PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Selon l’INSEE, 25% des 166 280 immigrés âgés de plus de 20 ans et arrivés en France en 2012, déclarent vivre en couple avec enfant et 2 % sont parents d’une famille monoparentale. L’UNAF, Union nationale des associations familiales, qui représente l’ensemble des familles, y compris les familles étrangères, a réalisé une étude qualitative approfondie pour mieux comprendre les réalités vécues par les parents immigrés primo-arrivants, évaluer les causes de leurs éventuelles difficultés, avec un éclairage sur leur rapport à l’école.

Diversité des histoires de vie

Il y a autant de projets d’immigration et de conditions de vie en France que de personnes. Les personnes rencontrées à l’occasion de cette étude présentent des profils très variés. Leur histoire personnelle et les raisons qui les ont conduites jusqu’en France sont parfois heureuses, parfois tragiques. Leur adaptation une fois en France s’est également effectuée de façon inégale ; après plusieurs années sur le territoire français, si certaines se sentent totalement intégrées, d’autres doivent encore faire face à de nombreuses difficultés matérielles, culturelles, psychologiques.

L’arrivée en France peut être, typiquement, le mariage avec un Français ou une Française. L’intégration est d’autant plus facile que le conjoint Français va pouvoir se charger de bien des démarches administratives et déjouer bien des écueils culturels et logistiques – lesquels, malgré tout, restent importants. Le conjoint Français a généralement une activité professionnelle, ce qui assure une sécurité matérielle à la famille. Par ailleurs, le mariage avec un français peut faciliter l’accès à la nationalité française et à l’emploi.

A l’opposé, nous avons rencontré des personnes qui n’ont eu d’autre choix que d’abandonner leur pays car leur survie et celle de leur famille était en jeu. Les raisons de l’immigration peuvent être médicales : les personnes souffrent d’une maladie grave qui ne peut être soignée dans leur pays. D’autres fuient leur pays après avoir été victimes de persécutions (groupes de djihadistes, famille maltraitante, persécutions), et parfois menacés de mort…  Sitôt arrivés en France, par des moyens parfois illégaux et dangereux, ils tentent d’obtenir le statut de réfugiés politiques. Une fois la survie initiale assurée, rester en France est pour eux un combat de tous les jours, motivé par la perspective d’une vie meilleure, plus juste. Ils veulent offrir un avenir à leurs enfants.

Entre ces deux extrêmes, on trouve des immigrations voulues, ou décidées par les hasards de la vie ; ainsi, cette jeune femme russe arrivée à Paris pour faire des études de français, aujourd’hui mariée à un français, mère de famille, et professeur de langues ; ou cette marocaine venue avec son fils rejoindre son mari, lui-même installé depuis longtemps en France ; d’autres, simplement attirés par un pays qui, pensent-ils, peut leur apporter une vie plus satisfaisante, d’un point de vue professionnel ou personnel.

Obstacle de la langue

De nombreux facteurs vont influer sur la facilité d’adaptation de toutes ces personnes en France, et, au-delà, agir sur l’intégration de leurs enfants. Parmi tous les paramètres en jeu, le plus important, de très loin, est la connaissance ou non de la langue française, ou, dans des cas plus rares dans notre échantillon, la maitrise ou non des savoirs de base : lire, écrire, compter (dans notre échantillon, une seule personne s’est déclarée illettrée).

A la lueur des entretiens, il apparait que la maitrise de la langue française est une clef essentielle, et détermine au final tous les aspects de la vie des personnes interrogées dans leur nouveau pays. Parler et lire le français, rend infiniment moins difficile toutes les démarches matérielles : trouver un logement, un travail, se mettre en règle avec l’administration, comprendre ses droits, consulter des médecins, s’informer… En ce qui concerne les enfants, cela permet de choisir un établissement scolaire, de dialoguer avec les enseignants, de comprendre les communications, et surtout de suivre la scolarité de son enfant et de l’aider à s’orienter.

La maitrise de la langue n’est pas uniquement indispensable à l’intégration matérielle, mais elle sert également à créer du lien social. Parmi les personnes interrogées, toutes celles qui n’avaient pas réussi à apprendre suffisamment le français au bout de quelques années exprimaient une sensation de grande solitude et de découragement. Ceux qui avaient une relative maitrise du français, parce qu’ils l’avaient appris ou qu’ils étaient issus d’un pays francophone, dégageaient l’impression d’un meilleur contrôle de leur vie, et d’une meilleure capacité à surmonter les obstacles inévitables liés à leur intégration.

