PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Marie RICHARD
Pour commencer ce débat sur l’éducation, voici quelques données, La Seine-et-Marne est un département jeune, avec 28 % de moins de 20 ans et une forte croissance démographique. Conséquence de ce dynamisme : en 2013, notre territoire était classé parmi les départements les plus dégradés en termes d’encadrement des écoliers dans le public et parmi les moins bien dotés pour l’encadrement dans les collèges. En cause, les créations de postes d’enseignants qui n’ont pas suivi l’explosion démographique. Même si depuis deux ans, le gouvernement nous a attribué des postes supplémentaires, cette dotation contribue tout juste à maintenir le niveau d’encadrement.

ALEXANDRE MOSSET-CHAFIK
Quelles aides apportez-vous aux familles pour favoriser la réussite de leurs enfants ?

Marie RICHARD
Nous soutenons les familles en leur versant des aides à la scolarité et à la restauration : les 20 % des collégiens seine-et-marnais qui bénéficient de ces aides sont issus de familles modestes. Nous sommes aussi l’un des rares départements français à proposer la gratuité des transports scolaires et le dernier en Île-de-France. Au-delà de ces aides directes aux familles, l’éducation reste notre premier budget d’investissement : en 2014 nous lui consacrons plus de 64 millions d’euros.

MARIE-FRANCE EYMERY
Valorisez-vous les langues maternelles des jeunes Seine-et-Marnais d’origines diverses ?

Marie RICHARD
Nous sommes préoccupés par la réussite de tous les élèves et essayons d’intégrer tous les éléments qui forgent la personnalité en finançant les projets éducatifs mis en oeuvre par les enseignants dans les collèges. Dans ce cadre, les préoccupations liées aux origines passent par la découverte de la cuisine, de la musique ou encore de la poésie issues de différentes cultures. Si nous n’intervenons pas directement sur le choix des langues enseignées, nous sommes fiers de voir des jeunes qui réussissent avec leur métissage culturel.

RAVI SANKAR

Je constate d’après mon expérience professionnelle, que les consultants français parlent mal l’anglais, comment améliorer l’apprentissage de cette langue ?

Marie RICHARD
Le Département fait un effort particulier pour renforcer l’apprentissage de l’anglais, en complément de ce que fait l’Éducation nationale dans les cantons autour de Roissy-CDG et de Marne-la-Vallée, où l’anglais est exigé pour travailler sur la plateforme aéroportuaire ou à Disneyland Paris.
Il s’agit de rencontres avec de jeunes professionnels qui présentent leur métier aux collégiens et leur parlent en anglais. Cette action est renforcée par les documents en anglais contenus dans les malles pédagogiques mises à disposition des établissements. Par ailleurs, nous équipons progressivement les collèges de balado-diffusion (laboratoire portatif) pour l’apprentissage des langues.

MARIE-FRANCE EYMERY
Tous les enseignants n’utilisent pas les nouvelles technologies dans leur pratique pédagogique. Quelle possibilité pour les former ?

Marie RICHARD
Dans le cadre de notre plan Collège numérique, nous avons relié les 127 établissements publics à la fibre optique pour l’accès au très haut débit Internet et la moitié sont déjà équipés de matériels innovants : ordinateurs, tableaux numériques interactifs … En contrepartie, nous demandons à l’Éducation nationale de former son personnel enseignant. Nous avons récemment organisé, en lien avec cette dernière, un colloque sur le thème « Éducation numérique et territoires », pour montrer l’intérêt des nouvelles technologies dans la pédagogie.

MARIE-FRANCE EYMERY
Aujourd’hui, la transmission dépasse le cadre strict de l’enseignement. Comment ouvrir l’horizon des jeunes ?

Marie RICHARD
Une dynamique se crée. Par exemple, nous initions l’opération vivante d’éducation musicale Zebrock au bahut dans les collèges qui amène les jeunes à découvrir des artistes, des salles et des spectacles. Au-delà de cet exemple, nous pouvons dire que nous sommes dans un moment charnière où les collectivités assument clairement un rôle dans la démarche éducative au sens large. Ce rôle n’est pas assez exprimé dans la loi pour la refondation de l’école.

RAVI SANKAR
Est-ce que les jeunes s’autocensurent dans le choix d’un métier en se conformant aux attentes de leurs milieux sociaux ?

Marie RICHARD
Une des spécificités de notre département, c’est d’avoir une faible part de diplômés dans la population : 25 % des Seine-et-Marnais ont un diplôme post-bac, contre 36 % en île-de-France. On constate aussi que 28 % des jeunes de 18-24 ans non scolarisés n’ont aucun diplôme, avec un pic de 40 % à Montereau, et que le taux de scolarisation le plus faible dans cette tranche d’âge se situe à Provins. Il faut casser cette dynamique de reproduction afin de donner aux jeunes la possibilité de choisir leur avenir. Pour cela, nous avons, par exemple, mis en place Passion métiers, des rencontres entre jeunes et professionnels du Département venus leur présenter leur profession.
Nous réfléchissons par ailleurs également avec le sociologue Camille Peugny qui a publié Le Destin au berceau : inégalités et reproduction sociale, afin de trouver des pistes pour la réussite des jeunes quels que soient leurs origines, leur milieu et leur lieu d’habitation.
Nous sommes aussi en train d’élaborer un manifeste sur les formations post-bac à l’intention de la Région et des pouvoirs publics pour une reconnaissance de la situation et des besoins spécifiques de la Seine-et-Marne.

RAVI SANKAR
Peut-on accéder à des études supérieures en Seine-et-Marne ?

Marie RICHARD
Deux points très positifs : les résultats du bac s’améliorent chaque année plus qu’au niveau national et la poursuite d’études à Bac + 2 se développe. Mais, nous restons en 71e position des départements pour l’offre universitaire. Heureusement, on assiste à un renforcement progressif de l’offre d’enseignement supérieur en Seine-et-Marne, que nous accompagnons et soutenons : universités Paris Est et de Marne-la-Vallée, 1er cycle de médecine à Torcy, antenne de l’université de droit Assas à Melun, centre de recherche sur l’ environnement à Avon, grandes écoles à la cité Descartes ou spécialisées
à Sénart ou à Fontainebleau dans les sciences de l’ingénieur, la ville durable ou encore le tourisme.