations sont très minoritaires», indiquait à la rentrée le président du Syndicat des maîtres du primaire (SPG), Laurent Vité. La mesure a tout de même entraîné quelques écueils: les 8 à 12?ans comptabilisent désormais 33 périodes de cours, soit davantage qu’un élève du cycle. Du «bourrage de crâne» selon la SPG, qui a décrété en retour le boycott des cours d’appuis extrascolaires, dont il conteste l’efficacité (notre édition du 9 septembre). Cette action visait aussi à s’opposer à la politique d’économies amorcée par le DIP. Or, cette politique va s’amplifier: le budget 2015 du Canton prévoit une coupe de 7 millions dans la rubrique «personnel». «Cela pourrait représenter 3,5 à 4 millions pour le DIP, le montant reste à préciser par le Département des finances», précise-t-on au DIP. «L’introduction du mercredi matin s’est bien passée. Mais la situation va rapidement se dégrader si on coupe dans les postes qui lui sont alloués», s’inquiète Sandra Capeder.


La traversée de la rade assassinée en votation

Un spectre a longtemps hanté Genève: la traversée de la rade. Mais à la fin de septembre, les Genevois s’en sont débarrassés. Alors qu’un score très serré était attendu, 63,64% d’entre eux ont rejeté l’initiative de l’UDC. Seules huit communes de la région Arve-Lac ont dit oui, probablement pour éviter un autre projet, dont nous reparlerons, la traversée du lac. Mais même là, l’acceptation a été faible. Si Collonge-Bellerive a dit «oui» à 57%, sa voisine Cologny a penché pour le «niet» à 55%. Quoi qu’il en soit, les votants ont mis fin à la longue série de projets de traversée routière dans le périmètre de la rade. Une vraie rupture, le premier projet remonte en effet à la fin du XIXe siècle et à la fin du mois de septembre, les Genevois s’exprimaient pour la troisième fois sur le sujet après les votations de 1988 et 1996. Le vote de septembre a fait l’affaire de la plupart des partis et du Conseil d’Etat qui ont ainsi évité un investissement massif dont l’utilité et même la faisabilité, notamment juridique, étaient discutables. Mais le fantôme exorcisé pourrait revenir sous une autre forme. Lancée à la mi-septembre par l’Entente, une initiative pour la traversée du lac financée par un partenariat public-privé (PPP) devrait en effet aboutir bientôt. Cette nouvelle traversée devrait mesurer 14,2?km. Elle mènerait de l’échangeur du Vengeron à la Pallanterie, sous forme d’autoroute à deux fois trois voies, de tunnel ou de pont. De la Pallanterie, une autoroute à deux fois deux voies, en majeure partie enterrée, pourrait poursuivre jusqu’à Thônex-Vallard. L’infrastructure est évaluée entre 2,9 et 3,7 milliards. A la différence de la traversée de la rade, le Canton compte sur Berne pour financer une partie du projet. Marc Bretton


Les incendiaires passent avant les meurtriers

Une année à seulement 3 meurtres, contre 5 en 2013 et 6 en 2012 (lors de cinq affaires différentes). Bref, une année 2014 pauvre en scènes de crime et en vocations assassines. «C’est en effet assez historique», confirme l’officier de presse Eric Grandjean. Genève serait-il en train de perdre sa réputation criminogène? Pas sûr. Ses autorités judiciaires ont décidé depuis belle lurette de ne plus communiquer sur les violences conjugales qui, elles, continuent à affoler les statistiques. Les incendies, eux, sont plus difficiles à cacher. Carouge, Onex (deux fois), Champel et Vernier. Autant de feux confirmés aux conséquences tragiques. A Onex, en avril, une jeune femme meurt dans son appartement. Le mois suivant, c’est tout un immeuble qu’il faut évacuer, rue du Vieux-Moulin. Les pompiers procèdent à des sauvetages périlleux à chaque étage. A la rue de Contamines, au début du mois d’octobre, le sinistre est d’une telle violence qu’il faut malheureusement engager l’hélicoptère pour transférer quatre victimes vers le centre des grands brûlés de Lausanne. L’une d’elles ne survivra pas à ses blessures. Pour les secouristes, le pire est à venir. Les voici filant vers le foyer de requérants des Tattes dans la nuit du 16 au 17 novembre. Quand ils arrivent sur les lieux, c’est le chaos. Plus de douze personnes ont déjà sauté par les fenêtres, d’autres menacent de le faire. Le bilan sanitaire est extrêmement lourd: un mort par intoxication, 43?blessés dont 11 très graves, des polytraumatisés (fractures ouvertes aux membres inférieurs), parmi lesquels deux resteront paralysés à vie. Deux, c’est aussi le nombre d’incendiaires interpellés par la police, des résidents qui ont bouté le feu intentionnellement. Les derniers chiffres de l’année sont accidentels: 13?personnes sont mortes sur les routes genevoises contre 11 en 2013 et 13 déjà en 2012 (lors de 12?accidents différents). Thierry Mertenat


Les détenus seront indemnisés par l’Etat

L’événement judiciaire de l’année 2014 a lieu le 26 février. Les juges du Tribunal fédéral (TF) décrètent que, dans deux cas, les conditions d’incarcération à Champ-Dollon violent la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Le manque d’espace vital durant plus de trois mois consécutifs, l’enfermement 23?heures sur 24, les difficultés d’accès au téléphone et aux soins médicaux conduisent les juges à qualifier ces conditions d’«inhumaines» et d’«illicites». Une véritable bombe à retardement pour les autorités genevoises, confrontées à une criminalité galopante et à une prison surpeuplée frisant les 800 détenus alors qu’elle n’est conçue que pour 376. Si les conditions de détention sont illicites, il faut réparer le tort fait aux prisonniers, poursuit le TF. Il incombe aux instances cantonales de décider concrètement de la forme que prendra cette réparation. Trois manières s’offrent à elles. La plus indolore consiste à ce qu’un tribunal constate qu’effectivement les conditions de détention, dans tel ou tel cas, sont illicites. Cette reconnaissance verbale et écrite serait une réparation en soi. Deuxième cas de figure: un rabais de peine. Troisième solution: une indemnisation financière de la part de l’Etat. Dans les deux premières décisions dont nous avons eu connaissance, le simple constat de l’illicéité n’est pas retenu. L’atteinte est jugée trop importante pour être réparée par une simple reconnaissance de la part des instances judiciaires. Il faut donc diminuer la sanction. Résultat: six mois de rabais pour un caïd de la drogue et dix-sept?jours pour un cambrioleur. Ces décisions concernent des personnes qui se trouvent encore derrière les barreaux. Mais que se passera-t-il pour ceux qui ont déjà purgé leur peine? Il faudra sans doute les indemniser financièrement. Et en cas d’acquittement, les montants à verser oscillent entre 100 et 200?francs par jour de détention injustifiée. Par ailleurs, 157 cellules de Champ-Dollon s’avèrent plus petites qu’on ne le croyait, a-t-on appris en fin d’année. Quand trois prisonniers y séjournent, ils ne bénéficient pas des 4?m2 d’espace vital recommandé par le TF. Va-t-on vers une avalanche de requêtes en rabais de peine et indemnisations? Réponse en 2015. Catherine Focas

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