Investissement autour de l’école

Pour toute famille étrangère arrivant en France, l’école joue un rôle primordial. L’école fait souvent partie du projet d’immigration : dans l’imaginaire de nombreuses personnes interrogées, bien avant leur arrivée, la France était vue comme un pays d’opportunités, capable notamment d’offrir à ses enfants une scolarité de meilleure qualité que celle dispensée dans le pays d’origine. On constate en particulier que l’école représente l’espoir d’une vie plus heureuse pour ses enfants, espoir qui justifie le sacrifice des parents et leur donne l’envie et le courage pour surmonter les obstacles. « J’étais plus heureux en Algérie où j’avais un commerce, mais je ne regrette pas mon choix, pour mes enfants. »

L’école est une priorité : inscrire ses enfants à l’école est souvent le premier acte social des personnes qui arrivent en France, parfois même avant le logement. Et, pour ceux qui peinent à apprendre le français, l’une des principales motivations pour s’accrocher reste de pouvoir superviser la scolarité de leur enfant.

Le rapport à l’école va dépendre de plusieurs facteurs, et d’abord de l’âge de l’enfant. Dans les classes maternelles et primaires, les rapports parents-écoles sont en général plus personnalisés, voire affectifs, tandis que les années de collège et de lycée correspondent à une perception d’éloignement de l’école, notamment car les enfants sont plus mûrs, et plus autonomes. La maîtrise de la langue française est par ailleurs plus aisée chez les plus petits, arrivés en bas âge ou même nés en France, ce qui facilite naturellement l’intégration scolaire. Pour les enfants arrivés en France plus tardivement, non francophones, la difficulté est d’acquérir suffisamment de notions de français pour pouvoir suivre le programme, si possible en bénéficiant d’un dispositif de rattrapage spécial. Cela peut être déstabilisant pour l’adolescent, qui peut avoir par ailleurs à gérer des différences de culture ou d’âge. L’accueil de la part des autres enfants de la classe n’est par ailleurs pas toujours bienveillant.

L’attitude de chaque parent est également déterminante dans le rapport avec l’établissement scolaire. Certains parents étrangers vivent la scolarité de leur enfant comme un tremplin d’insertion pour eux-mêmes : ils participent activement à la vie de l’école, nouent des relations avec les autres parents, même alors qu’ils parlent très peu le français. Pour d’autres, au contraire, l’école est vue comme un lieu inaccessible, peu accueillant à leur égard, et ils en souffrent.

Des pistes pour améliorer l’intégration

Les besoins des parents sont nombreux.  L’apprentissage du français est primordial pour ces parents primo-arrivants, pour eux-mêmes comme pour leurs enfants. Certains interviewés ne semblent pas avoir été suffisamment pris en charge à leur arrivée pour apprendre le français et ont des difficultés par la suite à trouver des cours abordables, efficaces et adaptés à leur emploi du temps. Il faut par ailleurs rappeler que les personnes ne sont pas toutes égales concernant l’apprentissage des langues et que certains interviewés, malgré leur volonté, se sentent dépassées, en échec. Le risque pour ces personnes, outre leur mal-être en France, touche les enfants et le suivi de leur scolarité, surtout au moment de l’adolescence.

Ces parents attendraient parfois de l’Ecole qu’elle face davantage preuve d’autorité vis-à-vis de leurs enfants, d’autant plus quand ils sont eux-mêmes fragilisés et qu’ils ont besoin de soutien pour l’éducation de leurs enfants. Par ailleurs, si certains parents sont très volontaires pour s’impliquer, d’autres sont timides, perdus (mais pas désintéressés) et auraient besoin d’être plus fortement sollicités, avec bienveillance, par l’Ecole pour s’en rapprocher.

L’école semble par ailleurs un lieu « idéal » pour apprendre le français et échanger entre parents. Le dispositif « Ouvrir l’école aux parents pour réussir l’intégration » est à ce titre particulièrement intéressant, mais mériterait d’être réellement développé (il ne concerne aujourd’hui que 434 établissements soit 18% des établissements des Zones d’éducation prioritaire, et moins de 1 pour mille du total des établissements publics en France). 

Quand les personnes arrivent en situation d’urgence, elles sont souvent prises en charge par des associations caritatives. En revanche, pour les autres, notamment celles qui sont en France depuis plus longtemps, il est difficile de savoir à qui s’adresser en cas de difficulté (administratives, sociales …) et pour des cours de français. Les associations familiales ou les UDAF ont mis en place des services et pourraient les développer pour ces familles, dans la durée : écrivain public, cours de français, interprétariat, médiation pour l’école, rencontre d’autres parents, soutien à la parentalité, convivialité…

Patricia Humann

Coordinatrice du pôle Education UNAF

 

L’étude de l’UNAF

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