PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs

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Gérard Neyrand, sociologue, professeur à l’université de Toulouse : « Répondre véritablement à cette question … implique de déconstruire une situation sociale extrêmement complexe… »

1 – En quoi les questions de famille(s) et de parentalité(s) vous paraissent-elles constituer, représenter, faire partie des enjeux contemporains ? Parleriez-vous de famille et/ou de parentalité au singulier ou au pluriel ?

2 – Quels arguments comptez-vous présenter lors de votre intervention aux XX° Journées ?

  1. Répondre véritablement à cette question supposerait de reprendre au minimum la communication que l’on m’a demandé de présenter en une heure, car cela implique de déconstruire une situation sociale extrêmement complexe où l’intérêt social pour la famille est manifeste, et plus particulièrement l’intérêt pour la parentalité. Ce travail de déconstruction suppose de rappeler des données historiques, qui expliquent le basculement dans un autre référentiel familial dans les années 1970, puis l’affirmation d’un dispositif de parentalité dans les années 1990 et au-delà. Cela implique aussi de montrer en quoi les questions familiales et de parentalité font l’objet d’une préoccupation généralisée, dans les médias, dans les institutions et la sphère politique, et dans les familles elles-mêmes. Cela implique enfin de montrer la dynamique d’un secteur en pleine effervescence, qui recouvre des situations très variées, et des plus évolutives, et dont j’essaierai d’aborder la complexité en l’abordant par la lorgnette « parentalité ». Bien que n’étant par normand (car originaire de la Drôme), je répondrai les deux. Car la famille est une catégorie, et pour répondre l’expression de Bourdieu « une catégorie réalisée », et en même temps existe une grande diversité de formes dans lesquelles cette catégorie se concrétise. Si pour l’anthropologie la famille est définie par des liens d’alliance et de filiation, on voit bien que ces liens se sont diversifiés, tant du point de vue de l’alliance (4 conjugalités : union libre, concubinage, Pacs, mariage) que de la filiation (dissociation des dimensions biologique, juridique et éducative), le tout correspondant à une diversité extrême des situations de vie en famille, sans pour autant que la famille puisse se réduire à une co-résidence comme tendent à le faire les classifications démographiques, identifiant, par exemple, des « familles monoparentales » alors que les deux parents sont vivants. Quant à la parentalité, elle aussi en tant que notion, elle est globale. Elle identifie un type de rapports sociaux particulier, mais elle s’incarne dans une multitude de situations de parentalité, que l’on peut résumer de façon commode par le pluriel : des parentalités, mais des parentalités qui mettent en œuvre des dispositifs de parentalité spécifiques au sein d’un dispositif social global de parentalité.

     2- Cette question est assez redondante avec les deux premières, qui m’ont déjà obligé à aligner un certain nombre d’arguments ! Mais je dirai pour faire bref que l’argumentation portera sur la mise en discussion de ce que j’identifie dans le titre de mon exposé comme représentatif des enjeux renouvelés dont se trouve aujourd’hui porteuse la parentalité, en tant qu’elle fonctionne comme mythe de référence d’une société qui s’est focalisée sur l’enfance come porteuse de son idéalisation et support d’un investissement privilégié, que symbolise le statut d’exception accordé aux parents ; en tant aussi que la parentalité a été constituée en dispositif de gestion sociale qui à la fois traverse toutes les organisations institutionnelles et réorganise les places  éducatives. De ce fait, elle constitue un analyseur d’une transformation sociale d’envergure, qui colore le mouvement de « démocratisation » de la sphère privée, qui pour certains constitue la caractéristique première de notre seconde modernité familiale.

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